‹ Histoire générale de l'église depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'à nos joursChapitre 49 sur 324 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

présida un autre à Amalfi. Il s'agissait de terminer enfin pacifiquement la lutte que, depuis saint Léon IX, la Papauté avait à soutenir contre les Normands d'Italie. Ce peuple avait fait de tels progrès dans les provinces napolitaines, qu'il fallait perdre l'espoir de les en chasser. Nicolas II comprit qu'il valait mieux, dès-lors, entrer avec eux en transaction, et arrêter leurs ravages par des concessions volontaires. Ils désiraient eux-mêmes placer leurs conquêtes sous le patronage de l'autorité pontificale. Richard et Robert Guiscard, les plus puissants de leurs chefs, avaient fait, dans ce sens, des ouvertures au Saint-Siège. Le Pape accéda à leurs vœux. Il reçut solennellement leur soumission au concile d'Amalfi, et les releva, en conséquence, de l'excommunication qu'ils avaient précédemment encourue. Les Normands rendirent les terres du domaine de Saint-Pierre, dont ils s'étaient emparés, et reçurent l'investiture de la Pouille et de la Calabre, à l'exception de Rénévent. Richard obtint pour sa part la principauté de Gapoue. Robert Guiscard fut confirmé dans la possession de la Pouille et de la Calabre , et conserva de plus ses prétentions sur la Sicile. En retour, Richard promit au Pape et à ses successeurs une redevance annuelle de douze deniers de Pavie pour chaque paire de bœufs, payable, à perpétuité, à la fête de Pâques; de plus, il se reconnut vassal du Saint-Siège et prêta serment en cette qualité. Le traité d'Amalfi fut l'origine du royaume de Naples. Il eut de grandes conséquences pour l'Eglise romaine. Les Normands déclarèrent la guerre aux seigneurs italiens, rebelles à l'autorité du Pape. Ils ravagèrent les terres de Preneste et de Nomento, abattirent l'orgueil des comtes de Tusculum, dont le nom et l'autorité étaient si souvent intervenus d'une manière fatale pour opprimer le Saint-Siège. Rome fut ainsi débarrassée des tyrans subalternes, contre la cupidité et l'ambition desquels la négligence des empereurs d'Allemagne ne l'avait pas toujours suffisamment protégée.

25. Au milieu de ces préoccupations politiques, Nicolas II ne perdait pas de vue les intérêts spirituels de la chrétienté, dont il était le pasteur suprême. Il avait envoyé à Milan, en qualité de légat apostolique, le cardinal saint Pierre Damien, pour y établir la réforme des mœurs et la restauration de la discipline

86 nicolas ii (1059-10f>l).

cléricale. Le mal était invétéré dans cette ville et dans toute la province de Lombardie. L'archevêque était notoirement simo— niaque; et il était difficile de trouver dans son clergé un seul prêtre ou clerc qui n'eût acheté, à prix d'argent, les charges et les dignités ecclésiastiques. Deux hommes zélés, saint Ariald, diacre de Milan, qui fut martyrisé, et saint Herlembald, laïque, eurent pourtant le courage de se déclarer ouvertement contre l'archevêque et ses indignes fauteurs. Le scandale en était venu à ce point que, loin de rougir de leurs désordres, les clercs prêchaient publiquement contre la loi du célibat ecclésiastique, et renouvelaient ainsi l'ancienne erreur des Nicolaïtcs. « On donne » ce nom, disait saint Pierre Damien, aux clercs scandaleux qui » veulent justifier, par l'autorité de l'Ecriture et des Pères, leur » infâme conduite; car le vice devient une hérésie quand on le » soutient par un dogme pervers. » Au péril de sa vie, l'héroïque légat parvint à extirper entièrement de cette Eglise désolée les deux fléaux qui la ravageaient. L'archevêque s'humilia devant le représentant du Saint-Siège, confessa ses crimes, et obtint, par l'humilité de son aveu et la sincérité de son repentir, d'être continué dans ses fonctions. Les clercs coupables furent soumis à diverses pénitences canoniques. Saint Pierre Damien , effrayé à la vue des vices de son siècle, supplia alors instamment h; Pape de lui rendre la liberté et de le laisser dépouiller la pourpre romaine, pour aller prier dans l'ombre et la retraite de sa chère solitude du Mont-Cassin. Mais l'Eglise avait trop besoin de consciences droites et de caractères énergiques pour que le Pape consentit à se priver d'un tel auxiliaire.

26. Hildebrand, qui était le conseiller intime de Nicolas II, et qui s'essayait, sous divers Pontifes, à exercer lui-même la souveraine puissance, imprimait à toutes les affaires le cachet d'universalité et de grandeur qui faisaient le fond de son caractère. Par ses soins, deux autres légats, saint Hugues, abbé de Cluny, et le cardinal Etienne, avaient reçu la mission de propager et de faire adopter en France les décrets du concile romain, louchant la réforme du clergé. Saint Hugues avait été spécialement chargé de la légation d'Aquitaine. Il tint à Avignon un concile (1059), où on déposa plusieurs évoques simoniaques. Etienne, dont la

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