‹ Histoire générale de l'église depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'à nos joursChapitre 309 sur 324 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

2. Après qne l'élection de Martin V eut rendu la paix à l'Eglise, la Papauté se trouva en face de tendances hostiles qu'il importait de combattre. Tout un système d'opposition fut formulé aux conciles de Constance et de Bâle, par des théologiens dont le nom était d'ailleurs recommandable, mais qui se laissaient dominer par des préventions nationales et par la préoccupation des derniers événements. Tels se montrèrent, dans le cours de ces débats : Gerson, d'Ailly, Nicolas de Clémengis, Nicolas de Cusa. Les circonstances étaient favorables pour inaugurer un ensemble de doctrines jusque-là parfaitement inconnu et qui ne tendait à rien moins qu'à faire de l'Eglise une sorte de république délibérante, en ôlant l'autorité à son chef pour la transporter aux conciles généraux. Les nouveaux docteurs prétendaient : 1* que le pouvoir temporel est complètement indépendant du pouvoir spirituel; 2° que les Papes, même dans l'exercice de leur juridiction spirituelle , relèvent des conciles généraux auxquels seuls il appartient de prendre des décisions , de formuler des lois, d'imposer des règlements, de porter des décrets obligatoires pour le Pape ; 3° qu'il est toujours permis d'en appeler du jugement du Pape à celui des conciles généraux, et de suspendre ainsi arbitrairement l'effet des sentences pontificales. Nous avons eu bien souvent, dans le cours de cette histoire, l'occasion de dire notre pensée sur cette prétendue indépendance du pouvoir temporel vis-à-vis du pouvoir spirituel, et nous ne croyons pas nécessaire d'y revenir encore. La seconde question de la supériorité du concile général sur le Pape, résolue affirmativement et pour tous les cas possibles, par les docteurs de Constance et de Bàle , nous parait absolument inconciliable avec les paroles de Jésus-Christ : « Tu es Pierre, et sur cette » pierre je bâtirai mon Eglise. » <c Pais mes agneaux, pais mes » brebis, » Enfin l'appel du jugement du Pape à celui du concile général avait été jusque-là le grand moyen de défense de tous les hérésiarques , et cette réflexion suffit pour faire apprécier la bonne foi des novateurs de Constance et de Bâle. Une quatrième proposition plus erronée et plus dangereuse encore était celle qui , n'attribuant au souverain Pontife qu'une juridiction purement épiscopale , lui donnait seulement le titre de Premier des

évêçues, sans aucune autorité réelle sur les autres. On le voit, c'était le germe de ce qui devint plus tard , dans rassemblée de 1682, la fameuse Déclaration du clergé de France, et les quatre articles de ï Eglise gallicane. On conçoit que des discussions aussi envenimées devaient soulever de toutes parts les récriminations les plus odieuses contre la Papauté. On regrette de trouver dans cette lutte des noms illustres d'ailleurs par leurs services et leur piété. Mais il semble qu'à certaines époques de l'histoire un esprit d'aveuglement et d'erreur s'empare des plus nobles intelligences, et les égare dans les voies de l'indépendance et du mépris pour l'autorité la plus auguste.

3. Les Papes, forts d'une possession immémoriale, d'une tradition constante, d'un droit tant de fois et si solennellement reconnu, ne pouvaient admettre un système qui bouleversait tous les principes, condamnait toute l'histoire, ouvrait à la société européenne des voies inconnues et pleines d'écueils. Leurs défenseurs, tels que Turrecremata et Thomas de Sarzano, s' appuyant de leur côté sur des monuments incontestables, soutenaient que le souverain Pontife était la source de l'autorité épiscopale, qu'il était supérieur aux conciles et infaillible dans les matières dogmatiques. Les Pères de Constance et de Bâle, poussés dans leurs projets d'opposition par les événements et l'esprit public, ne firent point droit aux arguments des théologiens du Saint-Siège. On pouvait alors tout oser impunément contre une autorité scindée , contestable , qui n'avait plus le prestige de l'unité et du pouvoir. Il y a plus. On pouvait déjà apercevoir le mouvement, précurseur du Protestantisme, qui poussait les souverains à s'affranchir de la suprématie spirituelle de Rome, et à concentrer dans leurs mains tous les pouvoirs ecclésiastiques. En présence de ces difficultés inouïes, de ces tendances hostiles; au milieu d'une société travaillée par tant de ferments de discorde, il restait pourtant une tradition toujours respectée par les peuples et plus forte que les argumentations mensongères des théologiens de Constance et de Bàle. Cette tradition ferme et immuable, c'était l'idée même de l'Eglise, la base de son autorité, la sauvegarde de sa foi. La Papauté n'avait pas encore cessé d'être considérée comme le centre de l'unité, et

Page 1