‹ Histoire générale de l'église depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'à nos joursChapitre 306 sur 324 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

moyen politique de se maintenir en Italie. H refusa de cesser les hostilités, et, pour se venger du Pape, il soutint dans sa révolte le duc de Ferrare, vassal rebelle du Saint-Siège. Jules II, blessé dans ses droits de suzerain, excommunia Louis XII et forma une ligue contre lui. Ce fut le signal d'un nouveau schisme. Le roi de France irrité, ne songea plus en effet qu'à trouver les moyens de se soustraire à l'autorité du Pape. H assembla ses évèques à Orléans, puis à Tours, et leur soumit quelques questions, dont les réponses , basées sur les conciles de Bàle et de Constance, amenèrent les prélats à cette conclusion : que le Pape Jules II serait averti et sommé de réunir un concile général, et que, s'il refusait, on aviserait au moyen d'y pourvoir (1510). L'année suivante, le roi de France défendit à son clergé tout rapport avec la cour de Rome , et se concerta avec l'empereur Maximilien pour la tenue d'un prétendu concile général. Trois cardinaux, Brissonnet, Carvajal et Borgia, le convoquèrent à Pise, où se fit, en effet, l'ouverture d'un conciliabule (1511), composé de quatre ou cinq cardinaux, de quelques évêques et archevêques, et d'un grand nombre de docteurs et jurisconsultes français. Le clergé allemand ne voulut point y être représenté. Nulle part, même en France, on ne prit au sérieux cette parodie sacrilège. Après les trois premières sessions, les évêques schismatiques, ne se croyant plus en sûreté au milieu des Pisans, se réfugièrent à Milan , où ils ne furent pas mieux accueillis. Ils y tinrent encore cinq sessions , puis se retirèrent à Asti , et de là à Lyon, où le concile oecuménique de Louis XII expira, sous le ridicule et le mépris universel. Tous ses actes n'avaient été que des anathèmes et des sentences de déposition mille fois répétés, contre le souverain Pontife légitime. C'était le concile de Bàle au petit pied.

27. Cependant, Jules II avait convoqué, à Rome, un véritable concile œcuménique, qui fut le dix-septième général et le quatrième de Latran. Il s'ouvrit le 3 mai 1512. On y compta plus de cent évêques, archevêques et patriarches, un grand nombre de docteurs, de chefs d'ordre et d'abbés. L'empereur Maximilien , Henri VIII d'Angleterre, le roi d'Aragon, la république de Venise, s'étaient fait représenter par leurs ambassa-

616 jules ii (1503-1513).

deurs. Le général des Augustins , chargé de prononcer le discours d'ouverture , y fit une description pleine de couleur , des maux qui affligeaient l'Eglise. «Peut -on voir aujourd'hui, » s'écria-t-il , sans gémir et sans verser des larmes de sang , les p désordres continuels et la corruption de ce siècle pervers , le » dérèglement monstrueux qui règne dans les mœurs , l'ignoj> rance, l'ambition, le libertinage, l'impiété triompher dans le p lieu saint , d'où les vices devraient être éternellement bannis î

* Qui de nous pourrait regarder d'un œil sec , et sans être péné* 9 tré de douleur, les campagnes d'Italie, teintes, arrosées, et, si » j'ose m'exprimer ainsi, plus imbibées de sang humain, qu'elles

* ne le sont des eaux du ciel? L'innocence est opprimée, les villes

* nagent dans le sang de leurs habitants, égorgés sans pitié ; les » places sont jonchées de morts; toute la république chrétienne » a recours à vous; elle implore votre protection : il n'y a qu'un » concile qui puisse remédier au déluge de misères qui l'inonde » et la désole. » En présence d'un champ si vaste, ouvert à leur zèle, les Pères de Latran se mirent à l'œuvre. Dans les cinq premières sessions, on condamna tous les cardinaux rebelles et tout le conciliabule de Pise. La Pragmatique sanction, cette arme qui était restée aux mains du roi de France, pour s'en servir, à l'occasion, contre l'autorité pontificale, fut anathématisée. On déclara nulle toute élection d'un antipape ; et ce décret, porté dans la cinquième session, fut le dernier de Jules II, qui mourut le 21 février 1513. À ce moment, la politique du Pape était triomphante. Les Français étaient chassés d'Italie, tous les tyrans bannis des villes qu'ils avaient si longtemps opprimées; la voie était préparée au siècle de Léon X.

28. Les préoccupations gouvernementales de Jules II ne s'étaient pas bornées aux soins de la politique et de la guerre : les arts et les lettres avaient trouvé en lui un protecteur instruit et zélé. Il conçut le projet de rebâtir l'église de Saint-Pierre qui tombait en ruine. Il s'adressa au célèbre Bramante, qu'il chargea de lui donner le plan de cette construction gigantesque. Des indulgences furent publiées en faveur de tous ceux qui contribueraient à l'édifier. Le 1 8 avril 1 506 il en avait posé solennellement la première pierre en présence des cardinaux et d'une foule im-

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