‹ Histoire générale de l'église depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'à nos joursChapitre 96 sur 324 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

tance de Pascal II, et le déterminer à reconnaître 1} droit d'investiture. Une dernière fois, les évèques d'Italie vinrent lui représenter la misère des prisonnière que la tyrannie de Henri V retenait dans les fers, loin de leur patrie et des objets de leur tendresse; la désolation de l'Eglise romaine, qui avait perdu presque tous ses cardinaux; le péril du schisme, qui allait renouveler les horreurs de la guerre. Vaincu par leurs larmes, et pleurant lui-même, le malheureux Pape s'écria : « Je suis donc

• contraint de fais e, pour la paix et la liberté de l'Eglise, ce que 1 j'aurais voulu éviter au prix de tout mou sang! » Un traité préalable fut conclu entre les deux partis. Eniin, le 3 avril 1111, le Pape signa la bulle accordant les investitures. Elle portait: c Nous vous coucetlons et confirmons la prérogative que nos

* prédécesseurs ont conférée aux vôtres, savoir : que vous don-

* niez l'investiture, par la crosse et l'anneau, auxévéqueset aux » abbés de votre royaume, élus librement et sans simonie; et

• qu'aucun ne puisse être consacré sans avoir reçu de vous l'ini vestiture (1). • Quand ce traité fut signe, le Pape procéda solennellement au sacre de Henri V; et, le même jour, il rentra à Rome, où le peuple l'accueillit avec uii tel enthousiasme, qu'il mil la journée entière pour arriver à son palais. Mais Pascal II oe jouissait point d'une liberté achetée si cher. 11 songeait au

(1) 11 est inutile de rappeler ici les principes que nous avons déjà posés à propos du Tape Litière Pascal II, captif, chargé de fers, cède à la violence et signe ta reconnaissance des investitures. L'homme a succombé à lu faiblesse humaine : mais it n'y a rien dan* ce fait qui détruise l'infaillibilité dogmatique du Pape, enseignant, tn liberté, ex cathedra, une vérité de lui Pascal 11 n'était pas libre; et tout acte extorqué fjar la violence, comme dit Dos-net , est nul de plein droit. La reconnaissance des investitures était-elle une hérésie formelle? Oui, si cette reconnaissance entra mail celle de la collation de la puissance spirituelle par le pouvoir temporel. Non, si cette reconnaissance n'allait qu'à permettre au roi de recevoir, par la crosse et l'anneau, l'hommage que les évèques devaient au suzerain, pour les domaines qu'ils tenaient de lui eu qualité de vassaux. C'est évidemment dans ce th-mier sens que Pascal 11 signa la reconnaissance du droit d'investiture; et ce double point de vue de la question explique pourquoi, pendant que les comités condamnaient les investitures comme une hérésie, Yves de Chartres et d'autres évèques soutenaient la thèse contraire, fcn sorte que Pascal 11 , en les reconnaissant, succombait à une l'a.Lesse qu'il déplora plus tard, tuais qui ne constituait pas, à proprement parler, une hérésie.

176 pascal il (1099-1118).

déshonneur qu'un pareil acte jetterait sur son pontificat. L'œuvre de saint Grégoire VII détruite, la servitude de l'Eglise, le mouvement rétrograde qui allait reporter l'Europe catholique aux siècles de barbarie, ne laissaient point de paix à son esprit. Un grand nombre d'evèques et de cardinaux blâmaient le traité signé par force. Les conciles d'Italie et de Frauce condamnaient les investitures et renouvelaient les excommunications contre Henri V. Un nouveau schisme menaçait l'Eglise.

23. Tour rendre le calme à sa conscience, et rassurer les catholiques alarmés , Pascal II convoqua un concile dans l'église de Lalran. 11 s'ouvrit le 12 mars 1112. Le Pape se présenta devant les évéques assemblés, s'accusa de sa faiblesse, se dépouilla des ornements pontificaux, et déclara qu'il était prêt, pour réparer sa faute, à abandonner la chaire de saint Pierre. Tous les Pères le supplièrent de conserver sa dignité : il y consentit. « Forcé par la violence dont j'étais victime , j'ai souscrit un i traité repréhensible , dit le Pape. Je désire que le mal soit ré— » paré, pour le salut de mon àme et l'honneur de l'Eglise. » Alors il protesta qu'il recevait tous les décrets des Papes, ses prédécesseurs , relatifs aux investitures et à la simonie. « J'ap- » pronve, ajonta-t-il, ce qu'ils ont approuvé; je condamne ce t qu'ils ont condamné; je défends tout ce qu'ont défendu Gré—

> goire YII et Urbain II; et, avec la grâce de Dieu, je persévé-

> rerai toujours dans ces sentiments. » Après ces paroles, Girard, évèque d'Angoulème, lut, au nom du Pape et du concile, la déclaration suivante : < Nous tous, assemblés en ce saint concile,

> condamnons, par l'autorité ecclésiastique et le jugement du

> Saint-Esprit, le privilège extorqué au pape Pascal, par la

> violence du roi Henri. Nous le jugeons nul, et le cassons ab- » solument; nous défendons, sous peine d'excommunication, » qu'd ail aucune autorité. î Cet acte, signé par les évéques qui assistaient au concile, fut adressé à toutes les Eglises de l'univers catholique. Pour donner plus d'éclat encore à cette réparation, Pascal II écrivit, en particulier, à plusieurs évéques, pour leur rendre compte de ce qui s'était passé, t Je déclare nul, disait- » il à Guy, archevêque de Vienne, et je condamne à jamais le » traité relatif au privilège des investitures, signé par Ilenri V

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