‹ Histoire générale de l'Eglise depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'au pontificat de Pie IX (volume 2)Chapitre 107 sur 294 · CHAPITRE VI. 21Ï · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI. 21Ï

2. La Réforme faisait partout d'immenses ravages. Le 23 janvier 1579, Guillaume -le -Taciturne, après une lutte heureuse contre le duc d' Albe , doa Louis de Requesens , grand commandeur de Castille, don Juan l'illustre vainqueur de Lépante, et l'archiduc Matthias, successivement envoyés dans les Pays-Bas par Philippe II , fit signer à Utrecht un traité d'union , entre les provinces de Gueldre et Zulphen, de Hollande, de Zéélande, d'Utrecht, de Frise et de Groningue. Il fut statué que les provinces confédérées ne formeraient plus qu'un seul corps inséparable; que toutes les mesures seraient adoptées, et toutes les forces mises en commun pour la défense du nouvel Etat; que la guerre, la paix, les impôts ne seraient votés qu'à l'unanimité , le reste à la pluralité des voix. Guillaume ne se laissa pas oublier. Il se fit nommer à la fois , pour la vie , stathouder, amiral et généralissime de toutes les forces de terre et de mer. Jusqu'alors les rebelles avaient mis à la tête de leurs ordonnances le nom du monarque légitime; depuis Tan 1579, ils cessèrent d'observer cette formalité, et le serment se fit au nom du prince d'Orange. Le calvinisme prenait ainsi possession des I ays-Bas, et cette nouvelle défection venait contrister le cœur du souverain Pontife , encore ému des troubles religieux qui agitaient la France. Cependant Elisabeth ensanglantait toujours l'Angleterre, par le martyre des catholiques. Parmi ses plus illustres victimes, on distingue Henri Perci, comte de Northumberland et son fils, le comte d'Arundel, les premiers pairs du royaume. Mais les missionnaires furent surtout l'objet des vengeances de la cruelle fille de Henri Vin. Les prisons du royaume n'étaient plus remplies que d'accusés pour crimes de religion. Les exécutions commencèrent en 1577, et les plus horribles tortures furent mises en œuvre contre les catholiques fidèles, pour en faire des apostats. L'Irlande ne fut pas épargnée, mais rien ne put ébranler jamais la ioi des aïeux dans jette île héroïque. Pour l'Irlande, la persécution dure depuis trois siècles, et se continue encore /de nos jours, au milieu des massacres, des proscriptions, des spoliations de tous genres. Quand l'histoire aura cessé d'être une conspiration contre la vérité, quand les passions et les préjugés qui agitent, à leur insu^ le* différents gouvernements qui se sont succédés en Angleterre,

218 Grégoire xiii (1572-1585).

auront fait place au calme de la réflexion et de l'impartialité, ii n'y aura qu'une voix pour flétrir les bourreaux et exalter les victimes. Puisse le jour de la justice et de la lumière se lever bientôt pour la catholique Irlande ; puisse sa foi triompher de l'Angleterre son ennemie ; c'est la seule vengeance digne du sang de tant de martyrs!

3. Le règne d'Elisabeth vit s'élever au sein de l'Angleterre la secte des Brownistes ou disciples de Robert Brown. C'étaient des Puritains exaltés, qui se bornaient pour tout culte à la prière intérieure. — Les anabaptistes vinrent aussi s'établir dans le royaume d'Elisabeth, pendant qu'une autre branche de ces hérétiques se formait sous le nom de Frères Moraves. « Deux disciple! de Storck, Ilutter et Gabriel, se fixèrent en Moravie, dans un terrain qu'ils avaient acheté, et y fondèrent une sorte de république. Ils se livraient aux travaux de la campagne et menaient la vie commune. Plus d'une fois chassés et dispersés, ils s'affaiblirent par leurs propres divisions et les dérèglements où ils tombèrent. Enfin ils se réunirent la plupart aux sociniens en Transylvanie (1). » L'erreur se divisait ainsi en une multitude infinie de sectes, à mesure qu'elle s'éloignait davantage du centre de l'autorité, foyer de lumière et source de toute vérité. L'Allemagne était toujours le théâtre des dissensions religieuses les plus animées et les plus vives. Ferdinand Ier avait eu pour successeur Maximilien II (1564) sur le trône impérial. Leur règne fut une suite de négociations avec les protestants , qui multipliaient leucs confessions de foi et leurs formules de croyances, sans pouvoir se constituer dans l'unité. Ils cherchèrent vainement à maintenir l'équilibre entre leurs sujets catholiques et hérétiques ; ils n'avaient ni le pouvoir ni le génie nécessaires pour triompher des difficultés d'une situation inextricable. Rodolphe II recueillit, en 1576, l'héritage de son père Maximilien II. Grégoire XIII l'invita à envoyer un ambassadeur près le Saint-Siège, avec la mission expresse de solliciter la confirmation de sa puissance. Ce prince avait d'abord semblé disposé à suivre l'exemple de Maximilien et de Ferdinand, qui avaient refusé de faire sanctionner leur élee-

(i) M. Blanc, t. il, p. 316.

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