‹ Histoire générale de l'Eglise depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'au pontificat de Pie IX (volume 2)Chapitre 112 sur 294 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

sait la succession à la couronne pleine d'incertitudes et de dangers, car Henri III n'avait pas d'enfants. Henri de Navarre devenait son plus proche héritier ; mais',- d'après la vieille constitution de la monarchie française, le trône ne pouvait être occupé par un prince hérétique. 01* vit alors le triste spectacle d'une guerre entreprise pour un héritage qui n'était pas encore ouvert. Henri de Guise et son frère le cardinal déclarèrent qu'ils s'opposeraient de tout leur pouvoir à l'accession d'un huguenot au pouvoir suprême dans le royaume très chrétien. Le Pape sanctionna cette résolution en excommuniant Henri de Navarre. On a vivement blâmé, dans une certaine école, la politique de Sixte-Quint en cette circonstance. Si l'on eût pris la peine d'examiner sérieusement les faits, on se serait épargné des critiques qui ressemblent fort à des calomnies. Comme souverain Pontife, Sixte-Quint devait maintenir, dans les royaumes chrétiens, la foi dont il était le souverain dépositaire. Or, que fût devenue la foi catholique, en France, si Henri IV eût fait monter le calvinisme sur le trône ? La Ligue, dans la pensée générale qui l'inspira, fut donc une association préservatrice pour la monarchie, et les Papes durent l'approuver. Il se mêla bientôt, nous ne faisons aucune difficulté de l'avouer, des intrigues politiques, des ambitions personnelles, des motifs moins avouables à cette guerre d'un peuple qui combattait les armes à la main pour ses vieilles croyances. C'était la première fois que le principe monarchique se trouvait en opposition avec le principe religieux dans le royaume de France. Par le fait même, cette rupture était un scandale. Henri IV, qu'il s'agissait de repousser du trône, devait être l'un des plus grands rois de la monarchie. Mais ce sera l'éternelle gloire de la Ligue d'avoir forcé ce prince à comprendre qu'il fallait être catholique pour ceindre la couronne de saint Louis. Sixte-Quint, tout en combattant les prétentions de Henri de Navarre , rendait hommage à ses brillantes qualités. Les grands hommes se devinent et se comprennent. S'il eût assez vécu pour être témoin de la conversion de Henri-le-G^and , Sixte-Quint eût été au comble de ses vœux ; mais ce bonheur ne lui était pas réservé.

13. Quoi qu'il en soit, la guerre dite des Trois Henri (Henri 1H, Henri de Navarre, Henri de Guise) commença en 1586. La Ligue

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venait de s'organiser à Paris, sous le nom de Ligue des Seize , parce qu'un conseil s'était formé, composé d'un membre par chacun des seize quartiers de la capitale, pour veiller aux intérêts religieux. Les armées catholique et calviniste eurent des succès divers. Vainqueurs à Coutras, où le génie de Henri IV triompha de forces supérieures , les huguenots furent repoussés des bords de la Loire , par Henri HI , et défaits à Vimori , dans le Gâtinais, et à Auneau, dans la Beauce, par le duc Je Guise (1587). La popularité de ce dernier grandissait d'une manière effrayante. On opposait sa vigilance, son zèle, son activité, à l'indolence dont Henri HI ne sortait qu'à de rares intervalles. Les partis ne savent jamais s'arrêter aux voies de la modération. Les Seize faisaient soutenir, à la Sorbomne , des thèses où l'on enseignait c< que l'on » peut ôter le gouvernement aux princes indignes, comme l'ad- » ministration au tuteur suspect. » La population parisienne décernait au duc les honneurs du triomphe : on le flattait des titres emphatiques de destructeur des Allemands , de fléau de l hérésie, de Mackabèe de la France, de juste qui devait confondre la cour dEérode. En présence de semblables démonstrations , le roi crut devoir quitter Paris , où le duc de Guise déploya dès lors un pouvoir souverain. Une réaction violente suivit bientôt ces événements. Henri III fit assassiner le duc et son frère le cardinal de Guise. Cette nouvelle émut vivement Sixte-Quint. Le meurtre d'un prince de l'Eglise , commandé par un roi de France , sans jugement préalable de la cour romaine, était un fait inouï. Le Pape en témoigna sa douleur en plein consistoire. « Un cardinal, » s'écria-t-il , a été assassiné sans procès , sans instruction, comme » s'il n'y avait plus de Pape au monde, comme s'D n'y avait plus » de Dieu! » Il ne se contenta pas de ces plaintes, il cita le roi lui-même à Rome , et le menaça d'excommunication , s'il ne justifiait sa conduite. « Nous sommes obligé , disait-il, d'agir ainsi, » autrement Dieu nous demanderait compte de notre conduite, » comme au plus inutile des Papes. D'ailleurs, en remplissant un » devoir sacré, nous n'avons rien à craindre de tout l'univers. » Nous de doutons pas que si Henri DI persiste dans ses mauvais » ses résolutions, Dieu ne lui réserve le châtiment d£ Saùl. » Cette prévision ne tarda pas à ze réaliser : le Pape donnait au roi

