‹ Histoire générale de l'église depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'à nos joursChapitre 97 sur 324 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

> et par moi , au camp où j'étais retenu prisonnier. » En 1 1 1 6 , dans un autre concile tenu à Latran, le Pape revenant encore sur le traité des investitures : « J'avoue que j'ai failli, disait-il, » mais je vous conjure tous de prier Dieu qu'il me pardonne. » Pour ce fatal traité, que la violence m'a contraint de signer i dans le camp de Henri V , je le condamne par un anathème » solennel ; je veux que la mémoire en soit à jamais odieuse, et » qu'il n'ait aucune autorité dans l'Eglise. > Il était impossible de rétracter, d'une manière plus franche et plus formelle, un acte de faiblesse que les circonstances avaient certainement rendu excusable.

24. Quant au fond même de la question, Baronius la juge ainsi : « La concession du droit des investitures , sous la réserve

> de la liberté et de la canonicité de l'élection, consentie par le

* pape Pascal II , ne constitue pas une hérésie. Mais soutenir » qu'il est de droit canonique que les laïques doivent donner des i investitures, ce que n'a jamais dit Pascal, voilà ce qui serait

* une hérésie formelle. En effet, on introduirait ainsi dans

> l'Eglise une erreur contraire à la doctrine des saints Pères, à » la tradition constante de tous les siècles, et à l'opinion même

* des écrivains contemporains qui ont défendu Pascal. > La captivité du Pape et l'indigne conduite de Henri V avaient excité dans tout le monde chrétien une généreuse indignation. Les protestations du plus filial dévouement arrivèrent en foule au Siège apostolique à cette occasion. Hildebert, évêque du Mans, écrivait : t La pourpre des martyrs orne encore l'Eglise dans sa » vieillesse. La fureur des persécutions se rallume : elle veut » éteindre les restes de la foi dans le sang des enfants de Dieu. » Home et le Siège apostolique sont en proie au pillage et à la » cruauté des Allemands. Le Pape est traîné en captivité; la i tiare pontificale est foulée aux pieds des méchants; la chaire

> de la sainteté, qui domine toutes les nations, est renversée ! » Le général de l'armée du Christ est prisonnier : comment le » soldat tiendra-t-il ferme? » Yves de Chartres écrivit aussi au Pape, pour l'assurer de la part qu'il avait prise à ses malheurs, c Je n'ai cessé, disait-il, d'adresser mes prières à Celui qui sou- » tenait l'apôtre saint Pierre sur les flots, et qui sauva trois fois

178 pascal ii (1099-1118).

» saint Paul du naufrage, pour qu'il daignât calmer la tempête » élevée contre le vaisseau de l'Eglise. > L'empereur Alexis Comnène lui-même envoya une députation à Pascal II , pour protester de son attachement au Siège apostolique, et déplorer les outrages faits à la personne sacrée du Pontife par le roi de Germanie.

25. Henri V voyait avec peine ces témoignages de vénération et d'amour prodigués au père commun des fidèles. La rétractation de Pascal II l'avait profondément irrité. En 1117, à la tète d'une nombreuse armée, il se dirigea de nouveau vers l'Italie. Chemin faisant, il s'empara de la succession de la grande comtesse Mathilde, sans respect pour les intentions tant de fois exprimées de cette princesse, qui, de son vivant, avait fait donation au Saint- Siège de tous ses Etals. Pascal II n'attendit pas l'arrivée de l'empereur à Rome; il se retira à Bénéveut. Henri fit son entrée triomphale dans la Ville éternelle, et jura aux habitants qu'il venait au milieu d'eux avec les intentions les plus pacifiques. Le jour de Pâques, il voulut renouveler, en quelque sorte, dans l'église de Saint-Pierre, la cérémonie de son couronnement. Mais aucun prélat ne consentit à prêter son ministère à un prince qui envahissait Rome avec une armée ennemie, et en chassait le Pontife légitime. Henri avait auprès de lui, en qualité de légat apostolique, Maurice Bourdin, archevêque de Braga. Nouveau Judas, ce ministre infidèle trahit son maître. Il déposa la couronne impériale sur la tête de Henri V, pendant que le clergé et le peuple romain gémissaient de son indigne lâcheté. Maurice Bourdin devait bientôt souiller son nom d'un autre sacrilège. A. la nouvelle de ce scandale, le Pape assembla un concile à Béné— vent et excommunia l'archevêque apostat. Ce fut le dernier acte du règne de Pascal II , qui mourut, épuisé de fatigues et de travaux, le 18 janvier 1118, laissant à l'histoire le souvenir d'un instant de faiblesse, expié par des années de luttes courageuses et d'indomptable énergie.

26. Son pontificat, si fécond en orages, eut aussi ses consolations. Le royaume latin de Jérusalem étendait sa domination dans les plaines de l'Asie. Les antiques cités, aux souvenirs bibliques, de Charres en Mésopotamie, de Tyr, de Sidon, de Tibé-

Page 1