‹ Histoire générale de l'église depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'à nos joursChapitre 316 sur 324 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

l'ordre de Saint-Dominique, écrivait un ouvrage de mysticité, intitulé : Les neuf rochers. — Jean Ruisbrock, de Bruxelles, dans des écrits pleins d'ailleurs des plus sublimes beautés, laissai pourtant apercevoir le germe des erreurs des faux mystiques, développées plus tard par M"' Guy on, et qui séduisirent le beau génie de Fénelon. — Gerson combattit avec vigueur ces dangereuses tendances. « L'essence du mysticisme, dit Gerson, c'est » de connaître Dieu par l'expérience du cœur. Au moyen de » l'amour, qui élève l'esprit jusqu'à Dieu, ou arrive à l'union » immédiate avec la divinité. Tandis que l'objet de la théologie » spéculative est le vrai, celui de la théologie mystique est le » bien et la sainteté même. La scolastique et la mystique corres- » pondent aux facultés par lesquelles l'âme connaît et désire, 10 comprend et aime, et qui , les unes et les autres, peuvent cony> duire à Dieu. La scolastique doit régler et maintenir la mys- » tique dans les règles de la vérité. Mais il ne suffît pas de con- » cevoir Dieu en idée, il faut que l'idée de Dieu pénètre et anime » toute la vie de l'homme, et qu'ainsi la mystique réalise ce que » la scolastique perçoit et comprend. » Ce sont là de belles et nobles pensées, bien dignes de l'auteur à qui on attribue le livre divin de l'Imitation. Thomas à Kempis, qui lui dispute la gloire d'avoir écrit ce beau livre, vivait alors dans le monastère de Kempen, ville de la province Rhénane (aujourd'hui Etats Prussiens) ; s'il n'est pas réellement l'auteur de ce traité sublime, il suffît à sa renommée qu'on ait pu le croire capable de l'être.

13. L'esprit humain n'allait pas rester longtemps dans cette sphère toute chrétienne, où ses facultés s'exerçaient sur les mystères les plus profonds de notre religion divine. La renaissance des lettres, ce mouvement intellectuel d'une portée immense, allait ouvrir des horizons nouveaux à son activité. Jusque-là, l'étude des auteurs païens n'avait exercé sur les écrivains et les poètes qu'une influence secondaire. Elle était subordonnée aux pensées de la foi qui dominaient toute cette époque. Le Dante avait, dans sa Divine comédie, rendu sensible la subordination de la littérature païenne au sentiment chrétien , en faisant par» courir les cercles de l'enfer et du purgatoire sous la conduite de Virgile. — Pétrarque, dans ses canzoni et ses poésies italiennes

aussi bien que dans ses traités latins, s'était inspiré aux sources de la plus pure antiquité, dont les formes et les images lui étaient familières. Mais le culte chrétien, Famour de la Vierge Marie domine encore dans son âme ; et si la littérature d'Homère et de Virgile resplendit dans ses ouvrages, c'est pour mieux traduire son admiration pour le Dieu de PEvangile. Tout se préparait donc, en littérature, pour le siècle de Léon X, et pour la belle latinité d'Erasme, de Budée, de Bembo et de Sadolet; de même que, dans le domaine de l'art, les peintures fameuses de Cimabuë, du Giotto, de Dominique Ghirlandajo, de Fra Angelico de Fiésole, de Masaccio, de Léonard de Vinci, du Pérugin, préludaient magnifiquement au génie sans rival de Raphaël.

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TABLE DU TROISIÈME VOLUME

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