CHAPITRE IV
» sous peine d'excommunication, ipso facto, d'en interjeter de » semblables à l'avenir. » L'esprit qui dicta ce décret était le même qui avait animé les Grégoire VII et les Innocent III.
29. La publication de la bulle Execrabilis souleva, en France, une véritable tempête. L'Université de Paris , ce rempart du Gallicanisme , en était restée aux doctrines de Bâle. L'élection d'^Enéas Sylvius sur la chaire de saint Pierre, lui avait paru d'un favorable augure. Elle n'avait pas douté que le Pape ne se montrât fidèle aux traditions du chancelier. Envoyant briser ainsi ses espérances, elle laissa éclater tout son mécontentement. Le roi Charles VII saisit le parlement de l'examen de la bulle. Singulière prétention d'un fils aîné de l'Eglise , qui investissait une assemblée de magistrats du pouvoir de réformer à son gré les ordonnances apostoliques ! Il faut que l'esprit de parti aveugle bien les hommes les plus sages, pour que, pendant tant de siècles, on ne se soit pas aperçu de cette exhorbitante inconséquence. Le procureur-général Dauvet, appela de la bulle au futur concile, et fit enregistrer sa protestation en cour de parlement. Charles VII voyait avec plaisir cette explosion de la magistrature contre l'autorité pontificale. Il ne songeait pas qu'un jour l'opposition qu'on faisait au Pape se tournerait contre l'autorité royale. Les excès et les abus de pouvoir trouvent toujours en eux-mêmes leurs propres châtiments; et, au point de vue historique, il est trop vrai que les fils portent la peine des fautes de leurs pères.
30. La mort de Charles VII (1461) mit un terme à des débats qui menaçaient sérieusement la paix de l'Eglise. Le trône de France appartenait à Louis XI. Naturellement dur, ombrageux, dissimulé, hardi dans la prospérité, timide à l'excès dans les revers , avare par habitude, libéral par politique , dévot jusqu'à la superstition, et se jouant, par intérêt, des serments les plus sacrés ; populaire par une faussa bonbonne , et semant de chaussetrapes les chemins de son parc du Plessis-lès-Tours , cruel par calcul, et jouant avec ses victimos avant de les immoler, le nouveau roi arrivait au gouvernement avec un plan arrêté et des idées depuis longtemps mûries. Il avait résolu de fonder le pouvoir royal sur les débris de l'aristocratie. Il poursuivit son but par les voies les plus tortueuses, renversant sur sa route tout ce
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qui lui faisait obstacle. La Bourgogne, l'Anjou , le Maine ,1a Provence, la Cerdagne et le Roussillon, réunis à la France, furent les fruits de sa politique. 11 en coula la vie à Charies-le-Téniéraire, au comte d' Armagnac, à Charles d'Albret, au duc de Nemours, au connétable de Saint-Pol, etc. a Mais, disait Louis, ce » sont là les fruits de l'arbre de la guerre. » Louis XI inaugura son règne en destituant tous les officiers qui avaient jusque-là pris part aux affaires et en les remplaçant par ceux que son père avait disgràciés. Il entendait désormais faire prévaloir une politique toute nouvelle. La Pragmatique sanction que Charles Vil avait maintenue comme une loi fondamentale, fut comprise dans la condamnation générale du précédent système. « Nous avons » reconnu, écrivait Louis XI au Pape, que cet acte est contraire » à votre autorité et aux droits du Saint-Siège. Fait dans un » temps de schisme et de sédition , il ne peut causer que le ren- » versement des lois et du bon ordre, puisqu'il vous empêche » d exercer la puissance législative attachée à votre dignité. Il » détruit la subordination dans l'Eglise; et, à sa faveur, les pré- » lats de notre royaume élèvent un édifice de licence; l'unité et 9 l'uniformité qui doivent exister dans les Etats chrétiens se » trouvent ainsi rompues. C'est pourquoi nous cassons et annu- » Ions la Pragmatique sanction dans tous les pays de notre obeis- » sance. Nous rétablissons les choses sur le pied où elles étaient » avant cet édit. Soyez sûr qu'à l'avenir les prélats de l'Eglise » gallicane se soumettront à vos décrets et qu'ils entretiendront » avec Votre Sainteté une parfaite harmonie. » La négociation de cette affaire avait été confiée , par Louis XI, à Jean Geoffroy, évêque d'Arras, auquel cette circonstance valut le chapeau de cardinal. L'abolition de la Pragmatique fut d'ailleurs accueillie en France par une défaveur générale. L'Université de Paris et le parlement adressèrent à ce sujet des remontrances au roi. Louis XI se réservait à lui-même le droit de violer les promesses qu'il venait de faire au Pape. Ses démonstrations respectueuses n'avaient été qu'une feinte, pour donnera son nouveau règne, aux yeux de l'Europe, l'appui et le concours du Saint-Siège. Da::s la réalité, la Pragmatique sanction continua, au moins dans * s dispositions les plus importantes, à avoir force de loi jusqu'en