CHAPITRE VI
autres, selon son bon plaisir. 5° Dans l'état dé nature tombée, il n'y a point, de la part de Dieu, de décrets de prédestination ab' solus, effacés par eux-mêmes, et antécédents à la prévision du consentement libre de la volonté humaine ; par conséquent nulle prédestination à la gloire éternelle avant la prévision des mérites de l'homme , nulle réprobation qui ne suppose la prescience des péchés qui seront commis. 6° La volonté que Dieu a de sauver tous les hommes est vraie, sincère et active ; c'est elle qui a destiné Jésus-Christ à être le sauveur du genre humain, c'est en vertu de cette volonté et des mérites de Jésus-Christ que Dieu accorde à tous les grâces suffisantes pour faire leur salut. 7° Dieu, par la science moyenne, voit, avec une certitude entière, ce que fera l'homme placé dans telle ou telle circonstance , et secouru par telle nu telle grâce; par conséquent il connaît ceux qui en useront bien ou mal. 8° En conséquence de cette prévision , il prédestine les premiers à la gloire éternelle , et les seconds à la réprobation.
23. Cette doctrine souleva la plus vive résistance de la part de» Dominicains , qui l'accusèrent de pélagianisme et de semi-pélagianisme. Les Jésuites, sauf quelques exceptions, parmi lesquelles se distinguèrent Henriquez et le fameux Mariana, soutinrent leur confrère. La dispute s'échauffa, s'étendit, et bientôt toutes les écoles et les universités se divisèrent en deux camps, sous les noms de Thomistes et de Molinistes. La doctrine de Molina passa du Portugal, où ce religieux enseignait la théologie, en Espagne, en Touraine, en France et jusqu'au fond de l'Allemagne. Le dominicain Bannez , désespéré de l'extension rapide que prenait le molinisme, présenta requête sur requête au nonce du Pape ; mais ces plaintes n'aboutirent qu'à lui faire défendre de traiter d'hérétiques Molina et ses adhérents. Les Dominicains continuèrent, malgré ces recommandations, de se livrer contre les Jésuites à des emportements que nesaurait justifier la vivacité même de la discussion. Clément VIII en fut informé par quelques évêques d'Espagne , et défendit aux deux partis d'agiter davantage les questions irritantes à l'ordre du jour. En 1597, le Pape prit la résolution d'évoquer la cause à son tribunal suprême. Il institua, pour l'examiner, la congrégation spéciale De Aaxiliis%
238 clément vin (1592-1605).
composée de cardinaux et de théologiens. Les plus habiles d'entre les Jésuites et les Dominicains défendirent leurs opinions respectives. Trente-sept conférences, où brilla surtout le fameux dominicain Thomas Lemos, se tinrent sous le pontificat de Clément VIII. Mais l'affaire ne fut 'pas décidée du vivant de ce Pape. Ce fut Paul Y qui termina cette discussion de dix ans par où il semble aujourd'hui qu'on aurait pu la commencer. Il congédia les deux partis et laissa à chacun la liberté de suivre son opinion , avec défense formelle de qualifier d'hérésie ou de témérité le sentiment contraire (1).
24. Deux faits importants avaient signalé la fin du pontificat de Clément YIII : la réunion du duché de Ferrare à l'Etat ecclésiastique et la paix de Yervins. Alphonse II , dernier duc de Ferrare, venait de mourir sans laisser d'héritiers légitimes. César d'Esté , parent à un degré éloigné du duc , voulut se mettre en possession de Ferrare ; mais le Pape fit valoir les droits antérieurs du Saint-Siège , fondés sur la donation de Pépin et de Charle» magne, et qui n'avaient été interrompus que par une sorte d'usurpation légalisée depuis. Henri IV appuya la politique de Clément YIII, et le duché de Ferrare demeura définitivement annexé aux Etats romains. L'appui que le roi de France donna, en cette occasion , au pouvoir pontifical , fut récompensé par l'active intervention de Clément YIII , dans la conclusion de la paix entre Henri IY et Philippe H, roi d'Espagne. Le souverain Pontife rédigea les articles préliminaires du traité , qui fut signé à Yervins (1598). Les Espagnols rendaient à la France Calais et les places qu'ils avaient prises en Picardie. De son côté, Henri IY cédait la ville de Cambrai. Le traité de Vervins effaçait en France les dernières traces de la Ligue. — Cependant le cardinal d'Ossat entamait, au nom de son maître , une nouvelle négociation au sujet du mariage de Henri IY avec Marguerite de Yalois. Cette union, conclue à l'époque de la Saint-Barthélémy, avait été imposée au jeune roi de Navarre , par la volonté de Charles IX et la politique de Catherine de Médicis. Les circonstances qui établissaient clairement la contrainte employée alors contre Henri , étaient de no-
(1) M. Blanc, t. ti, p. 321.