CHAPITRE V
vêque, il lui fît signifier de le rétablir dans tous les droits de Guillaume-Ie-Roux, et de lui laisser donner des investitures par la crosse et l'anneau. Suint Anselme ne répondit que par un généreux refus, et reprit encore une fois le chemin de l'exil. Après son départ, Henri lit saisir, au profit du trésor royal, tous les revenus de l'archevêché. Cependant le pape Pascal II prit en main la cause de la vertu persécutée, « La prétention que vous » élevez, écrivit-il au roi d'Angleterre, ne saurait être admise » par l'Eglise catholique. Laissez-nous vous rappeler le mol de » saint Ambroise à l'empereur Théodose-le-Crand : Ne vous » faites pas ce tort , ô prince! de croire que la dignité royale » vous donne quelque droit sur les choses divines. Les palais » appartiennent à l'empereur, les églises à l'éveque. Ne croyez » pas, seigneur, que nous voulions rien diminuer de votre puis- » sance, ou nous attribuer rien de nouveau dans la promotion » des évéques. Vous ne pouvez, selon Dieu, exercer ce droit, et » nous ne pouvons vous l'accorder qu'au préjudice de votre salut » et du nôtre. » Le roi d'Angleterre avait fait partir pour Rome deux députés chargés d'obtenir du Pape la conlirmation du droit d'investiture. Une conférence entre le souverain Pontife et ces députés eut lieu aussitôt leur arrivée à Rome. L'un d'eux, dans la chaleur de la discussion, s'emporta jusqu'à dire : « Quelles » que soient les raisons qu'on allègue, je veux que tous les assis- » tants sachent que le roi, mon maître, ne souffrira jamais d'être » privé du droit d'investiture, dùt-il lui en coûter son royaume. » — Sachez donc, reprit le souverain Pontife, que le Pape Pascal » ne lui permettra jamais de garder le droit abusif des invesli- » tures, dùt-il lui en coûter la vie! » Cédant toutefois à des conseils plus modérés, le roi d'Angleterre se réconcilia avec saiut Anselme. L'entrevue de l'archevêque proscrit et de lien ri 1er eut lieu à l'abbaye du Bec, où le prélat était venu, dans les souvenirs de sa glorieuse jeunesse, se reposer des agitations de sa laborieuse carrière. Henri, content de recevoir l'hommage des évéques élus, renonça à donner l'investiture par la crosse et l'anneau. Cet accord fut sanctionné dans le concile de Londres (1107). Saint Anselme mourut deux ans plus tard (1109), laissant au siège de Cantorbéry d'illustres exemples de fermeté
168 pascal il (1099-1118).
épiscopales qui ne devaient pas rester stériles. En même temps qu'il avait généreusement combattu pour le maintien de la discipline et des droits ecclésiastiques, il avait eu la gloire de restaurer la philosophie chrétienne et d'inaugurer la théologie scolastique. A sa mort, le royaume d'Angleterre était en paix avec l'Eglise. La France, sous le gouvernement de Louis VI le Gros, que Philippe Pr venait d'associer au trône, oubliait les scandales du dernier règne, et resserrait les liens qui l'unissaient au Saint-Siège.
17. L'Italie et l'Allemagne étaient toujours agitées par les tentatives schismatiques de Henri FV, dont la vie ne se prolongeait que pour multiplier les troubles et les discordes. La main de Dieu s'appesantissait cependant sur sa téte ; mais ni les revers, ni les calamités, ni les chagrins domestiques, ni les malheurs des peuples ne pouvaient fléchir ce caractère opiniâtre. Son fils aîné, Conrad, était mort (1101); Henri, le plus jeune, qu'il fit sacrer roi • à Mavenee (H 02), se déclara à son tour contre son père et contre le schisme. « Je veux, dit-il, me soumettre à Tau torité de Pas- » cal II, pape légitime.» La Saxe tout entière se rangea sous ses drapeaux. Ce malheureux pays, tant de fois victime de l'ambition et de la cruauté de Henri IV, saisissait avidement toutes les occasions de recouvrer l'indépendance et la liberté. Dans un concile réuni à Northus (1105), les seigneurs et les évêques saxons jurèrent de combattre pour le jeune roi et de demeurer inviolablement attachés au pape Pascal H. Le jeune roi Henri V parut plusieurs fois au concile ; il y montra une modestie, une sensibilité, un à-propos qui charmèrent tous les cœurs. En parlant de sa lutte avec Henri IV, son père, les larmes lui venaient aux yeux. « Dieu m'est témoin, disait-il, que ce nVst pas un » motif d'ambition qui me pousse à prendre en main le pouvoir. » Je ne saurais, sans verser des larmes, songer à la possibilité » cruelle pour le cœur d'un fils, de voir mon seigneur et père » déposé de la dignité royale. J'ai toujours eu compassion de sa » désobéissance et de son opiniâtreté ; et, s'il veut se soumettre » à saint Pierre et à ses successeurs, je suis prêt à lui obéir » comme le plus humble de ses sujets. » Ces sentiments honoraient le jeune prince et lui conquirent toutes les sympathies. En