CHAPITRE IV
d'une table, où il avait tracé d'une main défaillante, ces dernières paroles : « Joseph , par la miséricorde de Dieu , archevêque de » Constantinople, la nouvelle Rome, et patriarche oecuménique. » Sur le point de terminer ma vie, j'ai voulu souscrire mon der- » nier sentiment, pour le faire connaître à tous mes bien-aimés » fils. Je reconnais tout ce que croit et enseigne la sainte Eglise » catholique et apostolique de l'ancienne Rome. Je confesse que i> le Pape est le Pasteur des Pasteurs, le souverain Pontife et le » Vicaire de Jésus-Christ, établi pour confirmer les chrétiens » dans la foi. » La déclaration du patriarche mourant produisit, sur les évèques grecs du concile, le plus puissant effet. A l'exception de Marc d'Ephèse, ils furent tous unanimes à reconnaître la primauté du Pape, et leur concert entraîna l'adhésion de l'empereur lui-même. La discussion était terminée; la réunion des deux Eglises était un fait accompli. Le 6 juillet 1439, Eugène IV officia ponuhcalement, en présence des Grecs et des Latins assemblés. Il vint ensuite s'asseoir sur un trône, à la droite de l'autel ; Jean Paléologue avait pris place sur un autre trône élevé à la gauche; tous les prélats, revêtus de leurs ornements pontificaux, occupaient leurs sièges. Le célèbre décret d'union Lœtentur cœlt, fut lu, en latin d'abord, par le cardinal Julien, et ensuite en grec par Bessarion , métropolitain de Nicée. L'empereur et tous les membres du concile s'approchèrent alors du Pape, suivant la coutume, et lui baisèrent les mains. Le 26 août suivant , Jean Paléologue quittait Florence, emportant à Byzance la foi de Constantin. Eugène IV venait de sceller l'union, en élevant au cardinalat l'archevêque de Nicée , le célèbre Bessarion , dont toute l'assemblée avait admiré le génie et les vertus. Il avait également revêtu de la pourpre romaine Isidore, archevêque de Kiew, et métropolitain de toute la Russie. Comme si toutes les Eglises de l'Orient avaient senti à la fois le besoin de l'unité , les députations de l'Arménie, du patriarche des Jacobites d'Ethiopie, si connu sous le nom de Prêtre Jean; de l'Eglise de Jérusalem ; de l'Eglise de Mésopotamie, et d'Ignace, patriarche syrien, arrivèrent successivement à Florence, et firent leur soumission entre Jes mains du souverain Pontife. Il semblait que l'Orient voulût, par sa soumission, consoler l'Eglise du schisme d'Occident. Ces
568 eugènb iv (1431-1447).
travaux terminèrent glorieusement le dix-septième concile œcuménique de Florence (6 avril 1442). H suffît de comparer ses actes à ceux du conciliabule de Bàle, pour se déterminer sur leur valeur réciproque.
17. Cependant la paix, si laborieusement établie à Florence entre les deux Eglises, signée par l'empereur et les évèques, jurée par tant de prélats, ne fut point ratifiée par la population grecque. A son retour en Orient, Marc d'Ephèse devint, aux yeux des Orientaux , un héros et presque un martyr, parce que seul il avait protesté jusqu'au dernier instant contre la réunion. Mètrophane, qui fut donné pour successeur au patriarche Joseph, sur le siège de Constantinople, et qui y porta le même esprit de soumission à l'Eglise , se vit en butte aux attaques des schismatiques et mourut de douleur (1443). Jean Paléologue était trop faible pour lutter contre l'opinion. Le siège de Constantinople demeura vacant pendant trois années. Enfin Grégoire Mélissène accepta ce poste difficile. Il combattit, lui aussi, pour l'union; mais l'empereur mourut eu 1445. Jean VIII Paléologue le remplaça, moins pour régner que pour assister aux funérailles de l'empire. Les Turcs viendront bientôt faire expier aux Grecs leur insubordination et leurs continuelles révoltes contre l'autorité du Saint-Siège. « Comment, dit Monseigneur Parisis, la paix » de Florence fut-elle troublée dès les premiers mois; et com- » ment, quatre ans après la tenue du concile, le schisme avait- » il repris le dessus, sur tous les points qui avaient fait l'objet » du décret d'union? Ce fut l'œuvre de l'esprit public, de l'esprit » des masses, esprit de division, fomenté par l'action des princes, » par le silence et l'inaction des évêques. En vain l'empereur » voulut exercer son pouvoir suprême, devant lequel tout avait » coutume de s'incliner; on l'accusa d'avoir trahi la religion et » déshonoré son trône. En vain les évêques en appelèrent à la » confiance de leurs ouailles; on les traita d'azymites, d'apostats. » Des moines ignorants fanatisèrent les multitudes contre les » partisans de Rome, au point qu'en 1444, l'empereur voyant la v plupart des évêques, signataires de l'union, entraînés parle d torrent au schisme, se trouva impuissant à exécuter le traité » qu'il avait signé à la face de l'univers »