‹ Histoire générale de l'église depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'à nos joursChapitre 62 sur 324 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

L'empire, après avoir combattu longtemps contre les hordes innombrables des Hongrois, des Russes, des Bulgares, des Persans et des Arabes, tomba, en 1063, au pouvoir de la tribu des Seldjoucides, qui s'empara successivement des diverses provinces jusqu'à ce qu'en 1071, l'empereur Romain IV, par un revers plus terrible encore, tombât lui-même entre leurs mains. Le trône, laissé vacant par cette catastrophe, fut occupé par Michel VIÏI, qui permit à Soliman d'établir la résidence des Seldjoucides à Nicée. Les éternels ennemis du Catholicisme poussaient ainsi leurs sentinelles avancées jusqu'aux confins de l'Europe orientale, menaçant à la fois l'Eglise et la civilisation. Telle était la situation du monde, à l'avénement de saint Grégoire VII. On le voit, tous les pouvoirs périclitaient ; pour que l'unité fût rétablie, il fallait qu'une main puissante travaillât à reconstruire la société, en réprimant les abus et en rendant la force au pouvoir politique.

4. Dans cette double tâche, le génie de saint Grégoire VII rencontra pour auxiliaire une âme noble et généreuse , digne de comprendre les grandes choses et de s'y associer. C'était la comtesse Mathilde. Les écrivains contemporains la nomment une antre Débora , parce qu'elle eut le courage de cette antique héroïne d'Israël. Fille de Boniface II, marquise de Toscane, et veuve de Godefroy le Bossu, duc de Lorraine, elle avait hérité du royaume paternel, et, à la mort de la comtesse Béatrix, sa mère (1076), se trouva seule souveraine de la Toscane et d'une partie de la Lombardie. Pendant que les rois et les princes affligeaient l'Eglise de Dieu par une vie inutile ou scandaleuse , par le trafic sacrilège qu'ils faisaient des dignités ecclésiastiques, la comtesse Mathilde , durant un règne de plus de «cinquante ans, se montra toujours fidèle, toujours dévouée à l'Eglise et à son chef , toujours prête à seconder le souverain Pontife dans ses efforts pour la restauration de la discipline et des mœurs cléricales, toujours l'épée à la main pour le défendre contre les ennemis les plus formidables, ne se laissant jamais ni gagner par les promesses, ni intimider par les menaces, ni abattre par les revers. Saint Grégoire VII eut en elle une alliée intrépide, dans la croisade qu'il entreprenait contre tous les abus. Elle s'était mise sous

106 S. GRÉGOIRE vn (1073-1085).

sa direction spirituelle; et c'est une merveilleuse correspondance que celle de ce grand Pape, écrivant à la comtesse Mathilde, au milieu de ses préoccupations politiques et de ses luttes ardentes contre les princes du monde, des lettres empreintes de la piété la plus affectueuse et la plus tendre. « J'ai voulu , très-chère lille » de saint Pierre, lui dit-il dans une de ses épîtres, vous adres— » scr quelques paroles d'édification, pour augmenter votre Foi et » vous engager à nourrir chaque jour votre âme du corps sacré » de Notre Seigneur Jésus-Christ. Tel est le trésor, tels sont les » présents, plus précieux mille fois que l'or et les pierreries, » dont l'Eglise enrichit ses enfants. Quant à la divine Marie , » la mère du Sauveur, à la protection de laquelle je vous » ai depuis longtemps et ne cesserai jamais de vous recom— » mander dans mes prières, que pourrais-je vous en dire * encore? Autant elle est plus élevée en gloire, autant elle est » aussi une mère plus douce et plus clémente. » On aime à trouver dans le puissant génie qui, d'un regard, embrassait tous les royaumes, tous les biens et les maux de l'humanité, ces épanchements de piété et d'ardente dévotion à la sainte Vierge. La comtesse Mathilde répondait par une foi vive et une conduite exemplaire à la sollicitude de saint Grégoire VII. Elle avait poux aumônier saint Anselme, évèque de Lucques, dont la vie ne fut qu'un long acte de charité et de désintéressement. Jamais il ne voulut recevoir un présent des gens auxquels il avait rendu service. « Si ce qu'ils demandent est injuste, disait-il, je serais » complice de leur injustice ; s'il est juste, ce serait les voler que » leur faire acheter ce qui leur est dû. » La comtesse Mathilde, pour consoler saint Grégoire VII, par son dévoûment, de la rébellion de tant d'autres enfants dénaturés , voulut faire donation de tous ses Etats à l'Eglise romaine (1077), en s'en réservant toutefois l'usufruit pour le reste de ses jours. C'est ainsi que le Saint-Siège acquit, sur la Toscane et sur la Lombard ie, un droit de souveraineté. La comtesse Mathilde survécut longtemps à saint Grégoire VII, car elle ne mourut qu'en 1115. Mais son dévoûment au Saint-Siège ne fît point défaut aux successeurs du grand Pontife; elle confirma, en 1102, sa première donation, qui fut exécutée suivant ses pieux désirs.

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