‹ Histoire générale de l'église depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'à nos joursChapitre 302 sur 324 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

pour ses possessions. Elle abandonna la politique d'Alexandre Yï et envoya faire sa soumission au roi de France. Les Colonna, les Orsini et les Savelli, c'est-à-dire les représentants des plus puis» santés familles romaines, s'engagèrent à fournir à Charles VIII un certain nombre de cavaliers et d'hommes d'armes. Leur dé-* fection fut un coup terrible pour le Pape, qui restait désarmé , en présence d'un ennemi redoutable. Pour comble de malheur, Ferdinand II, roi de Naples, était mort (21 janvier 1494) au mi« lieu de ses préparatifs de défense. Son fils Alphonse lui succéda, et Alexandre VI lui donna l'investiture d'un royaume plus facile à recevoir qu'à conserver.

19. Charles VIII s'avança en vainqueur, à travers les principales villes d'Italie. A son approche , tous les vieux gouvernements s'écroulent d'eux-mêmes. Pise secoue le joug des Florentins : Florence chasse les Médicis. Savonarole, le dominicain, tribun dont le nom se trouvera bientôt sous notre plume , reçoit Charles VIII à Florence , comme le Fléau de Dieu envoyé pour pwùr les péchés de l'Italie, Ferdinand était à Rome, près d'Alexandre VI. Il se hâta de retourner dans ses Etats , et le roi de France fit son entrée dans la Ville éternelle. Le Pape , quittant son palais, s'était réfugié au château Saint-Ange. Cette retraite faillit lui devenir funeste, car ses ennemis en profitèrent pour tenter de le perdre dans l'esprit du prince. Si le Pape était irréprochable, il n'en était pas de même de l'homme privé. Les mots de déposition, de concile général , se répétaient sourdement autour du monarque français : mais Charles VIII avait besoin do l'appui d'Alexandre VI. Des tentatives schismatiques contre son autorité, n'eussent fait qu'aggraver les difficultés sans les résoudre. Après de longues délibérations, un traité d'alliance fut conclu. Le Pape dut consentir à laisser au roi Civita-Vecchia ci les autres forteresses de l'Etat ecclésiastique, jusqu'à ce qu'il eût achevé l'expédition de Naples, qu'il n'était plus possible d'arrêter. De son côté, le roi de France s'engageait à soutenir le Pape, à lui faire, en personne, hommage d'obédience, à le traiter avec tous les égards dus à son rang et à sa dignité. Il fut convenu que le cardinal de Valence, César Borgia, accompagnerait Charles VIII, en qualité d'ôtage, pendant la campagne, et que

Zizim, frère de Bajazet, serait confié aux soins du roi, qui le ferait garder à Terracine (1). Ce traité conclu, le Pape et le roi eurent ensemble une entrevue dans les jardins du palais pontifical. Comme le Pape approchait, le prince fléchit deux fois le genou. Mais Alexandre ne voulut pas qu'on lui rendit les honneurs accoutumés; s'avançant près de Charles, il s'empressa de l'arrêter et l'embrassa. Cependant, lors de la réception officielle, le monarque français voulut se conformer au cérémonial habituel. Malgré toutes ces démonstrations, le Pape se refusa constamment à donner à Charles VIII l'investiture du royaume de Naples. Des historiens qui affirment le contraire , sur la foi de Guichardiu, ont fait une erreur grossière. On peut reprocher bien des fautes à Alexandre VI , mais nul ne le saurait accuser de faiblesse et de défection dans sa ligne politique. Son courage semblait grandir avec les revers; les erreurs de sa vie privée ne rejaillirent point sur sa conduite comme Pape; et c'est là le plus haut enseignement que puisse offrir l'histoire de son pontificat. Cependant Alphonse avait abdiqué lâchement pour se réfugier dans un couvent de Sicile, laissant son royaume à un prince de dix-huit ans. Le jeune Ferdinand II, abandonné à San-Germano, se retire dans l'île d'Ischia, et voit son palais pillé par la populace de Naples, toujours furieuse contre les vaincus. Les Français achèvent leur conquête sans combat, et entrent triomphalement dans des villes qui ouvraient d'elles-mêmes leurs portes (1495). Mais ce succès était trop facilement obtenu, pour présenter des garanties sérieuses de durée. L'organisation d'un système féodal, calqué sur celui de la France, ne tarda pas à soulever l'animosité des Napolitains. L'Italie, effrayée d'un joug étranger, comprit qu'il n'y avait de salut pour elle, qu'en revenant à la politique tout d'abord proclamée par Alexandre VI. Il n'y eut pas jusqu'à Ludovic Sforce, qui ne se montrât épouvanté des triomphes d'un monarque qu'il avait appelé lui-même. Une ligue universelle se forma contre Charles VIII. Les villes de la

(i) Zizim mourut, quelque temps après, au camp français, de la dyssenlcrie. Guichardin accuse Alexandre VI de l'avoir fait empoisonner. Cette calomnie est maintenant abandonnée des historiens, même les plus hostiles à la Papauté.

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