CHAPITRE V
liance. Après raie année de vie commune, il fait jeter Adélaïde au fond d'un cachot, l'abandonne à la brutalité de ses compagnons de débauche, et, pour comble d'infamie, veut contraindre le jeune prince Conrad, l'aîné de ses fils, à déshonorer sa bellemère. Une explosion générale répondit à ces scandales inouïs. Conrad quitte la cour incestueuse de son père, trouve un asile près de la comtesse Mathilde, qui venait, par le conseil du Pape, d'épouser en secondes noces Guelfe II, duc de Bavière (1). Une ligue puissante, dans laquelle entrèrent presque toutes les villes de la Lombard ie, se déclara pour le parti de Conrad, qui fut solennellement reconnu roi de Germanie. Henri IV, abandonné des siens, se vit réduit à s'enfermer dans une forteresse, dépouillé des marques de la dignité royale, et, dans son désespoir, sur le point de se tuer lui-même. L'horreur qu'inspirait, au sein même du désastre que. son orgueil et ses crimes lui avaient attiré, un prince tant de fois frappé des foudres de l'Église, et si souvent infidèle à ses serments, fut encore redoublée par l'apparition d'un fléau terrible qui ravagea en 1091 l' Allemagne tout entière, la haute Italie et une partie de la France. La peste, qui sévit avec une effroyable violence, fut regardée comme un châtiment du ciel. Tous les esprits se tournèrent, avec un empressement unanime, vers les pensées de la religion et de la foi. On déplorait ces guerres barbares, soutenues avec tant d'opiniâtreté depuis quinze ans, contre le Seigneur et son Christ ; et le nom de Hvnri IV était couvert des malédictions du monde. Les seigneurs ambitieux, les évêques simoniaques, que la cupidité avait si longtemps enchaînés à son parti, mis en face de la mort qui frappait indistinctement toutes les tètes, se hâtaient de reconnaître Urbain II, quittaient le schisme, et voulaient, du moins, mourir en paix avec Dieu. Un saint docteur, Mangold de Luttembach, qui avait obtenu, à ce sujet, des pouvoirs spéciaux du Pape, reçut, de presque toute la noblesse d'Allemagne, le serment d'obéissance au souverain Pontife légitime. Ainsi les
(1) Ce fut un mariage tout politique; la comtesse Mathilde avait alors quarante-trois ans, et en comptait treize de veuvage. Le pape Urbain H, en le ménageant, se donnait, dans la personne de Guelfe H, duc de Bavière, un zél« défenseur contre les entreprises de Henri IV.