S. GRÉGOIRE VII
genoux de l'intrépide et miséricordieux Pontife. Grégoire VII lui pardonne et lui impose seulement, pour pénitence, un pèlerinage à Jérusalem. Quand le Pape reparut aux yeux de son peuple, il y eut une acclamation et des transports indescriptibles. Il fut porté en triomphe jusqu'à l'église, où il continua le saint sacrifice, au milieu des larmes de joie de ceux qui l'avaient délivré. Les biens de Cencius furent pillés et saccagés, et il s'enfuit en Allemagne après avoir été excommunié et banni de Rome à perpétuité. Quant à Guibert, auteur secret de tout ce désordre, il n'abandonna pas son plan, et alla reprendre ses intrigues dans la haute Italie.
1 1 . La main de Henri IV ne s'était point montrée à découvert dans ces violences; mais la perspicacité de saint Grégoire VII ne pouvait s'y méprendre. Dès le lendemain, il écrivit au roi de Germanie. « Nous avons lieu de nous étonner, lui disait-il, de » l'animosilé qui éclate dans vos actes et vos décrets contre le » siège apostolique. Vous avez continué, malgré nos rescrits, à » donner l'investiture pour les évêchés vacants. Nous vous aver- » tissons, dans notre paternelle charité, de reconnaître l'empire » du Christ, de songer combien il est dangereux de préférer » votre honneur au sien. La victoire qui vous a été donnée sur » vos ennemis doit augmenter votre reconnaissance envers Dieu, » qui vous accorde cette grande prospérité. » Henri IV ne répondit à ce langage apostolique que par un attentat nouveau. Il convoqua tous les évêques d'Allemagne à Worms, sous la présidence d'IIugucs-le-Ulanc, ce même cardinal qui avait déterminé l'élection de saint Grégoire VII, et qui, depuis, avait embrassé le parti de Guibert et de Cencius. On produisit dans ce conciliabule un libelle où le Pape était chargé d'accusations infâmes. Tout ce que la passion et la haine peuvent inventer d'absurde et d'odieux y était accumulé. On accusait saint Grégoire VII d'avoir payé des meurtriers pour assassiner Henri IV. On incriminait ses relations avec la noble comtesse Mathilde; on l'appelait « héré- » tique, adultère, bete féroce et sanguinaire. » Après trois jours d'une scandaleuse délibération, ces évêques indignes dressèrent contre le Pape légitime un acte de déposition, signé par l'empereur et par tous ceux qui étaient présents. Henri IV se hâta