‹ Histoire générale de l'Eglise depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'au pontificat de Pie IX (volume 2)Chapitre 106 sur 294 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

événement de la Saint-Bar tiiélemy. Les calvinistes n'avaient obtenu , de la reine Catherine de Médicis , le traité de Saint-Germain en Laye , que par la nécescité où se trouvait la cour de recouvrer la paix à tout prix. Mais leurs menées n'avaient pas discontinué. Ils formèrent le complot de mettre à mort Charles IX et sa mère , durant les fêtes qui se donnaient pour le mariage du roi de Navarre , avec Marguerite , sœur de Charles IX. Telle est du moins la version officielle que l'on envoya à toutes les cours étrangères, le lendemain de la Saint-Barthélémy. On avait agité au conseil la question de savoir quelle conduite on tiendrait visà-vis des huguenots. « Pour détourner les malheurs dont on est r> menacé, dit Catherine , l'unique et infaillible expédient serait » de tuer l'amiral, chef et auteur de toutes les guerres civiles; les » desseins des huguenots mourraient avec lui ; et les catholiques, » satisfaits du sacrifice d'un ou deux hommes, demeureraient » toujours en l'obéissance du roi. » Toutes les voix se rangèrent à cet avis. Mais Charles IX , dépassant de beaucoup le but qu'on voulait atteindre, se leva et dit : « Puisque vous trouvez bon que » l'on tue l'amiral, je le veux, mais aussi tous les huguenots de » France, afin qu'il n'en reste pas un qui puisse me le reprocher » après, et donnez-y ordre prompte ment. » Cette violence, dont il eût été facile, peut-être, de faire revenir un prince jeune et emporté, fut prise au pied de la lettre. Vers les deux heures du matin, jour de la Saint-Barthélémy (24 août 1572), la cloche de Saint-Germain-l'Auxerrois donna le signal de l'exécution des calvinistes. L'amiral de Coligny est égorgé dans sa demeure ; le tocsin sonnait de toutes parts. Les soldats et les habitants qui n'attendaient que le moment d'agir, se répandent dan? tous les quartiers de la ville. On force les maisons où demeurent les huguenots ; on assomme , on sabre , on fusille , on noie tous ceux qui se rencontrent. Le roi de Navarre, le prince de Condé ne durent leur salut qu'à leur titre de princes du sang. Ils envoyaient d'ailleurs, le lendemain, au souverain Pontife, leur abjuration signée de leur main, et la promesse d'être fidèles désormais à la religion catholique. Cet acte, arraché par la peur, fut bientôt révoqué pal eux. La poursuite des calvinistes dans les provinces fut plus l'effet d'une réaction populaire que des ordres royaux. Il se trouva

7** Grégoire xin (1572-1585).

parmi les évêques et les gouverneurs, des hommes qui s'opposèrent à ces vengeances, et leur conduite, dans cette circonstance, sera l'éternel honneur de l'humanité. On a dit que Rome s'était associée, par des réjouissances publiques, aux scènes lamentables de la Saint-Barthélémy. Le. courrier, qui en apporta la nouvelle , apprit au Pape que le roi venait d'échapper à une conjuration formidable, tramée contre sa personne. Le cardinal de Lorraine, qui se trouvait encore à Rome, où il était venu pour le conclave , sollicita de Grégoire XIII la permission de rendre à Dieu de solennelles actions de grâces, pour le re^rcier de la protection qu'il avait accordée au roi. Plus tard la vérité fut connue dans tous ses détails, et le souverain Pontife , par ses discours et ses bulles, manifesta publiquement son horreur pour un pareil crime. La Saint-Barthélémy ne produisit d'ailleurs qu'un effet contraire à celui qu'en avait attendu Charles IX. Le roi de Navarre et le prince de Condé avaient pris la fuite, en rétractant leur abjuration. Ce fut comme le signal de la quatrième guerre civile. Les calvinistes s'emparèrent de plusieurs places fortes, entre autres da La Rochelle , qui soutint neuf assauts et ne se rendit point. Le duc d'Anjou qui l'assiégeait, y perdit une grande partie de ses troupes. Appelé sur ces entrefaites au trône de Pologne, par les suffrages des seigneurs de ce royaume, il laissa la conduite du siège à des généraux qui ne furent pas plus heureux. Pour sauver l'honneur des armes royales, il fallut accorder aux Rochellois une capitulation qui leur laissa le libre exercice de leur culte, et dans laquelle on comprit les villes de Nîmes et de Montauban (6 juillet 1573). Ce traité particulier n'empêcha pas la guerre de continuer sur d'autres points de la France, et l'on ne voyait pas de terme aux désastres publics, lorsque Charles IX fut attaqué d'une maladie soudaine. « Tout son corps tressaillait » et se raidissait avec une extrême violence , dit Mézeray, et le » sang jaillissait par tous les conduits, même par les pores. » Il expira dans ces affreux tourments, le 30 mai 1574. A cette nouvelle , Henri III , duc d'Anjou , son frère , se hâta de quitter la Pologne et de venir prendre possession du royaume de France, où le dernier des Yalois devait éteindre sa dynastie dans la honte des Mignons et l'ineptie des rois fainéants.

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