‹ Histoire générale de l'église depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'à nos joursChapitre 85 sur 324 · CHAPITRE Y · texte numérisé non relu

CHAPITRE Y

du Prophète contre les disciples de Jésus-Christ. Les croisades furent la réaction du Catholicisme de l'Occident contre les attaques multipliées, incessantes, simultanées, de l'Islamisme. L'Europe tout entière devint l'alliée de l'empire de Constantinople; les croisés furent les soldats de la civilisation; ils en firent triompher la cause dans les champs de bataille de l'Asie. Grâce à leurs efforts, l'Occident n'eut point à subir la honte du systiime mahométan, l'avilissement de la femme, l'abolition de la famille, l'inertie, la stagnation, la mollesse organisées. Ce résultat général suffirait à lui seul pour justifier les croisades. Mais les heureuses conséquences qu'elles eurent pour l'Europe , en particulier, nous fourniraient au besoin des preuves surabondantes. A la faveur de l'immense mouvement qu'elles y imprimèrent, les tyrans cessèrent d'infester leur patrie. L'ardeur guerrière , reste du sang barbare, que rien ne pouvait éteindre au cœur des nations européennes, qui résistait à tous les efforts de l'Eglise, contre laquelle la Paix de Dieu, la Trêve de Dieu n'étaient que de vains palliatifs, trouva une issue dans ces guerres saintes, où le sang des héros allait couler sur une terre arrosée par le sang de Jésus-Christ. Les croisades tournèrent ces instincts belliqueux contre des ennemis qui étaient eux-mêmes des usurpateurs, et qui persécutaient, depuis cinq cents ans, des hommes que nos aïeux regardaient, avec raison, comme leurs frères. Ce système de solidarité qui liait entre elles les nations catholiques jusqu'aux extrémités du monde, par les principes d'une foi commune, pourrait être, nous le croyons du moins, sans trop de désavantage, comparé à la combinaison plus moderne, qui, sous la sauvegarde de principes politiques perpétuellement mobiles, constitue ce que Ton appelle Véquilibre européen.

11. Un pauvre moine d'Amiens, au visage décharné parles austérités de la pénitence, qui marchait toujours pieds nus, vêtu d'une tunique de laine brune, Pierre l'Ermite, attacha son nom à l'ébranlement général du monde. Il avait fait le pèlerinage de Jérusalem; il avait vu la mosquée élevée, par les enfants du Prophète, sur l'emplacement du temple de Salomon; il avait senti son cœur s'enflammer d'une généreuse indignation en voyant les écuries de l'émir déshonorer le sépulcre du Sauveur.

156 urbain il (1088-1099).

Dieu avait donné à Pierre l'Ermite une de ces âmes ardentes pour lesquelles la parole est un glaive. En quittant la ville sainte, chargé des lettres du patriarche Siméon pour Urbain II, il promit au vénérable Pontife de lui envoyer des armées de défenseurs. Il tint parole. Le Pape avait déjà reçu d'Alexis Comnène d'instantes demandes de secours. Il indiqua, pour le 18 novembre 1095, un concile à Clermont en Auvergne. Quatorze archevêques 5 deux cent vingt-cinq évêques , quatre-vingt-dix abbes, les ambassadeurs de presque tous les princes chrétiens, une multitude infinie de seigneurs et d'hommes d'armes, s'y trouvèrent réunis. Aucune église ne fut assez grande pour contenir cette foule immense. Un trône fut dressé au milieu de la place publique de Clermont. Urbain II y monta, suivi de ses cardinaux. Français de naissance, le Pape comptait pour le succès de sa grande entreprise sur le dévouement et l'héroïsme des Français. Un frémissement d'enthousiasme passa sur la foule quand on vit paraître, à côté du souverain Pontife , l'expressive et pâle figure de Pierre l'Ermite, couvert de son manteau de laine, et portant le bâton de pèlerin. L'éloquent solitaire prit le premier la parole. Il raconta les profanations et les sacrilèges dont il avait été témoin; les persécutions que les pèlerins de Jérusalem avaient à subir de la part des enfants (TAgar (les Sarrasins), t J'ai vu, disait-il, des chrétiens chargés de fer, traînés en es-

> clavage, attelés au joug comme des bêtes de somme! J'ai vu » les oppresseurs de Jérusalem vendre aux enfants du Christ la » permission de saluer de loin le tombeau de leur Dieu ; leur » disputer le pain de la misère , et torturer la pauvreté elle' » même pour en extorquer des tributs! J'ai vu les ministres du î Très-Haut arrachés du sanctuaire, battus de verges et con- » damnés à une mort ignominieuse ! » En rappelant les malheurs de Sion, et les outrages faits au nom chrétien, Pierre l'Ermite avait le visage abattu et consterné; sa voix était étouffée par des sanglots; sa vive émotion pénétrait tous les coeurs. Quand il eut cessé de parler, Urbain II se leva : t Guerriers qui

> m'écoutez, dit-il, vous qui cherchez sans cesse de vains pré- » textes de guerre, réjouissez-vous, car voici une guerre légitime.

> Le moment est venu d'expier tant de violences commises au

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