‹ Histoire générale de l'église depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'à nos joursChapitre 305 sur 324 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Milanais par sa tyrannie. Frédéric m, de Naples, qui venait de succéder à Ferdinand II, était en latte avec le Saint-Siège. Tous les princes italiens, le Pape à leur tête, entrèrent dans les vues de Louis XII qui passa les Alpes à la tête d'une brillante armée, commandée par d'Aubigny et le maréchal Trivulce. L'invasion fat rapide : les revers la suivirent de près. La victoire de Cérizoles fut le pendant de celle deFornoue, mais ne fit qu'ajouter une page brillante à l'histoire de la France, sans apporter un pouce de terre à sa domination. Pendant ces mouvements d'hommes et ces fracas de guerre, Alexandre YI termina son pontificat. « Il j> mourut, dit un historien de sa vie, d'un accès de fièvre tierce. » Sentant sa fin approcher, il reçut les sacrements avec une piété » édifiante , et rendit le dernier soupir entouré des cardinaux. » Il y a loin de ces paroles au récit des romanciers, qui prétendent qu'Alexandre VI mourut empoisonné par imprudence, à la suite d'un festin , où il avait bu dans une coupe pleine d'un breuvage vénéneux, qu'il destinait à quelques cardinaux dont il voulait se défaire. La mort d'Alexandre VI a été calomniée comme sa vie (1503). Ses derniers instants avaient été consacrés à une grande et belle pensée. Il avait fait des efforts sérieux pour amener les princes à une croisade contre les Turcs : mais il ne réussit qu'à envoyer un secours aux Vénitiens qui soutenaient seuls alors tout le poids de la guerre. — - Quel que soit le jugement que l'on porte sur Alexandre VI , comme homme pnvé, on ne peut disconvenir que, dans toute son administration, il se soit montré un habile politique , et ait rendu les plus grands services à l'Eglise et à l'Italie. « C'est surtout, en effet, depuis son pontificat, que » les Papes ont commencé à figurer comme puissance séculière, » et que l'Italie a vu son unité se rétablir sur les ruines d'une » foule de petits souverains qui s'étaient partagé son territoire. »

S S. FoBttfleat de Pie III (25 septembre 1503-18 octobre 1503).

24. Après la mort d'Alexandre VI, le conclave élut Pape le cardinal de Sienne, François Piccolomini, qui prit le nom de Pie III. 11 était neveu d'iËnéas Silvius. On pensait qu'il ferait revivre la gloire de son oncle; mais après un règne de quelques semaines, Dieu le retira de ce monde : la tiare qu'il avait eu à

614 Jules n (1503-1513).

peine le temps de porter, ne devait servir qu'à orner son tombeau.

g 6. Pontificat de Jules II (SI octobre 1503-ît février f SIS).

25. « Jules II, élu le 31 octobre 1503 , à l'unanimité des suf- » f rages, pour succéder à Pie III, devait être le Moïse de l'Italie. » Nous ne connaissons pas, dans l'histoire, un homme prédestiné » à porter une couronne, qui réunisse, comme Jules II , tontes » les qualités qui font les grands rois. E est impénétrable à l'œil » comme à l'oreille, et cependant étranger à la dissimulation, » hardi à concevoir un projet, et jamais imprudent, quand il » s'agit de l'exécuter. Sa détermination est prompte et toujours » calculée. Il est patient dans l'infortune, courageux dans le » danger, miséricordieux dans la victoire (1). » Presque toute l'Italie se trouvait alors au pouvoir de l'étranger. En apprenant son élection, Jules II s'écria : «c Seigneur, délivrez-nous des Bar- » bares ! » Il entendait par là les étrangers et tous les petits souverains qui se disputaient la souveraineté de chaque ville. Cette parole du Pape indiquait assez la politique qu'il voulait désonna! s faire prévaloir. La restauration de l'unité italienne devint dès lors sa préoccupation unique et constante. Cette œuvre à laquelle il voua son pontificat, le lança nécessairement dans des entreprises militaires qu'on lui a reprochées. On a trop oublié, en jugeant ce Pontife , qu'il était dépositaire d'une couronne temporelle, en même temps que d'un pouvoir spirituel. Aux yeux d'un historien impartial, la gloire de Jules II est d'avoir conservé l'une et l'autre dans leur intégrité, au milieu de perpétuels orages.

26. Les Vénitiens, à la faveur des derniers troubles , s'étaient emparés des provinces de la Romagne. La fameuse ligue de Cambrai fut signée, contre eux, entre le Pape, l'empereur Maximilien, qui avait succédé à son père Frédéric III, en 1493, et les rois de France et d'Espagne (1508). Battus par les Français, les Vénitiens fléchirent Jules II à force de soumission et la ligue fut rompue. Mais Louis XII n'avait vu, dans cette alliance, qu'un

(i) M. Audin, Histoire <fe Léon X, 1. 1 , p. 257. ( Edit. io-12.)

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