‹ Histoire générale de l'église depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'à nos joursChapitre 66 sur 324 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

ses créatures, dévouée à sa tyrannie. L'âme de ce complot fut Guibert, archevêque simoniaque de Ravenne. Plein d'ambition et d'audace, ce prélat, venu à Rome à l'occasion du dernier concile, avait noué des relations avec les mécontents soulevés par les décrets énergiques du Pape. Il s'était lié plus particulièrement avec Cencius (1), fils d'un ancien préfet de Rome, que ses déportements avaient fait emprisonner parle gouvernement pontifical. Grégoire VII l'avait remis en liberté après en avcir exigé d.is otages, et lui avoir fait jurer, sur le tombeau de saint Pierre, qu'il s'amenderait et ne troublerait plus la tranquillité publique. Depuis lors, cette âme haineuse avait nourri un resstntimeni implacable contre le saint Pontife. Guibert lui fit de magnifiques promesses, tant en son nom personnel qu'en celui du roi de Germanie, s'il voulait le servir dans son entreprise. Cencius accepta avec empressement; il recruta bientôt de nombreux partisans. Robert Guiscard venait d'être excommunié par le souverain Pontife, pour s'être montré infidèle aux termes du traité récemment conclu entre le Saint-Siège et lui. 11 entra dans le complot de Guibert et de Cencius. Les conjurés en fixèrent l'exécution à la nuit de Noël (1075). Pendant que saint Grégoire VII officiait pontificalement dans l'église de Sainte- Marie -Majeure, Cencius pénètre dans le sanctuaire à la tête d'une troupe de soldats armés. Ces misérables s'élancent sur la personne sacrée du Pape, le renversent, le saisissent par les cheveux et le traînent, au milieu »cs cris et des pleurs de la multitude, dans une tour de la forteresse de Cencius. Ils espéraient le faire sortir de Rome Avant le jour et le conduire prisonnier à Henri IV, en Allemagne. Mais l'alarme s'était promptement répandue dans toute la ville, à la nouvelle de l'enlèvement du Pape. Une foule immense encombra bientôt les rues, redemandant à grands cris son pasteur et son père. Le tumulte devint formidable, et la multitude furieuse envahit la forteresse de Cencius, menaçant de massacrer tout ce qui s'y trouvait, si Grégoire VII ne lui était rendu à l'instant même. Rien n'est pius lâche que l'âme d'un traître. Cencius, épouvanté, se jette aux

(i) Cencius avait précédemment embrassé le parti de l'antipape Cadaloûs, sous le pontificat d'Alexandre II.

Mi. *

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