CHAPITRE VU
dû s'y opposer et en garantir leur troupeau. Comme au temps de saint Grégoire VU , la conduite privée des clercs offrait un désolant spectacle ; l'esprit du monde, la sensualité, l'amour de For s'étaient emparés de leurs cœurs. U fallut dans les synodes et les conciles avoir recours à toute la sévérité des lois ecclésiastiques contre les clercs scandaleux. Le relâchement en était venu à un tel point que certains docteurs ne rougissaient pas de soutenir, comme on l'avait fait au xi* siècle , la thèse du mariage des prêtres : ils pensaient que le meilleur moyen de combattre le scandale était de le légitimer. Mais la morale outragée trouva des défenseurs aussi éloquents que zélés, au nombre desquels nous sommes fiers de compter le pieux Gerson, chancelier de l'Université de Paris. Le célibat ecclésiastique fut maintenu , les peines les plus rigoureuses furent prononcées contre les prêtres eoncubinaires , et l'ancienne discipline reprit ses droits oubliés. Quand on réfléchit à la perversité humaine, à ses constants efforts pour combattre l'œuvre de Jésus-Christ sur la terre, quand on songe à ces luttes intestines que l'Eglise a rencontrées à toutes les époques, on reconnaît plus visiblement encore le doigt de Dieu qui la soutient, la conduit, la protège , et l'on suit ainsi pas à pas l'accomplissement de la parole divine qui lui fat dite le jour de sa fondation: « Et porte* inftri non prœoalehunt adversus eam. »
6. Les ordres religieux subirent eux-mêmes le relâchement général; depuis que les couvents furent devenus riches, les moines négligèrent le travail manuel; on dégénéra de même sur l'article du jeûne, et des adoucissements furent apportés aux règles primitives, sur la qualité et la quantité de la nourritore. Les conciles particuliers étaient obligés de promulguer des peines contre ceux qui sortaient de leur retraite pour se mêler à la vie du monde, et accepter les invitations des séculiers. Le mot de réforme se prononçait donc aussi pour les ordres religieux , comme il se trouvait prononcé déjà pour le clergé séculier. C'est ici le lieu de dire toute notre pensée sur ce mot, qui devint, plus tard, dans la bouche de Luther, le signal du bouleversement de l'Eglise, de la ruine de la foi catholique dans un grand nombre de contrées européennes, et de rhérésie triomphante. 4
Certes , si Gerson , d' Ailly , saint Vincent Ferrier et les autres docteurs, qui répétaient alors ce mot de réforme, avalent pu voir Ténorme abus qu'en fit le Protestantisme , ils auraient protesté de toutes les forces de leur éloquence et de leur foi outragée. C'est qu'en admettant la nécessité de mettre promplement un terme au relâchement et aux désordres qui s'étaient introduits dans ce temps de troubles et d'orages; c'est qu'en prêchant la conversion à tant d'àmes cupides, à tant de cœurs corrompus, ils ne songeaient nullement à réformer les dogmes, la croyance, la foi de l'Eglise, immuables de leur nature, à jamais invariables dans la suite des siècles. Quand ib rappelaient les consciences égarées à la méditation des éternelles vérités de la religion, ils ne prétendaient point réformer ces vérités elles-mêmes; quand ils proposaient aux pécheurs les vertus des saints pour encouragement, leur intercession pour appui, leur persévérance pour modèle, ils ne songeaient point à réformer le culte des saints; quand ils convoquaient toutes les âmes à venir se retremper dans la fréquentation des sacrements, ces canaux divins de la grâce, ils ne voulaient nullement réformer la doctrine de l'Eglise sur la grâce, et encore moins réformer les sacrements euxmêmes. En un mot, ils prêchaient la réforme des mœurs et non celle de la foi, réforme pacifique, réforme complètement en harmonie avec le véritable esprit de l'Eglise, réforme que le concile de Trente termina aux applaudissements du monde catholique, et qui n'eut rien de commun avec la révolution sacrilège dont Luther et Calvin se firent les chefs. Si quelques-uns des anciens ordres religieux étaient déchus de leur austérité primitive, des congrégations s'élevaient à côté d'eux, et consolaient l'Eglise par le spectacle de leur ferveur et de leurs vertus. Les Oiivétains y ainsi nommés parce qu'ils s'établirent d'abord dans une solitude couverte d'oliviers, près de la ville de Sienne, réunis sous la direction de Jean Toloméï, leur fondateur, reçurent, en 1319, l'approbation du pape Jean XU. A la même époque, les Jésuates, à Sienne même, sous la conduite de Jean Colombino, renouvelaient les austérités des solitaires de la Thébaîde. En Espagne, Pierre-Ferdinand Pécha, "chancelier de Pierre-le-Cruel, renonçant aux grandeurs et aux dignités du monde, fondait la