‹ Histoire générale de l'église depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'à nos joursChapitre 84 sur 324 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

rr'elle, individuelle et indépendante Tune de l'autre. C'était détruire radicalement le mystère, et substituer au paganisme idolâtrique un paganisme chrétien, en admettant trois Dieux. L'Eglise intervint dès lors dans un débat où on attaquait ainsi ouvertement le dogme catholique. En 1092 , Roscelin fut solennellement condamné par le concile de Soissons. Il parut d'abord se soumettre avec bonne foi, et signa une rétractation complète de son erreur, mais ce n'était qu'une feinte. Réfugié en Angleterre, il commença à dogmatiser avec une nouvelle ardeur.

9. Mais Dieu avait préparé contre lui saint Anselme. L'illustre archevêque de Cantorbéry entreprit une réfutation explicite du système de Roscelin. Elevant plus haut le débat, il fixe les limites de l'intervention de la raison dans les matières de la foi, et rattache ainsi son argumentation aux traditions de Boèce et de Symmaque, qui avaient été les derniers représentants de cette haute philosophie chrétienne , dont on semblait avoir oublié les graves enseignements. Il ne voit dans les nominaux que des sectaires orgueilleux qui veulent élever à la raison humaine un trône sur les débris de la théologie et de la foi. Ses traités de la Foi, de la Trinité, de Y Incarnation rétablissent le dogme catholique contre les interprétations erronnées de Roscelin. Partout il subordonne la raison à la foi ; il emprunte aux Pères de l'Eglise, à saint Augustin, à Tertullien, à Clément d'Alexandrie, leur doctrine sur ce sujet, et nous apparaît au xi6 siècle comme leur éloquent auxiliaire. H nous paraît résumer avec précision et netteté la vraie doctrine sur l'alliance de la raison et de la foi, quand il dit que , c si d'un côté il faut que la foi précède le raisonne- » ment dans les mystères du Christianisme, de l'autre, nous se- » rions coupables d'une négligence criminelle, si, après que 9 nous sommes confirmés dans la foi, nous n'appliquions pas * notre raison à comprendre ce qui fait l'objet de notre foi. » Saint Anselme avait déjà fait lui-même ce qu'il recommande aux autres, dans ses deux ouvrages célèbres, intitulés : Monologium et Proslogium. Par les seules lumières de la raison , et en s'appuyant exclusivement sur des preuves philosophiques, il arrive à conclure la vérité de l'existence d'un Dieu, unique, souverainement parfait, créateur, Père, Fils et Saint-Esprit, que

154 urbain n (1088-1099).

l'âme raisonnable est faite pour connaître et aimer, et dont elle est l'image. Ces matières, les plus ardues du domaine théologique et philosophique , sont traitées par saint Anselme avec une justesse, une précision , une clarté qui lui méritent un rang distingué , non seulement parmi les Pères et les docteurs de l'Eglise, mais même parmi les plus profonds métaphysiciens.

10. Cependant le cri de Dieu le veut! poussé par des milliers de voix, retentissait dans l'Europe chrétienne, dominait tous les intérêts, toutes les passions, ébranlait l'Occident et le jetait, tout armé, dans les plaines de l'Asie, dans les champs de la Palestine, autour du tombeau du Sauveur. L'ère des croisades était venue. Pendant deux siècles (1095-1270) nous allons assister à ce merveilleux spectacle de tout un monde, de toute une civilisation, poussés, par une pensée de foi, vers des expéditions lointaines. On s'est demandé si les croisades ont été des guerres justes, si . elles ont été des guerres utiles. Les écrivains du xvni* siècle se sont prononcés , sur ces deux questions, pour la négative, f Les î croisades, disent-ils, ont été l'élan du fanatisme et de la su- * perstition. Elles étaient une agression sans cause contre des » peuples inoffensifs. Elles eurent des résultats déplorables, » minèrent les populations de l'Occident et traînèrent après f elles une longue suite de calamités. » La science historique est entrée, depuis, dans un système plus vrai. A mesure qu on a étudié davantage l'esprit du moyen âge, on est revenu sur les jugements hostiles, sur les appréciations passionnées de l'école philosophique. La vérité, constatée aujourd'hui pour tous les hommes sérieux, est que les croisades furent des guerres justes et utiles. Justes, parce qu'au moyen âge la société chrétienne était comme une immense famille, dont tous les membres étaient solidaires. Or, l'Islamisme, de victoire en victoire , était arrive aux portes de Constantinople. L'empereur, Alexis Comnène, placé comme à l'avant-garde du monde catholique, poussa le en de détresse à l'Europe menacée. Ses lettres, adressées à Ifr" bain II, furent lues au concile de Plaisance. Les souvenirs a l'invasion des Maures en Espagne, des incursions des Sarrasins en Italie, étaient encore récents ; il n'était pas besoin de remonter jusqu'aux temps d'Abdérame pour y trouver l'agression des

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