CHAPITRE V
les rapprochant dos violences que ITenri V, affermi sur le trône, ne craignit pas d'exercer sur la personne sacrée du souverain Pontife, il est permis de douter de leur sincérité. Mais peut-être la jeunesse a-t-elle des élans de générosité, de noblesse et de grandeur qui se pervertissent sous le souffle de la flatterie et aux conseils de l'ambition et de l'intérêt. Quoi qu'il en soit, le concile de Northns valut à Henri V des partisans dévoués. Les deux années, du j>ère et du fils, se rencontrèrent bientôt sur les bords du Danube, non loin de Ratisbonne. La désertion se mit dans les rangs de Henri IV, qui s'échappa avec peine, escorté d'un petit nombre de serviteurs fidèles. Une diète générale de toute T Allemagne fut indiquée à Mayence pour terminer le débat par une sentence définitive.
18. Henri IV n'épargna rien pour rallier le monde catholique à sa cause. Malgré l'excommunication dont il était frappé, malgré ses liaisons notoires avec les antipapes, successeurs de Guibert, il écrivit au pape Pascal H pour essayer avec lui une réconciliation. « Notre propre fils, lui dit-il, l'enfant de notre » tendresse, que nous avions aimé jusqu'à l'élever sur le trône, » n'a pas rougi de lever contre nous l'étendard de la révolte. On » nous conseillait de le poursuivre sans délai, les armes à la t main, mais nous avons mieux aimé différer encore la venv geance, afin que personne, en Italie et en Allemagne, ne i -puisse nous imputer le sang qui va couler. Vous êtes un homme » prudent et sage ; la charité inspire toutes vos démarches, et » vous désirez l'unité de l'Eglise et la paix de l'Europe. Nous » vous envoyons donc ce député pour savoir si vous voulez » sceller avec nous une alliance, sans préjudice de ma dignité et » de mes droits souverains, tels que les ont exercés mon père, » mon aïeul et mes autres prédécesseurs ; à la charge, de mon » côté, de vous conserver la dignité apostolique comme mes » prédécesseurs ont fait pour les vôtres. » Ces protestations d'un roi tant de fois parjure, ne changèrent rien à la marche des événements. La diète générale du royaume teutonique s'ouvrit au jour fixé (Noël 1105). Elle fut la plus nombreuse qu'on eût vue uepuis un siècle. Richard, évêque d'Albane, et Guebhard, évêque de Constance, légats du Pape, lurent aux seigneurs
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assemblas la sentence d'excommunication « enntre ffenri-le- » Vieux se disant empereur,» et le déi larèrent a retranche' du » de r Enlise catholique. » Ce prince avait • té arrêté à Bingen, où il était gardé à vue dans la forteresse. Le> seigneurs les plus influents de la diète ouvrirent avec lui d-s conférence à Ingelheim où on l'amena. Ils lui persuadèrent, pour mettre fin aux maux de l'Allemagne, de renoncer en faveur de son fils à la couronne et à l'empire. Henri IV, qui ne vnya.t plus d'autre espoir de recouvrer sa liberté, se prêta à tout ce qu'on voulut. Introduit à la diète : « Je jure, dit-il, que je renonce volontaire- » ment et de mon plein pré au pouvoir royal. Je veux désormais » vivre dans la retraite pour ne songer plus qu'an salut de mon » âme. » Se jetant alors aux pieds du légat IViehnrd, il lui demanda l'absolution des censures ecclésiastiques qu'il avait encourues. Il remit ensuite entre les mains de son fils les insignes de la royauté et de l'empire, la croix, la lance, le sceptre, le globe et la couronne. « Je vous souhaite, lui dit-il, longue vieet » prospérité. Evèques et seigneurs, qui m'écoutez pour la der- » nière fois, ajouta- t-il en pleurant, je vous moin mande mon » fils. Le vieux roi Henri IV ne veut [dus désormais que tra- » vailler dans la solitude à son salut éternel, suivant les décrets » du Pape et l'intention de la sainte Eglise. » Après ces paroles solennelles, les légats, les seigneurs et les évèques confirmèrent Télection de Henri V et le proclamèrent seul et unique roi de Germanie. On jura l'abolition des investitures. Les évèques âmoniaqnes ou sehisniatiques furent déposés de leurs sièges et remplacés par des prélats catholiques. La paix semblait définitivement rendue à l'Eglise. L'œuvre de saint Grégoire VD paraissait enfin accomplie.
19. Cependant Henri IV revint bientôt sur son abdication forcée. A peine rendu à la liberté, il se retira à Liège où le peuple lui était dévoué; de là, il écrivit au roi de France, Louisle-Gros, pour prolester contre tout ce qui s'était fait à la diète de Mayence. 11 se plaignait amèrement de son fils, et du Pape.« Par » les liens de la parenté et de l'amitié qui nous unissent, disait-il i> en terminant, par l'intérêt commun de tontes les couronnes, » je vous conjure de venger l'injure que j'ai souiTerte*, et de ne