‹ Histoire générale de l'Eglise depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'au pontificat de Pie IX (volume 2)Chapitre 13 sur 294 · CHAPITRE PREMIER. tV · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER. tV

«cène du Jugement dernier, son ciseau taillait dans un marbte immortel la sublime figure de Moïse, sa main hardie lançait dans les airs la coupole de Saint-Pierre. Parvenu à l'apogée de sa gloire, il vit un adolescent lui disputer la palme du génie, se mesurer avec lui, et le vaincre, dans la plus glorieuse lutte qui fut jamais. Michel Ange, avec ses formes austères, la sévérité grandiose de ses compositions, avait été l'artiste favori de Jules II; Raphaël, dont le pinceau presque divin a idéalisé la matière et a fait descendre sur la toile quelque chose des harmonies célestes, fut le privilégié de Léon X : il est resté le modèle à jamais inimitable, le peintre par excellence, sans rival ni dans l'antiquité, ni probablement dans l'avenir. Pendant que la forme païenne dominait dans toutes les œuvres de l'art, Raphaël comprenait que la peinture devait, avant tout, représenter la vie de l'âme, élément principal du christianisme. Chaque objet de la création était à ses yeux un reflet de la divinité ; jamais il ne fit la faute d'effacer, sous l'ornement, l'origine céleste que chaque objet créé portait en lui. Nul artiste n'a peint avec plus d'affection la Vierge immaculée. Il semble que Raphaël ait voulu consacrer son génie à la mère de Dieu. Mais sous quelque forme qu'il ait présenté içette image bénie, les yeux baissés et fixés sur son divin enfant, *u pied de la croix ou couronnée dans le ciel par la sainte Trinité, portée sur les nuages par des anges, ou assistant à l'ensevelissement de Jésus, il n'en est pas une devant laquelle il ne faille s'agenouiller. On parle des différentes manières de Raphaël : selon nous, il n'en eut jamab qu'une seule; ce qui semble un changement est un progrès; c'est le génie à son aurore, à son développement, à son apogée; mais c'est toujours le génie. Quelques mois après son avènement, Léon X écrivait à son peintre favori : « Raphaël d'Urbin, ce n'est pas seulement

• comme peintre que vous vous êtes acquis parmi les homme( ) une gloire immortelle; Rramante, avant de mourir, procla< » mait vos talents en architecture, et vous désignait pour conti-< » nuer l'œuvre qu'il avait si glorieusement commencée. Lei » plans que vous nous avez présentés attestent votre rare ca— » pacité, et comme tout notre désir est d'achever le temple de*

# apôtres Pierre et Paul avec toute la magnificence possible,

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M Léon x (1513-1521).

» nous vous nommons intendant de Saint-Pierre. N'oubliez pas> o nous vous en conjurons, qu'il s'agit dans ces fonctions, d'as- » surer l'honneur de votre nom, de fonder, jeune encore, votre * gloire à venir, de répondre dignement à la bienveillance toute v> paternelle que nous vous portons, à la célébrité du temple que » vous allez édifier, à notre vénération pour le prince des Apô- » très. » Raphaël n'eut pas le temps d'exécuter le plan qu'il avait cono'i pour la réparation de Saint-Pierre, et que quelquesuns préfèrent à celui de Michel Ange, parce qu'il se rapproche davantage de la sévérité antique. Il fut plus heureux dans la décoration de la cour du Vatican, qui est aujourd'hui un des ornements de Rome. La reconstruction sur un plan gigantesque de la basilique de Saint-Pierre demandait des montagnes de marbre, Jules II avait autorisé les Romains à se servir des débris antiques et à pratiquer eux-mêmes des fouilles. Souvent un marteau sacrilège mutilait indignement les sculptures, chefs-d'œuvre de l'art païen. Léon X écrivait alors à Raphaël : « Comme il im- » porte, pour la construction du temple dédié au prince des » apôtres, que la pierre et le marbre soient tirés du sol même de » la ville, et que Rome en recèle dans son sein une grande » quantité, dont on se sert arbitrairement, au risque de détruire i> les plus précieux monuments de l'antiquité, je vous charge » spécialement de la surveillance de toutes les ruines et fouilles » dans l'enceinte de la cité pontificale. Nous avons appris que » des ouvriers se servent, dans leur ignorance, de marbres ornés » d'inscriptions, anéantissant ainsi des documents dignes d'être » conservé? dans l'intérêt des lettres et de la belle latinité. Nous » défendons en conséquence d'employer à l'avenir aucune de ces » vieilles pierres, sans votre permission expresse. » Ce bref sauva une foule de statues, d'inscriptions, de bas-reliefs, qui enrichis» sent maintenant les musées romains. Léon X voulait que Raphaël achevât la peinture des salles du Vatican. Le sujet donné au peintre fut de raconter en quelques grandes scènes, l'histoire de la Papauté dans le monde. L'exécution répondit à cette noble pensée, et l'œuvre de Raphaël a traversé les siècles, saluée par l'enthousiasme de toutes les générations. Cependant îa renommée de Raphaël inquiétait Michel Ange. Buonarotti résolut d'entrer

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