CHAPITRE m
ger d'une ambassade à Constantinople. L'abbé se rendit aussitôt h Bari pour attendre un temps favorable. Mais la mort inopinée d'Etienne X (29 mars 1058) vint arrêter ses projets et ses espérances, et Didier reprit la route du mont Cassin. Le Pape s'était rendu à Florence, pour y présider de nouveaux conciles et établir, en Toscane, la régularité ecclésiastique. Il y succomba à une violente et soudaine maladie. Sa perte fut doublement malheureuse, parce qu'elle privait l'Eglise d'un saint et zélé pasteur et qu'elle livrait le Saint-Siège aux factieux et aux simoniaques, contre lesquels la papauté luttait avec tant d'énergie depuis saint Léon IX.
§ 4. Schisme de Benoît X (1) (5 avril 1058-janvier 1059).
21. La réputation du sous-diacre Hildebrand était dès lors tellement établie, qu'en mourant Etienne X avait ordonné que, dans la vacance du Saint-Siège, il ne fût procédé à aucune élection nouvelle, avant son retour. Hildebrand venait d'être envoyé, en qualité de légat apostolique, à la cour de l'impératrice Agnès, veuve de Henri ni, et régente du royaume de Germanie, au nom de son fils Henri IV. Celui qui , devenu plus tard Grégoire VU , devait soutenir d'aussi héroïques combats contre la puissance impériale de Henri IV, s'occupait alors, avec une infatigable activité, à aplanir, sous les pas du royal pupille de la papauté, le chemin du trône. Il semait les bienfaits pour recueillir l'ingratitude. Les partis qui divisaient alors la ville de Rome ne se conformèrent point aux intentions d'Etienne X. Grégoire, comte de Tusculum, trop fidèle aux traditions de violence et d'injustice léguées par ses aïeux, fit porter par ses soldats, durant la nuit, au palais de Saint-Jean de Latran , Pévêque de Velletri, qui prit le nom de Benoit X. De grandes largesses furent distribuées au peuple, et l'intrusion fut consommée. L'incapacité de l'antipape était si notoire, que les Romains lui donnèrent alors spontanément le surnom de mincio (stupide). Cependant Hildebrand , à
(i) Scion l'opinion la plus probable, Benoît X fut un antipape; mais comme soc nom se trouve dans le Diario romain, et que les Papes, ses homonymes, ont pris après lui le titre de Benoît XI, Benoît XII, etc., nous lui avons aussi conservé son rang chronologique.
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82 benoît x (1058-1059).
la nouvelle de la mort d'Etienne X, était revenu d'Allemagne. U s'arrêta à Florence, et y reçut les protestations de tout ce que la ville de Rome comptait de cœurs honnêtes , au sujet des violences du comte de Tuscuîum et de l'intrusion de Benoit X. ïïildebrand n'était pas homme à reculer devant les difficultés d'une situation si délicate. Il prit l'avis des cardinaux les plus éclairés: tous exprimèrent leur indignation et leur mépris contre l'antipape. La réponse de Pierre Damicn se distingua par une énergie et une franchise admirables, a Celui qui tient actuellement le » Saint-Siège, dit-il, est simoniaque; et rien ne peut atténuer la » gravité de son crime. Sans égard à nos réclamations, ni aux » anathèmes des cardinaux chargés de l'élection, il a été intronisé » de nuit et tumultuaircment, par une troupe de gens armés. » Pour séduire le peuple on a répandu l'or à pleines mains; on » employait pour les disciples de Simon le trésor de saint Pierre. » Au reste, qu'il consente à expliquer seulement une ligne, je » ne dis pas d'un psaume, mais de la première homélie venue, » et je consens à le reconnaître pour légitime et vrai Pape. Vous » me demandez de vous écrire secrètement cet avis, afin de ne » pas me compromettre personnellement. A Dieu ne plaise que, » dans une telle circonstance, mon cœur soit accessible au moin- » dre sentiment de crainte. Je vous prie , au contraire, de livrer » celte lettre à la publicité , afin que tout le monde sache quel » parti prendre dans ce péril commun. »
22. Muni de celte lettre et des plus amples dépositions des nobles romains, conçues dans le même sens. Ilildebrand convoqua à Sienne un concile, qui élut pour souverain Pontife Gérard, évoque de Florence, sous le nom de Nicolas II (31 janvier 1059). Si quelque chose pouvait ajouter à la gloire immortelle d'Uildebrand, ce serait l'abnégation personnelle avec laquelle il donnait la tiare aux sujets qu'il en croyait dignes, sans jamais faire un retour sur lui-même, ni songer à profiter de son immense influence , pour s'élever aux honneurs du souverain pontificat. Aussitôt son élection confirmée, Nicolas II assembla un concile à Sut ri , et y manda nominativement l'antipape. Mais Benoît X, touché de remords, n'attendit pas sa condamnation. D rentra de lui-même dans la vie privée. Le souverain Pontife se