‹ Histoire générale de l'église depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'à nos joursChapitre 63 sur 324 · CHAPITRE rv · texte numérisé non relu

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5. Nous avons déjà fait connaître la gravité du mal qu'entretenait au sein de l'Eglise l'abus des investitures, introduit en Allemagne et en France par le système féodal. « La liberté du » ministère ecclésiastique, dit judicieusement Mgr Palma, était » complètement anéantie, quand l'élection des évêques et des » abbés était laissée à l'arbitraire des princes séculiers. » Pour grossir leurs trésors ou subvenir aux frais de leurs guerres continuelles, les rois mettaient, sans scrupule, à l'enchère les dignités ecclésiastiques. Saint Anselme, évêque de Lucques, s'exprime ainsi au sujet de Henri IV : « Ce prince vend, sans scrupule, les » évèchés. 11 a promulgué un décret qui annule les élections » épiscopales faites, selon le vœu des saints canons, par le clergé 9 ou Je peuple, sans le concours de l'action royale, comme s'il » était chargé d'ouvrir la porte aux pasteurs légitimes. Nul n'est » élevé à cette dignité s'il ne l'achète au poids de l'or, ou s'il n'a 9 prostitué son éloquence et sa main au service du maître. » Dans l'opinion publique, à cette époque, la tradition de la crosse et de l'anneau signifiait la collation du pouvoir spirituel. C'est la remarque du savant cardinal Humbert. a Comment, écrivait- » il, des laïques osent-ils s'arroger le droit de conférer aux évê- > qaes les insignes de Pautorité apostolique? La crosse est l'em- ■ blême de la charge pastorale des âmes qui leur est confiée, i L'anneau est, en quelque sorte, le sceau des secrets célestes, » dont les prédicateurs sacrés ont la dispensation. » Les investitures constituaient donc une véritable usurpation du pouvoir laïque sur le domaine ecclésiastique. Une autre conséquence non moins déplorable était le désordre des prêtres scandaleux, qui, sous le nom de Nicolaïtes, prétendaient détruire, en droit, aussi honteusement qu'en fait, la doctrine apostolique du célibat des clercs. Des hommes , qui jusque-là avaient passé leur vie dans la licence des camps ou au sein de la corruption des cours, se trouvaient tout à coup, par le caprice des princes, ou leur simoaiaque cupidité, élevés aux dignités ecclésiastiques, investis de bénéfices à charge d'âmes, placés à la tete des abbayes. Ils apportaient, dans leurs nouvelles fonctions, toutes leurs habitudes antérieures d'immoralité. Le mal , contagieux de sa nature , se propagea bientôt avec une effrayante rapidité; les prêtres se

108 s. Grégoire vn (1073-1085):

mariaient publiquement et vivaient dans Pincontinence ; il était tel diocèse où Ton n'eût pu trouver un seul ministre des autels digne de sa sainte vocation. Cette déplorable situation était le résultat des investitures laïques.

6. Saint Grégoire VII ne recula point devant la tâche de réprimer tous ces abus, quelque effrayante qu'elle lui parût à luimême. Il s'en exprimait, avec une amertume profonde, dès le second jour de son pontificat. «La mort du pape Alexandre, » mandait-il à Didier, abbé du Mont-Cassin, est retombée sur » moi; et je puis dire, avec le Prophète : Je suis jeté dans la » haute mer 9 et la tempête m'a submerge' (1). Je vous con jure » de me procurer les prières de vos frères, afin qu'elles me sau- » vent dans le péril imminent qu'elles n'ont pu me faire éviter. » La réforme que saint Grégoire VII allait entreprendre n'était point une idée nouvelle et sans antécédents dans l'Eglise. Tous les efforts des Papes ses prédécesseurs, depuis saint Léon IX, avaient été constamment dirigés vers ce but. « Au concile de » Reims (1049), dit Mgr Palma, Léon IX avait porté le décret » suivant : Que personne ne soit promu au gouvernement des » Eglises sans l'élection du clergé et du'peuple. Alexandre II, au » concile de Rome de 1062, avait dit : Qu'aucun clerc ou prêtre » ne soit promu à l'épiscopat, ni gratuitement, ni à prix d'ar- » gent, par le pouvoir laïque. Enfin, Nicolas II ne s'était pas * exprimé moins formellement, quand il écrivait à Gervais', ar- D chevéque de Reims : Reprenez, priez, avertissez votre glorieux » monarque de ne point intervenir dans les élections pontificales. » Henri Ier avait, en effet, nommé un évêque au siège de Màcon » sans le concours du clergé ni du peuple. » Ces faits prouvent évidemment que le droit des investitures, comme le prétendent certains historiens, n'avait point acquis force de prescription, en faveur des empereurs et des princes séculiers, par le silence des Papes. Saint Grégoire VII, en revendiquant la liberté de l'Eglise, l'indépendance des élections, la répression de la simonie, l'observation de la loi ecclésiastique du célibat, n'était pas un novateur. R se plaçait sur la brèche où ses prédécesseurs avaient sans

(1) « Veni in altitudinem maris et tempestas demersit me. • Ps. 68, }. 3.

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