‹ Histoire générale de l'Eglise depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'au pontificat de Pie IX (volume 2)Chapitre 120 sur 294 · CHAPITRE VIi · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIi

elles étaient fécondes en naufrages. Aussi le Père Diaz écrivait-il au général de la compagnie , en demandant vingt missionnaires par année : « Ce ne serait pas trop si tous , par une bénédiction » spéciale du ciel, pouvaient arriver vivants à Macao ; mais il » n'est pas rare qu'il en meure la moitié en route. Il convient » donc d'en faire partir vingt par an, pour compter sur dix. »

i. L'Amérique voyait aussi prospérer les efforts des mission* naires. Dans l'île de Cuba, dans l'empire du Mexique, et danf celui du Pérou, elle avait une hiérarchie canoniqueraeirt instK tuée. L'archevêché de Lima était aiors gouverné par saint Turribe, le Borromée du Nouveau-Monde. Pendant son épiscopat de vingt-cinq ou vingt-six ans , saint Turribe tint trois conciles provinciaux avec les évoques de cette partie de l'Amérique, quatorze synodes diocésains avec les principaux ecclésiastiques de son archevêché. Ces conciles et ces synodes du Nouveau-Monde peuvent servir de modèle à l'ancien, saint Turribe s'efforça d'appliquer à son clergé et à son peuple les mesures salutaires prescrites par les Pères de Trente. Il fonda des séminaires où les jeunes Américains vinrent bientôt former l'espoir d'un clergé indigène. — Pendant que le pieux archevêque travaillait ainsi pour la gloire de Dieu et le salut des âmes, sainte Rose de Lima édifiait sa ville natale par le spectacle de ses aimables vertus, et méritait, par l'angélique puleté de sa vie, les honneurs du culte public que l'Eglise lui décerna plus tard.

5. L'Amérique offrait alors un spectacle digne de fixer l'attention de l'histoire : c'étaient des peuplades entières de sauvagei transformées en un peuple de saints. Après la conquête du Nouveau-Monde , les Espagnols avaient réduit les Indiens en servitude, et les sacrifiaient aux travaux des mines. En vain le clergé séculier et régulier avait réclamé contre cet usage, aussi impolitique que barbare. Les plaintes furent inutiles. Cependant il restait encore, au pied des Cordillières, vers le côté qui regarde l'Atlantique, entre FOrénoque et le Rio de la Plata, un pays rempli de sauvages, où les Espagnols n'avaient point porté la dé» vastation. Ce fut dans ces forêts que les missionnaires entrepri* rent de former une république chrétienne et de donner du moins à un petit nombre d'Indiens le bonheur qu'ils n'avaient pu pro-

ÏAt paul v (1605-1621).

o&ve à tous. Les sauvages qu'on rencontrait dans ces retraites paraissaient les moins propres à recevoir la parole évangélique. Race indolente, stupide et féroce, ils montraient, dans toute sa laideur, l'homme primitif dégradé par sa chute. Rien ne prouve davantage la dégénération de la nature humaine que la petitesse du sauvage dans la grandeur du désert. Arrivés à Buenos-Ayres, les Jésuites, qui s'étaient dévoués a ces pénihles missions, remontèrent le Rio de la Plata, et entrant dans les eaux du Paraguay, ee dispersèrent dans les bois. Les anciennes relations nous les représentent avec un bréviaire sous le bras gauche, une grande croix à la main droite, et sans autres provisions que leur foi et leur confiance en Dieu. Elles nous les peignent se faisant jour à travers les forêts , marchant dans les terres marécageuses , où ils avaient de l'eau jusqu'à la ceinture, gravissant des roches escarpées, pénétrant dans les antres et les précipices, au risque d'y trouver des serpents et des bêtes féroces au lieu des hommes qu'ils y cherchaient. Plusieurs d'entre eux y moururent de faim et de fatigue; d'autres furent massacrés et dévorés par les sauvages. La première peuplade qui se rassembla à la voix des Jésuites \ fut celle des Guaranis. Ils composèrent une bourgade, sous la direction des Pères Mareta et Cataldino, dont il est juste de conserver les noms parmi ceux des bienfaiteurs des hommes. Cette bourgade fut appelée Lorette, et, dans la suite* à mesure que les églises in« diennes s'élevèrent, elles furent comprises sous le nom général d< Inductions. On en compta jusqu'à trente en peu d'années, et elles formèrent entre elles cette République Évangélique , dont nul gouvernement ancien ou moderne n'égala la perfection. Chaque bourgade était régie par deux missionnaires,, qui dirigeaient les affaires spirituelles et temporelles. De* écoles publiques étaient ouvertes dans chacune d'elles pour l'éducation et l'instruction des enfants. Suivant leur aptitude particulière, les jeunes gens étaient répartis dans un des ateliers de la Réduction pour y, apprendre les arts utiles. Ceux qui préféraient l'agriculture étaient enrôlés dans la tribu des laboureurs, et ceux qui retenaient quelque humem vagabonde de leur première vie erraient avec les troupeaux. — D n'y avait point de marchés publics dans les bourgades : à certains jours fixes, on donnait à chaque famille les choses néces*

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