‹ Histoire générale de l'Eglise depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'au pontificat de Pie IX (volume 2)Chapitre 100 sur 294 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

par les médecins, la mort de son fils. Cette accusation, qui ne repose sur aucun document, est démentie par l'historien moderne de l'Inquisition, Llorente, que personne ne taxera de partialité pour Philippe II. «Don Carlos, dit-il, attaqué d'une maladie » mortelle, et instruit par son médecin de sa fin prochaine, se » confessa et communia. Le roi son père se rendit dans son » appartement, lui donna sa bénédiction tout en pleurs, et Don » Carlos mourut quelques instants après » (1568).

22. Les Papes, et c'est là un de leurs plus beajix titres de gloire, avaient été les premiers à comprendre que la ruine des Turcs était une question de vie ou de mort pour l'Europe. Sous le règne de Soliman II , et de Sélim II , son fils , leurs progrès étaient devenus plus alarmants que jamais : la Méditerranée était ouverte à leurs vaisseaux; maîtres de la Grèce et de la Hongrie, ils n'attendaient plus que d'avoir conquis les îles de Malte et de Chypre pour se jeter sur l'Italie. Une première attaque contre Malte (1565) avait échoué par l'héroïsme et l'admirable tactique du grand-maître La Valette. Les Turcs , repoussés par sa valeur, avaient fait une descente dans l'île de Chypre, où leur barbarie s'était signalée par un carnage affreux. Saint Pie V fit sentir aux princes de l'Europe l'imminence du danger. Il négocia contre l'ennemi commun une alliance entre les Vénitiens et les Espagnols, auxquels il associa toutes les forces de l'Italie. Enfin il nomma lui-même le général de l'expédition, et son choix décida de la victoire. Il s'adressa au valeureux et chevaleresque don Juan d'Autriche , dont il devina le génie. La flotte chrétienne, à laquelle s'étaient joints les chevaliers de Malte et les galères du duc de Savoie , rencontra, le 7 octobre 1571, celle des Turcs, forte de deux cent quarante-cinq galères et quatre-vingt-sept vaisseaux de toute grandeur, qui stationnaient dans le golfe de Lépante. Il fallait renouveler les prodiges de Charles Martel et ceux du héros de Rhodes et de Malte. Le combat dura cinq heures. Les deux galères amirales s'attaquèrent à l'abordage. Le général turc Ali- Pacha fut tué , et sa tête , plantée sur le haut d'un mât , acheva par la terreur, k* défaite des siens. Vingt-cinq raille inSdcles furent tués, et dix mille faits prisonniers. Saint Pie V, comme un autre Moïse, avait prié pendant que les soldats chrétiens combat-

208 s. pie v (1566-1572).

taient. À l'instant même où la victoire couronnait les efforts de don Juan à Lépante , le souverain Pontife en eut une révélation divine. Il interrompit soudain un conseil auquel il présidait, et dit aujs: prélats dont il était entouré : « Ce n'est plus le temps dô » parler d'affaires. Allez rendre grâces à Dieu dans son temple» *> notre armée vient de remporter la victoire. » Et le saint Pontife se précipitait lui-même . les yeux baignés de larmes, à genoux dans son oratoire. Quelques jours après, on sut que c'était l'heure où la croix avait triomphé dans le golfe de Lépante. En reconnaissance de cette victoire, Pie Y voulut que chaque année on célébrât la fête du Rosaire, dans toute la chrétienté, le premier dimanche d'octobre : et il fit insérer dans les Litanies de la sainte Vierge cette invocation : Auxilium Christianorum^ orapro nobis» La victoire de Lépante terminait l'œuvre des croisades, l'œuvre de Charles-Martel, de Charlemagne , de Godefroy de Bouillon, de Tancrède, de saint Louis : la défense de l'humanité chrétienne, de la société catholique contre la barbarie mahométane.

23. Saint Pie V n'avait pas apporté moins de sollicitude au gouvernement intérieur de l'Eglise. En 1566, il publia le Catéchisme du concile de Trente , admirable résumé de théologie auquel on avait travaillé deux ans sous les yeux mêmes du concile, et qui fut achevé trois ans après par une commission composée de Léonard Marion, archevêque de Lunciano, Egidius Foscari, évêque de Modène, et François de la Forêt, théologien du roi de Portugal, à Trente. Leur ouvrage était soigneusement révisé par le cardinal saint Charles Borromée, qui ne cessait de travailler, au péril de sa vie, à la réformation de l'Eglise et des ordres religieux. Les Humiliés, que le saint archevêque de Milan avait voulu rappeler à la régularité primitive de leur institution, apostèrent un scélérat pour l'assassiner. Le meurtrier tira un coup d'arquebuse sur le saint, pendant qu'il était en prières ; la balle traversa la poitrine et alla se fixer dans la paroi de l'autel. Par une protection miraculeuse du ciel, le cardinal ne fut pas même blessé. Saint Pie Y fit punir l'assassin et prononça la suppression de l'ordre des Humiliés. Le concile de Trente, pour rétablir dans toutes les églises du monde l'unité liturgique , avait ordonné la publication d un Bréviaire et d'un Missel obligatoires pour tous les membres du clergé c*-

Page 1