‹ Histoire générale de l'église depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'à nos joursChapitre 314 sur 324 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

et elle réussit enfin, sans le secours d'aucun maître , après des difficultés incroyables. Elle se plaignit un jour à la sainte Vierge de la lenteur de ses progrès. La Reine du ciel la consola dans une vision. « Bannissez cette inquiétude, lui dit-elle, il suffit » que vous connaissiez trois lettres : la première est la pureté du » cœur, qui consiste à aimer Dieu par-dessus tout, et à n'aimer » les créatures qu'en lui et pour lui ; la seconde est de ne mur- » murer jamais, et de supporter avec patience les défauts du » prochain ; la troisième est d'avoir, chaque jour, un temps mar- » qué pour méditer sur la passion de Jésus-Christ. » Fidèle aux leçons de sa divine patronne, sainte Véronique avançait continuellement dans la voie de la perfection. Son cœur était constamment uni à Dieu par la prière ; et la vivacité de sa componction allait si loin, que ses larmes ne tarissaient presque jamais. Ses discours avaient tant d'onction, que les pécheurs les plus endurcis ne pouvaient résister à leur pieux attrait. Elle mourut en 1494, à l'heure qu'elle avait prédite elle-même; les nombreux miracles qui confirmèrent sa sainteté firent autoriser son culte par Léon X. — Sainte Catherine de Gênes, fille de Jacques de Fiesque, vice-roi de Sicile, illustra sa noble origine. Mariée d'abord à un riche seigneur italien, Julien Adorno, il lui fallut subir la tyrannie du monde, et se livrer à ses plaisirs frivoles, à ce tourbillon d'affaires, de joies, de caprices, qui énervent l'âme dans une fatigue stérile et des distractions incessantes. Mais Dieu l'appelait à une vocation plus élevée. Son époux , converti par ses prières et son exemple, entra dans le tiers-ordre de saint François, où il mourut dans les sentiments de la plus vive piété. Catherine, dégagée de ses liens terrestres, prit la résolution de se faire la servante des malades et des pauvres, dans le grand hôpital de Gènes. La grâce qui la soutenait, lui donna le courage de vaincre toutes les répugnances de la nature. La femme du monde sut mettre, dans les soins qu'elle prodiguait aux membres souffrants de Jésus-Christ, la même délicatesse affectueuse et tendre, l'amabilité insinuante et douce qui l'avaient fait chérir dans ses relations de société. Sa charité éclata surtout pendant la peste qui fit à Gênes de terribles ravages, dans les années 1497 et 1501. Ses austérités avaient quelque chose d'effrayant.

Elle «'était tellement accoutumée à jeûner, qu'elle passa vingttrois carêmes et autant d'avenls sans prendre aucune nourriture. Elle recevait seulement la sainte communion tous les jours, et buvait un verre d'eau, où elle mêlait un peu de vinaigre et de sel. Il est vrai de dire que ks hosties qu'on donnait alors aux laïques, lorsqu'on leur administrait le sacrement d'Eucharistie, étaient beaucoup plus grandes qu'elles ne le sont aujourd'hui. On lit aussi, dans la vie de la sainte, qu'immédiatement après la communion, on lui présentait un calice avec du vin, comme on fait encore à la communion des ordinands (1). Une vie si sainte mérita à Catherine des faveurs et des grâces particulières. On la voyait souvent, dans la ferveur de son extase, s'élever vers le ciel; comme si son corps, rompant toutes les attaches qui le retenaient à la terre, eût voulu s'envoler vers le lieu de sa conversation et de son repos. Sainte Catherine de Gènes a écrit ellemême l'histoire de cette transformation merveilleuse, qui la rendait ici-bas une habitante du ciel. Ses livres, intitulés : Dialogue et du Purgatoire, sont l'œuvre de la plus haute mysticité et de la plus sublime perfection. Dieu la favorisa de visions merveilleuses, où il lui révéla une partie de sa gloire, et lui fit sentir comme un avant-goùt des joies célestes auxquelles elle était prédestinée. Sainte Catherine de Gènes mourut le 1 5 septembre 1510. Des guérisons miraculeuses signalèrent son culte à la dévotion publique , et Clément XJI la canonisa solennellement en 1737. — Un nom plus illustre encore que celui de sainte Catherine de Gênes, fut celui de sainte Thérèse, qui naquit dans les dernières années de la sixième époque , et dont nous aurons à parler dans la suite de cette histoire. — C'était le temps des vertus héroïques et des grandes renommées sociales. Il semblait qu'à mesure que les peuples abandonnaient les voies de la piété

(1) Baillet a dénaturé cette circonstance ca disant que sainte Catherine de

Gênes recevait l'Eucharistie sous les deux espèces. Celle réception de l'Eucharistie sous les deux espèces fut en usage pendant plusieurs siècles ; mais les Hossites ayant prétendu qu'elle était de précepte divin et obligatoire pour tous les fidèles, l'Eglise catholique confirma d'abord par sa pratique et, quelque temps aprè9 , par ses décrets , la coutume universelle de ne communier que sous une seule espèce, celle du pain.

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