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cet avertissement le 23 juin 1589. Le 1er août suivant, le fanatique Jacques Clément frappait Henri ITT d'un poignard régicide» Ce crime changeait la face des affaires et en augmentait les complications. Le nonce apostolique avait quitté la France à la suite du meurtre du cardinal de Guise. Sixte-Quint se hâta d'envoyer à Paris le cardinal Gaëtano , pour s'éclairer sur l'état réel de la situation. Henri IY avait pris le titre de roi; h la tête d'une armée brave et fidèle, il songeait à conquérh- son royaume. Le vieux cardinal de Bourbon avait été investi par les ligueurs du titre de roi, mais ce n'était là qu'un fantôme, dont nul ne songeait à prendre le rôle au sérieux. Les Seize , toujours maîtres de Paris, accueillirent Gaëtano avec enthousiasme. Le duc de Mayenne, frère du dernier duc de Guise et du cardinal assassiné , avait pris le titre de lieutenant-général de la couronne de France , et faisait la guerre au Béarnais , qui remportait sur lui les éclatantes victoires d'Arqués et d'Ivry , où la valeur chevaleresque de Henri IV se signalait non moins que son coup d'œil de grand capitaine.

14. L'avènement de Henri IY augmenta encore les alarmes de Sixte-Quint. Le parti protestant menaçait de triompher en France, Pour conjurer le péril , le Pape fit un instant cause commune avec la Ligue et Philippe II , roi d'Espagne. Sur ces entrefaites, la république de Venise, à la nouvelle de la bataille d'Arqués, envoya un acte d'adhésion au gouvernement de Henri IV. Cette démarche affecta vivement le souverain Pontife. « Venise nous a » offensé , dit Sixte-Quint aux ambassadeurs. Le roi de Navarre » est un hérétique excommunié par le Saint-Siège : néanmoins » la République vient de le reconnaître, au mépris de tous nos » avertissements. La République est-elle un Etat tellement élevé » au-dessus de tous les princes de la terre, qu'il lui convienne de » donner l'exemple aux autres? Il y a encore un roi d'Espagne, » il y a encore un empereur. La République craindrait-elle le roi » de Navarre? Nous la défendrons de tous nos efforts, si cela est » nécessaire : nous en avons le pouvoir. Ou bien la République » songerait-elle à l'emporter sur nous? En ce cas, Dieu lui- » même nous assisterait. » Cette résolution inébranlable de s'opposer toujours à l'accession d'un -prince hérétique au trône de

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France, fut bientôt connue de Henri IV. Déjà ébranlé dans ses convictions calvinistes , le roi comprit dès lors la nécessité de rentrer définitivement dans le sein de la religion catholique. On peut croire que l'énergie du Pape ne fut pas une des moindres raisons qui déterminèrent sa conversion. Henri IV se décida à envoyer à Rome, en qualité d'ambassadeur, le duc de Luxembourg, avec mission de s'ouvrir,.au souverain Pontife sur ce grave sujet. Oliyarès, ambassadeur d'Espagne , en apprenant l'arrivée du négociateur français, courut au Vatican, et supplia Sixte-Quint de ne point admettre à l'honneur d'une audience le ministre d'un prince huguenot. «Si Votre Sainteté passait outre, ajouta-t-il, je me * verrais obligé , au nom du roi mon maître , de déposer ma pro- » testation. » — « Quelle protestation? reprit le Pape. Quelle pro- » testation voulez- vous faire? Vous offensez la majesté du roi » votre maître , dont la sagesse m'est connue. Retirez-vous. » Luxembourg fut introduit; il assura Sixte-Quint que le vainqueur d'Arqués et d'Ivry était prêt à se mettre aux pieds de Sa Sainteté, pour . demander son absolution et rentrer dans le sein de l'Eglise : « Qu'il vienne! s'écria le Pape. Qu'il vienne! Je Fembrasserai ! Je le consolerai. » On voit que la politique était étrangère aux vues du souverain Pontife. Il apercevait la possibilité de convertir Henri IV; il n'avait plus dès lors d'objections à faire contre son avènement au trône. Aussi , quand les ambassadeurs de la Ligue vinrent se plaindre à Sixte-Quint de la faveur qu'il semblait accorder à l'envoyé du Réarnais • « Tant que nous » avons cru, dit le Pape , que la Ligue travaillait poi^r la religion, w nous vous avons secourus ; mais maintenant nous sommes con- » vaincu qu'elle n'agit que par un motif d'ambition et sous un faux » prétexte. N'espérez de nous aucune protection » L'immortel Pontife ne devait pas être témoin d'un événement que tout dès lors faisait entrevoir. H mourut, le 27 août 1590, après un règne de cinq ans. L'histoire le place au nombre des plus grands hommes qui aient jamais gouverné le monde.

I 3. Pontificat d'Urbain VII (15 septembre 1590-27 septembre 1590).

15. Elu le 15 septembre 1590, Urbain Vïï ne fit que passer sur

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