‹ Histoire générale de l'église depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'à nos joursChapitre 83 sur 324 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

leur retour, par un légat apostolique, Gauthier, évêque d'Albane, qui devait remettre au roi le pallium destiné à l'archevêque de Cantorbéry. Le légat, en politique habile, s'attacha à gagner la confiance de Guillaume -le- Roux , qui fit publier, dans son royaume, Tordre de reconnaître Urbain Iï pour Pape légitime. Le roi espérait par là gagner les bonnes grâces du légat apostolique , et en obtenir la déposition de saint Anselme. H offrit même, dans ce dessein, une somme considérable, qu'il se proposait d'envoyer au souverain Pontife, pour l'aider dans sa lutte contre Guibert. Mais Gauthier fut incorruptible. Il offrit sa médiation pour opérer une réconciliation solennelle entre l'archevêque et le roi. Ce dernier exigeait que, du moins, saint Anselme consentît à recevoir le pallium de sa main, c Le pallium ,

• répondit l'archevêque, n'est point un présent du roi, mais une

• grâce du Saint-Siège ; je ne puis le recevoir que du représen- » tant du Pape lui-même. » Guillaume fut obligé de se désister de cette dernière prétention : le pallium fut remis par le légat et le roi forcé de rendre ses bonnes grâces au pieux Pontife. Cette fois encore, la paix jurée fut bientôt rompue. Guillaume-le-Roux, pour racheter le duché de Normandie des mains de son frère Robert, qui le vendait dans l'intention de partir pour la croisade, préleva des sommes énormes de toutes les églises de son royaume. Il pillait leurs biens, enlevait leur argenterie, fondait les châsses des saints et jusqu'aux ornements d'argent des évangitiaires. Saint Anselme désespérant de triompher seul de la rapacité du monarque, annonça la résolution d'aller à Rome, consulter le Pape. A cette nouvelle, Guillaume-le-Roux lui envoya dire : « Lors de votre réconciliation avec le roi, à Rockingham, » vous lui promîtes de garder les lois et les usages de son » royaume. Or, il est absolument contraire à ces lois qu'un sei- » gneur anglais fasse le voyage de Rome sans sa permission. —

• A Dieu ne plaise, répondit l'archevêque, qu'un chrétien garde » des lois ou des coutumes qui sont contraires aux lois divines. » Vous dites qu'il est contre la coutume d'Angleterre que j'aille » consulter le vicaire de saint Pierre, pour le salut de mon âme » et le gouvernement de mon Eglise; et moi je vous déclare que » cette coutume est contraire à la loi de Dieu et à la droite rai-

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» son. Tout chrétien doit la regarder comme nulle. » Le roi fut encore obligé de céder. Dans une dernière entrevue, l'archevêque lui donna sa bénédiction, et ils se séparèrent pour ne plus se revoir. Saint Anselme prit sa route par la France, visita saint Hugues, à Cluny, et reçut partout, sur son passage, les honneurs dus au mérite do la vertu.

8. En même temps que saint Anselme avait signalé sa vigueur épiscopale dans sa lutte contre le roi d'Angletere, il avait attaché son nom à une polémique religieuse, qui eut un long retentissement aux xi* et xiie siècles. La querelle du nominalisme et du réalisme venait de se produire avec l'acharnement qu'on mettait alors aux luttes scolastiques. Un docteur breton, Roscelin, chanoine régulier de Compiègne, venait d'attirer l'attention publique sur cette question de philosophie spéculative, qui nous paraîtrait aujourd'hui oiseuse et indifférente; mais qui alors agita tous les esprits et remua les écoles. Sous le nom à'Unmrsaux, on entendait alors les idées générales, d'espèces, de genres, de rapports. Roscelin prétendit que ces idées générales n'avaient point de réalité substantielle; que les genres, les espèces, les rapports étaient des mots indiquant diverses modifications de Y Être, mais ne répondant à aucun être ou réalité distincte; ses partisans s'appelèrent Nominaux. Les adversaires de Roscelin soutenaient au contraire que les termes génériques ou universaux, répondaient bien réellement à des existences distinctes et à des réalités vraies. La lutte s'engagea de part et d'autre avec un égal acharnement. Nous n'entreprendrons pas d'en suivre les phases diverses et d'analyser les nombreux ouvrages où ces abstractions philosophiques étaient discutées avec une érudition et une profondeur qui nous étonnent aujourd'hui. Il est probable que cette discussion n'aurait pas franchi le seuil des écoles, si Roscelin, entraîné par l'ardeur de la polémique, n'eût poussé ses investigations jusque sur le terrain de la théologie, et n'eût débuté dans cette nouvelle voie par une hérésie formelle. En niant la réalité des idées générales ou universaux, il avait affirmé que tous les individus avaient une existence substantielle et distincte. Il appliqua cette argumentation au mystère de la sainte Trinité, et il soutint que les trois Personnes divines ont une existence

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