‹ Histoire générale de l'église depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'à nos joursChapitre 315 sur 324 · CHAPITRE Vf · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vf

et de la ferveur, Dieu voulait montrer, par des prodiges nouveaux, que la sainteté n'est pas seulement utile à ceux qui en sont revêtus, mais qu'elle a des grâces plus générales pour le repos et le bonheur des nations. Pendant que Fl talie se précipitait avec enthousiasme vers l'humble cellule de sainte Catherine de Sienne, Jeanne d'Arc prouvait à la France que la piété vaut mieux que des armées, et que la foi sait aussi remporter des victoires» — Le bienheureux Nicolas de Flue donnait alors à la Suisse l'exemple de la plus haute vertu. On le vit s'arracher soudain aux charges et aux dignités de ce monde pour aller cacher sa vie au milieu des bergers des Hautes-Alpes : et comme si son renoncement n'eût pas encore été assez complet, il redisait sans cesse, dans son humilité : « Mon Dieu, mon Dieu, délivrez-moi » de moi-même. » Pendant vingt ans il fit ainsi fleurir la solitude; les populations se pressaient autour de l'homme de Dieir pour recueillir les paroles de grâce et de bénédiction qui sortaient de ses lèvres. En 1481, dans la fameuse assemblée de Stanz, son intervention opéra la pacification des confédérés suisses, qui renouvelèrent sous ses auspices la convention de Sempack, conclue en 1393.

10. Malgré la protestation vivante de tant de saintes âmes contre l'esprit général de relâchement et de désordre, il faut en convenir, le mal faisait des progrès effrayants. «C'est aux choses » sacrées, disait le dominicain Egidius de Viterbe au concile de » Latran (1517), c'est aux choses sacrées de changer les hommes, » et non à ceux-ci de changer les choses saintes. — Toute votre » attention, ajoutait-il en s* adressant à Jules II, doit se porter » sur l'amélioration des mœurs , sur le rétablissement de la vie » spirituelle, sur le moyen de mettre un frein aux vices, â la j> volupté , à la propagation de l'erreur. » En effet, les peuples, livrés aux aspirations de la sensualité, ne comprenaient plus la sainte mortification de l'Evangile; en revanche, la superstition acquérait des proportions incroyables, surtout dans les classes inférieures, parmi lesquelles le plus grossier charlatanisme obtenait un facile et honteux succès. Les ténébreuses pratiques des arts magiques, de la sorcellerie et de l'alchimie étaient partout en honneur. La Papauté se préoccupa de ces travers de l'esprit

humain ; Innocent YIII rendit des décrets rigoureux contre ces ridicules aberrations (1481).

11. La discipline pénitentiaire n'avait pu échapper à la décadence générale dont la vie religieuse était frappée. L'impunité du crime encourageait le désordre, les scandales des clercs donnaient trop souvent aux vices et à l'immoralité des peuples le plus triste et le plus honteux prétexte. Les docteurs catholiques cherchaient vainement à rappeler, dans leurs écrits, la nécessité de la pénitence catholique , de ces rigueurs salutaires auxquelles les chrétiens des premiers siècles se soumettaient avec une docilité si édifiante. Leur voix n'était plus écoutée : on ne tenait pas davantage compte des interdits et des excommunications que les évèques fulminaient contre les pécheurs invétérés. L'abus était partout, et il semblait que la réaction contre l'esprit de l'Eglise, fût d'autant plus énergique que son triomphe, durant la période précédente, avait été plus complet. Il arrivait cependant que des catastrophes terribles et comme des coups de foudre lancés par la main de Dieu lui-même, venaient réveiller de temps en temps les consciences endormies. La peste, ce fléau de toutes les époques, qui. sous des noms divers, fait son apparition sinistre au milieu des nations européennes à des intervalles marqués par la Providence, la peste noire surtout, en multipliant les victimes, fut souvent le signal d'un mouvement de conversion. Mais, comme si le bien lui-même avait dû, en ce triste temps, être revêtu d'un caractère de décadence, la réaction se manifesta par de nouveaux excès. Les Flagellants parcouraient par troupes les villes et les villages, donnant le spectacle des plus folles macérations. La secte des Danseurs , par un principe diamétralement opposé, prétendit conjurer les dangers de la peste, en se livrant aux extravagances d'une joie désordonnée : et il fallut recourir aux peines les plus sévères contre ces deux excès.

12. La science catholique, pour répondre à tant de besoins divers, n'était pas alors, comme on se plaît à le redire, exclusivement emprisonnée dans le système, trop absolu peut-être, de la scolastique. Nous avons déjà cité le nom de Jean Tauler, docteur mystique dont la parole avait tant de retentissement sur les bords du Rhin. — A la même époque, Henri Suzo, religieux de

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