CHAPITRE VI
nuait s«8 ravages en Allemagne, dans les Pays-Bas et en France. Elisabeth régnait toujours en Angleterre. Cette impérieuse rejEe puisait ses motifs de haine contre le catholicisme dans son amourpropre de femme' et dans ses intérêts politiques. En 1582, elle avait fait déclarer coupable de haute trahison toute personne qui engagerait un habitant de l'Angleterre à abandonner la religion de l'Etat pour celle' de Rome. Les Jésuites avaient organisé des missions dans ce royaume pour combattre les progrès de l'hérésie actuelle. Elisabeth leur donna quinze jours pour quitter l'île. Ceux qui n'obéirent pas à cet ordre tyrannique, et il y en eut un grand nombre, se virent dès lors en butte à une persécution dont la violence rappelait le temps des martyrs. Cependant une malheureuse et innocente victime languissait depuis dix-huit ans dans les cachots, attendant toujours l'heure de la justice, qui ne devait pas sonner pour elle. Marie Stmrt avait vu s'intéresser à son sort tous les rois de l'Europe ; mais leur intervention ne réussit pas à détourner de sa tête le plus affreux supplice. Une commission de quarante-six membres, pris parmi les pairs du royauma et les conseillers de la couronne, condamna Marie Stuart à la mort (1586). Le Parlement coTinrma la sentence, et envoya supplier Elisabeth défaire procéder immédiatement à l'exécution. La reine d'Ecosse avait écrit à Sixte-Quint une lettre touchante, où elle déclarait sa ferme volonté de vivre et mourir dans la foi catholique. Le Pape n'avait pas attendu ce témoignage de suprême vénération pour s'intéresser à l'infortunée reine d'Ecosse. Il avait redoublé d'instances près d'Elisabeth en sa faveur. Il est probable que ses vives sollicitations eurent pour résultat de faire suspendre l'exécution, qui n'eut lieu que le 18 février 1587. Le crime était enfin consommé. Un sang royal souillait à tout jamais la mémoire ; d'Elisabeth. Sixte-Quint publia contre la régicide couronnée une » bulle solennelle d'excommunication. Il jetait l'interdit sur l'Angleterre, déclarant Elisabeth usurpatrice, déchue de tout pouvoir, retranchée du sein de l'Eglise ; ordonnant aux Anglais de se joindre à l'armée popr la détrôner, et promettant les faveurs spirituelles les plus étendues à ceux qui s'assureraient de sa personne et la livreraient aux catholiques. En même temps, il conclut une alliance avec Philippe II, roi d'Espagne, et s'engagea à lui four-
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ï&$ SIXTE-QUINT (1585-1590).
mr, pour cette guerre, de puissants subsides. Mais le résultat ne répondit pas à son attente. Philippe II mit en vain sur pied les forces les plus imposantes, h' invincible Armada, cette flotte qui devait conquérir F Angleterre, fut complètement anéantie par la tempête avant d'avoir atteint le but de son expédition.
12. Les affaires de France ne s'étaient pas améliorées par la mort de Charles IX. Henri IH, son successeur, avait épousé Louise ée Vaudemont, cousine du duc de Lorraine : c'était épouser le parti des Guise, c'est-à-dire le parti catholique. Mais ce prince indolent et voluptueux perdait à de frivoles plaisirs un temps qu'il aurait dû employer au gouvernement si difficile de ses Etats. Cette conduite, indigne d'un roi, révolta les âmes honnêtes, et les mécontents politiques grossirent le nombre des calvinistes rebelles , Le duc d'Alençon, frère du monarque, quitta la cour et se réunit à Henri de Navarre et au prince de Condé. Une nouvelle guerre suivit cette défection. L'armée catholique, commandée par le duc de Guise, qui acquit là son glorieux surnom de Balafré, attaqua les révoltés à Château-Thierry. Le succès se prononça pour la bonne cause, mais Catherine de Médicis, dont l'astucieuse politique gouvernait toujours, sous le nom de son fils, crut devoir traiter avec les calvinistes, et l'édit de Blois leur accorda la liberté de conscience , des places de sûreté et l'entrée au Parlement. Ces concessions indignèrent les catholiques, qui formèrent une association nationale pour le maintien de l'antique foi de la monarchie. Telle fut l'origine de la Ligue, qu'on nomma l'Union sainte. Les associés jurèrent de défendre la foi de leurs pères, de remettre les provinces aux mêmes droits , franchises et libertés quelles avaient au temps de Clovis, de procéder contre^ ceux qui persécuteraient l'Union; sans acception de personne ; enfin de rendre prompte et fidèle obéissance au chef qui serait nommé. Si Henri III avait compris la valeur de son titre de roi très chrétien, il aurait voulu être le seul chef de la Ligue ; mais il se préoccupait peu de ces mouvements, et Herm-le-Balafré reçut des confédérés cette mission, qui le rendait en France plus puissant que le monarque lui-même. Sixte-Quint promit son appui aux ligueurs, et Philippe n se déclara ouvertement leur protecteur. Cependant le duc d'Alençon, frère du roi, vint à mourir (1584). Cet événement lais*