CHAPITRE m
chanceliers de l'Eglise romaine et cardinaux -prêtres du titre de Saint-Jean-Porte-Latine. Mais ces deux dignités sont tombée» en désuétude , et il n'en reste aux archevêques de Cologne que le droit de se vêtir de rouge, comme les cardinaux. Léon IX repartit aussitôt pour l'Italie. En traversant la Lorraine , il prit avec lui Humbert, abbé de Moyen-Moutier , qu'il fit évêque et cardinal , et que nous verrons bientôt figurer comme un des prélats les plus distingués de son siècle, tant par ses lumières que par les services importants qu'il rendit à l'Eglise. A Siponte, au pied du mbnt Gargan , le Pape tint encore un concile , où il déposa deux archevêques simoniaques (1050). Quelques mois plus tard, un concile général des évêques d'Italie s'ouvrait à Rome , pour la condamnation de rhérésiarque Bérenger.
6. Saint Fulbert de Chartres avait donné, par ses leçons , une puissante impulsion à la science théologique. Mais parmi les nombreux disciples qui se pressaient pour recueillir sa parole éloquente, il avait distingué un de ces esprits orgueilleux et téméraires, que la vérité ne satisfait pas, qui semblent avoir pour r erreur et le paradoxe des affinités secrètes , et qui demeurent le jouet d'une imagination vagabonde et sans frein. Ce jeune homme se nommait Bérenger. Après avoir suivi pendant quelques années l'enseignement de saint Fulbert , il revint se fixer à Tours , sa patrie , où il ouvrit lui-même , avec un certain éclat , des conférences publiques. Sa parole était vive et colorée ; il déployait une érudition remarquable pour le temps, et savait l'art de charmer les multitudes. Mais il avait plus d'esprit que de science , plus de brillant que de solidité , et il devait plutôt ses succès à une forme hardie et neuve qu'aux grandes et profondes pensées , filles du génie. Jusque-là pourtant sa doctrine avait été aussi irréprochable que ses mœurs étaient régulières , et rien ne faisait encore pressentir dans le jeune et brillant professeur le futur hérésiarque. Une blessure d'amour-propre fut la cause de sa chute. On lui dit, un jour , qu'un docte étranger arrivait de Pavie où il avait étudié avec succès la théologie et les lettres , et qu'il venait apporter à la France les trésors de science qu'il avait amassés au delà des monts. C'était en effet Lanfranc, savant italien , qui se rendait à l'abbaye du Bec , récemment fondée par
68 s. Léon a (1049-1054).
l'abbé Herluin , et qu'il devait illustrer par son génie. Bérenger voulut engager une lutte avec cet étranger, dans lequel sa vanité pressentait un rival. A cette époque , ces sortes de tournois littéraires , où la science combattait à armes courtoises , étaient fort à la mode. Bérenger hit vaincu , et son orgueil ne put supporter cette défaite. Lanfranc , nommé peu de temps après écolâtre , c'est-à-dire professeur , à l'abbaye du Bec , vit bientôt toute la jeunesse de France accourir à ses leçons. Sa réputation acheva de dépeupler l'école de Tours , et Bérenger croyant racheter par la nouveauté ce qu'il perdait par une comparaison écrasante avec un rival supérieur , se fit alors sectaire.
7. Reprenant la polémique soulevée au ixe siècle sur le mystère de l'Eucharistie , il enseigna publiquement que Notre-Seigneur Jésus-Christ n'est pas réellement et substantiellement présent dans l'adorable sacrement de nos autels ; mais qu'il y est seulement d'une manière figurée , et par une présence qu'on peut appeler d'impanation , ainsi que le prétendit plus tard Luther, le chef du protestantisme (1). Scot Erigène avait dit la même chose cent ans auparavant ; et , à cette époque , Paschase Ratbert avait éloquemment vengé le dogme catholique de ces attaques. Cependant Bérenger eut des disciples ; il forma à son tour une école ; mais , à force de raisonnements , il ne tarda pas à varier dans ses opinions. En un mot , il eut le sort de tous les hérésiarques qui sont condamnés à s'égarer sans cesse à mesure qu'ils s'éloignent de l'unité. Bérenger affectait de mettre ses erreurs à couvert sous le nom de Scot Erigène. Lanfranc n'hésita point à accepter la lutte sur ce terrain. Il défendit Paschase Ratbert et le dogme catholique de la présence réelle. Cependant la nouvelle hérésie faisait des progrès. Hugues, évêque de Langres, se mit sur les rangs pour la combattre. L'affaire en était là, lorsque saint Léon IX l'évoqua à son tribunal, dans le concile de Rome de l'an 1050. La nouvelle doctrine
(1) 11 est utile de foire remarquer que les Luthériens et les Calvinistes ont prétendu établir une sorte de tradition historique de leurs erreurs sur le dogme de la présence réelle, en cherchant à les étayer de l'autorité des hérétiques du ix« et du XIe siècle, comme si Bérenger, condamné en 1050 par le Pape et les conciles, pouvait être regardé comme le représentant fidèle des doctrines de son siècle.