CHAPITRE VII
saires à la vie. La terre était divisée en plusieurs lots, et chaque famille en cultivait un pour ses besoins. Il y avait en outre un champ public appelé la Possession de Dieu. Les fruits de ces terres communales étaient destinés à suppléer aux mauvaises récoltes, à entretenir les veuves, les orphelins et les infirmes. Un cacique Oa chef de guerre, un corrégidor pour l'administration de la justice, des régidores et des alcades pour la police et la direction des travaux publics, formaient le corps militaire, civil et politique des Réductions. — En cas d'infraction aux lois, la première faute était punie par une réprimande secrète des missionnaires ; la seconde, par une pénitence publique à la porte de l'église, comme chez les premiers fidèles ; la troisième, par la peine du fouet. Mais pendant un siècle et demi qu'a duré cette république, on trouve à peine un exemple d'un Indien qui ait mérité ce dernier châtiment. « Toutes leurs fautes sont des fautes d'enfants, dit le Père » Gharlevoix ; ils le sont toute leur vie en bien des choses, et ils » en ont d'ailleurs toutes les bonnes qualités (1). » Muratori a peint d'un seul mot cette république chrétienne, en intitulant la description qu'il en a faite : Le Christianisme heureux. Voltaire lui-même n'a pas pu s'empêcher de dire . « L'établissement formé » dans le Paraguay par les seuls Jésuites espagnols paraît, â quel- » ques égards, le triomphe de l'humanité. »
Pendant que les nouvelles venues du Nouveau-Monde réjouissaient le cœur du pape Paul V, son autorité trouvait à lutter contre la résistance opiniâtre d'un état italien qui s'était montré jusque là soumis au Saint-Siège. Le sénat de Venise avait rendu un décret qui prohibait l'aliénation des biens laïques en faveur des églises ou du clergé. Il avait fait arrêter deux ecclésiastiques, en attribuant la connaissance de leur cause à la justice civile ; de plus, il avait défendu de bâtir des églises, des abbayes, des hôpitaux, sans la permission de l'autorité séculière. Paul V protesta contre ces mesures, et le sénat n'ayant, point tenu compte de cette protestation , le Pape prononça, avec l'assentiment du sacré col-
\\) « Sire, écrivait à Philippe V l'évêque de Buenos- Ayres, dans ces peupbdei » nombreuses, composées d'Indiens naturellement portés à toutes sortes de vices, » il règne une si grande innocence aue ie ne crois pas qu'il s'y commette un » seul péché mortel. »
24S pall v (1005-1621),
lége, une sentence d'excommunication contre la république (17 Avril 1606). Le sénat, loin de se rendre, déclara la sentence injuste, défendit, sous les peines les plus rigoureuses, la publication du bref, et tâcha d'obtenir du clergé la continuation du culte divin. La majorité du clergé régulier quitta le pays, se soumettant à la voix du successeur de saint Pierre. Les Théatins, les Capucins et les Jésuite? furent bannis du territoire vénitien. A côté de la lutte matérielle, il s'en éleva une spirituelle. Paoîo Sarpi, dont nous avons eu précédemment l'occasion de parler, fut chargé par le doge et le sénat de défendre les droits de la république. Il le fit, en attaquant l'autorité pontificale dans des pamphlets outrageants qu'on répandit parmi les classes populaires. Baronius et Bellarmin répondirent, par une érudition écrasante et des arguments victorieux, aux libelles injurieux du moine apostat. Un moment Paul V songea à employer la force des armes contre la république vénitienne. Mais il craignit que le sénat ne profitât de cette rigueur pour se jeter dans le parti de la Réforme. Dans ces délicate s conjonctures, Henri IV offrit sa médiation au souverain Pontife, qui l'accepta avec empressement. Des négociations préliminaires furent entamées. Les ministres du roi de France à Rome et à Venise , les conduisirent avec tant d'habit leté, qu'en 1607 le différend put être terminé. Le Pape consentît à révoquer les censures qu'il avait fulminées. Le sénat vénitien, de son côté, supprima les manifestes qu'il avait publiés contre le Saint-Siège , rétablit les religieux qui étaient sortis de Venise à l'occasion de l'interdit, à l'exception des Jésuites , qui ne furent rappelés que plus tard, et retira les lois oppressives, cause de tou* le débat.
6. La fameuse Conspiration des poudres venait d'éclater à Londres, et appelait l'attention du souverain Pontife, par les persécutions dont elle fut le signal contre les catholiques. Le nouveau foi d'Angleterre, Jacques Ier, était né au sein du Catholicisme. Il n'en fallait pas davantage pour que les Anglais schismatiques le soupçonnassent d'un penchant secret pour la foi de ses pères ? et employassent tous les moyens pour perdre les catholiques dans son esprit. La Conspiration des poudres vint à propos servir leur haine. Sous la grande salle du palais où le parlement tena\t ses