‹ Histoire générale de l'église depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'à nos joursChapitre 68 sur 324 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

d'envoyer en Italie le procès-verbal de son faux concile. Un clerc de Parme, nommé Roland, fut chargé de le porter à Rome avec deux lettres du roi, adressées Tune au peuple, l'autre au Pape lui-même. Henri IV disait aux Romains : « Nous vous d remercions de votre fidélité à notre pouvoir, et vous prions d'y » persévérer en continuant d'être les amis de nos amis, et les » ennemis de nos ennemis. Parmi ces derniers, nous mettons en » première ligne le moine Hildebrand. Nous voulons soulever » contre lui toute votre indignation; car nous l'avons reconnu » pour un usurpateur et un oppresseur de l'Eglise; pour un » traître à l'empire romain et à notre royauté. » La lettre au Pape n'était ni moins hautaine ni moins violente. Elle était ainsi conçue : t Henri, roi par la grâce de Dieu, à Hildebrand. » Lorsque j'attendais de vous un traitement de père, j'ai appris » que vous agissiez comme mon plus grand ennemi. Vous m'a- » vez privé du plus grand respect qui m'était dù par votre Siège; » vous avez tenté de m'aliéner le cœur de mes sujets d'Italie. » Pour réprimer une telle insolence, non par des paroles, mais • par des effets, j'ai convoqué les seigneurs et les évêques de » mes Etats. Dans cette assemblée, on a prouvé, comme vous le » verrez par les pièces ci-jointes, que vous êtes indigne d'occuper » plus longtemps le Saint-Siège. Je me suis rendu à cet avis. » Je cesse de vous considérer comme souverain Pontife, et vous » commande, en qualité de patrice de Rome, d'en quitter immé- » diatement le Siège. » Ces deux lettres incendiaires furent lues par Roland dans une assemblée du clergé et des nobles romains, présidée par saint Grégoire VII lui-même. L'envoyé de Henri IV se montra digne , par son audace et sa hauteur, d'une pareille mission, a Le roi, mon maître, dit-il au saint Pontife, vous » ordonne de renoncer immédiatement au trône de saint Pierre et » au gouvernement de l'Eglise romaine que vous avez usurpés. » Se tournant ensuite vers le clergé, il ajouta : » Mes frères, j'ai à » vous prévenir que vous êtes invité* a vous présenter devant le » roi, aux fêtes prochaines de la Pentecôte, pour recevoir un p Pape de sa main, puisque Hildebrand, qui en usurpe le titre, » n'est point un pasteur légitime, mais un loup dévorant. » Cet appel à la révolte excita au sein de l'assemblée une véritable

116 s. grêgoibe vn (1073-1085).

tempête d'indignation. Sans la miséricordieuse intervention de saint Grégoire VII lui-même, Roland eût été mis en pièces par les seigneurs exaspérés.

12. L'attentat de Henri IV était inouï; il demandait une prompte répression. Les évêques et les nobles de Rome voulaient qu'on procédât, séance tenante, à la déposition de Henri IV. Il est bon de rappeler ici, à propos du mot déposition, quel était le droit public de la société chrétienne au moyen âge, pour répondre aux accusations d'empiétements et d'abus de pouvoir que les ennemis de la Papauté n'ont pas manqué de prodiguer, en cette circonstance, à saint Grégoire Vn. Ecartons d'abord le reproche le plus vulgairement répété par un grand nombre d'esprits superficiels. « Saint Pierre, disent-ils, mourait par ordre de Néron; » il ne songeait point à le déposer ni à l'excommunier. De quel » droit les souverains Pontifes, au xi* siècle, faisaient-ils ce que » saint Pierre ne s'était pas cru le pouvoir de faire lui-même? » La réponse est bien simple. Néron était un empereur païen, il ne pouvait pas être excommunié, c'est-à-dire retranché du sein de l'Eglise, dont il ne faisait point partie. La société dont Néron était l'empereur, se régissait d'après les lois du paganisme; les chrétiens n'avaient aucune espèce d'action sur un gouvernement dont l'esprit et la forme même leur étaient étrangers. Ils obéissaient aux lois politiques, en ce qui ne blessait point leur conscience. Quand les lois étaient en opposition avec la doctrine évangélique, ils ne s'armaient point, ils ne déposaient point les princes : ils mouraient pour leur Dieu et pour leur foi. Voilà pourquoi saint Pierre n'excommunia et ne déposa pas Néron. Mais, au xi* siècle, la face du monde était changée. La société, même politique, était complètement régie par l'esprit chrétien. Les nouveaux gouvernements, formés sur les ruines de l'empire romain, avaient eu pour premiers instituteurs les évêques. «Les » Papes, dit M. le comte de Maistre, étaient universellement » reconnus comme délégué* de la Divinité, de laquelle émane la » souveraineté. Les plus grands prises recherchaient, dans le » sacre, la sanction, et, pour ainsi dire, le complément de leur » droit. Le premier de ces souverains, dans les idées anciennes, » l'empereur allemand devait être sacré par les mains du Pape.

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