‹ Histoire générale de l'Eglise depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'au pontificat de Pie IX (volume 2)Chapitre 114 sur 294 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

19. Toute l'Europe avait les yeux tournés vers le successeur d'Innocent IX, pour connaître la décision que prendrait ce Pontife dans la plus importante affaire de cette époque 9 Favénement de Henri IY au trône de France. Il avait à opter entre deux résolutions : Clément VIII pouvait marcher sur les traces de ses prédécesseurs, s'associer à la Ligue et à la politique de Philippe H, contre le Béarnais ; ou bien il pouvait prendre le parti du monarque français. L'une ou l'autre de ces deux alternatives était .subordonnée à la conduite de Henri IV. Jamais décision n'avait été attendue avec plus d'anxiété, et jamais aussi décision n'avait été plus délicate ni plus périlleuse. En montant sur le trône apostolique, Clément VIII s'était vu environné d'éléments qui compliquaient singulièrement la difficulté de sa position. Le Saint-Siège avait en France un légat attaché au parti espagnol, et une armée destinée à combattre Henri IV ; de plus, les Etats généraux de France avaient embrassé la cause de la Ligue. Le Pape devait donc se conduire avec une extrême circonspection , au milieu de toutes ces circonstances qui paralysaient, jusqu'à un certain point, la liberté de son action. Il dut attendre, des événements euxmêmes, la solution de tant de difficultés. C'est ce qu'il fit.

20. Les Espagnols pressaient vivement le duc de Mayenne, lieutenant-général du royaume, de procéder à l'élection d'un roi catholique. Les Etats généraux se rassemblèrent, à cet effet, vers la fin de janvier 1593, sans rien conclure. Cependant, au milieu même du tumulte des armes et des embarras de la guerre, Henri IV pensait à rentrer dans le sein de l'Eglise, et s'il avait résisté jusque-là aux sollicitations des catholiques de son parti , c'est qu'il ne voulait pas que son changement fût ou parût être le fruit de la faiblesse ou de la politique, mais d'une entière conviction. Enfin, au moment marqué par la Providence, il chercha la lumière qu'il avait toujours désirée, sans avoir pu la recevoir encore, et tandis que des conférences étaient ouvertes à Suresnes, il demanda à se faire instruire. Le célèbre Jacques Davy Duperron, depuis cardinal, entama l'instruction du prince, d'abord par d? simples conversations, puis par des conférences réglées, auxquelles prirent part les prélats et les docteurs réputés les plus habiles parmi les royalistes et les ligueurs. Henri IV y mettait cette bonne foi et

cette loyauté qui furent Fun des traits les plus marqués de son grand caractère. Duperron ayant fait avouer à quelques docteurs de la Ligue que l'on pouvait se sauver dans FEglise romaine : « Quoi ! s'écria Henri , vous tombez d'accord que l'on peut faire » son salut dans la religion des catholiques, et ceux-ci, au con- 9 traire, soutiennent qu'on se damnera infailliblement dans la 9 vôtre ! Certes, il vaut bien ici la peine de prendre le parti le 9 plus sûr, et la prudence ne permet pas de balance** un seul ins- 9 tant. » Dès lors, la conversion du monarque fut résolue. On ne saurait croire combien cet événement fit tressaillir de joie le coeur des royalistes français. La Ligue seule, dont l'ambition avait fini par être le seul mobile, trahit, par sa conduite et ses emportements, son défaut de désintéressement et sa mauvaise foi. Elisabeth, la reine schismatique d'Angleterre, ressentit, selon ses propres expressions, une cuisante douleur et un accablement de tristesse, en apprenant la conversion du roi. Le 25 juillet 1593, Henri IV fit son abjuration dans la grande église de Saint-Denis, entre les mains de l'archevêque de Bourges. « Je veux, avait-il 9 dit, jurer, sur le tombeau des rois mes aïeux, de vivre et de 9 mourir dans la religion catholique qu'ils ont professée. » Lorsqu'il se présenta : « Qui êtes-vous, lui dit le prélat, selon la for- 9 mule ordinaire; que demandez-vous? — Je suis le roi, répondit » Henri : Je demande à être reçu au sein de l'Eglise catholique. 9 — Le voulez-vous? ajouta l'archevêque. — Oui, dit Henri, je 9 le veux et je le désire. » Puis s'étant mis à genoux, il fit, en ces termes, sa profession de foi : « Je proteste et je jure, devant la !» face de Dieu tout-puissant, de vivre et de mourir en la religion 9 catholique, apostolique et romaine : de la protéger, de la dé- 9 fendre envers tous, au péril de mon sang et de>ma vie, renon- 9 çant à toutes les hérésies contraires. — Et moi , reprit le prélat, 9 sauf l'autorité du Saint-Siège, je vous absous du crime d'héré- 9 sie et d'apostasie, je vous rends à la sainte Eglise romaine, et je 9 vous admets à ses sacrements , au nom du Père , du Fils et du 9 Saint-Esprit. » Une foule immense assistait à cette cérémonie. Les Parisiens, accourus à Saint-Denis, malgré les ordres et les satellites de la Ligue, bénissaient ce changement qui ne laissait Ipus de barrière entre le peuple et son roi.

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