CHAPITRE PREMIER
» dépôt; Dieu, par une antique et longue succession, m'a trans- » mis un mandat ; je ne les violerai, je ne les trahirai jamais. Ce » serait déjà y porter atteinte que de répondre à la nouvelle et illé- ' » gitime autorité qui m'interroge. Répondez-moi vous-mêmes sur » votre titre, et alors je vous en dirai davantage. » On lui montr? sur le bureau la hache fatale qui menaçait sa vie. Il la toucha dédaigneusement : « Elle ne me fait pas peur, » dit-il. Trois fois Charles fut ramené à ce tribunal de meurtriers. Cependant, quatre lords qui avaient été ministres de l'infortuné monarque, Richemond, Hertforth, Lindsay, South -j&psen, noms faits pour être transmis honorablement à la postéi lé, ie présentèrent devant ce qu'on appelait alors les Commune- * fis déclarèsent que, d'après la constitution anglaise, le roi étar* taeffpcm&aMe , ils reconnaissaient avoir conseillé à Charles toutes ies mesures qu'on lui reprochait; et qu'ils venaient, pour sauver cette tête sacrée, offrir les leurs au bourreau. Noble protestation , à laquelle se fût certainement associé le comte de Strafford! Mais les puritains du Parlement l'avaient déjà immolé à leur vengeance, et, pour tonfble d'infamie, ils avaient contraint le roi à ratifier l'injuste arrêt porté contre un serviteur fidèle. Le dévouement des exministres ne toucha point des sujets rebelles. Voix de la religion, cri de la nature, intérêts de la politique, vœux du peuple fidèle, tout fut repoussé. Il ne restait plus à Charles qu'à mourir. Il bénit ses deux enfants qu'on lui amena dans sa prison , remit à sa fille, celle qui fut depuis la duchesse d'Orléans, deux diamants pour sa mère, comme gage de suprême tendresse; et, séparé désormais de toute la nature , ne chercha plus que dans les grandes pensées du ciel un refuge contre des douleurs sans bornes et une infortune inouïe. Malheureusement les consolations de la foi véritable lui manquèrent ; engagé dans les liens du schisme anglican, les paroles que l'évêque protestant Juxon lui adressa furent froide* comme sa croyance et son culte. Le 30 janvier 1649, jour de honte et de deuil pour l'Angleterre, sur un échafaud dressé contre les murs du palais de White-Hall , au niveau des croisées de son appartement, la hache du bourreau fit tomber la tête de Charles Ie* L'exécuteur saisit cette tête toute ruisselante de sang et la montra l¥. 19
290 innocent x (1644-1655).
au peuple en criant : « C'est la tête d'un traître ! » Le crime était consommé.
La royauté, martyre en Angleterre, était proscrite à Paris. Le 6 janvier 1649, la reine régente et le cardinal Mazarin avaient pris la fuite, emmenant avec eux le jeune Louis XIV, pour le soustraire aux fureurs de la Fronde. L'histoire de ces années d'agitations et àe troubles n'appartient pas aux annales de l'Eglise. D'ailleurs, du sein de cet orage, devait plus tard surgir la splendeur triomphante du grand roi.
9. Cependant la lutte des Jansénistes avait repris une ardeur nouvelle. Les cinq propositions extraites de YAngustinus par le docteur Cornet, furent déférées à Pexamen du Saint-Siège. Quatrevingt-huit évêques français signèrent une lettre commune pour supplier Innocent X de faire cesser les querelles par un jugement définitif . D'un autre côté , onze évêques sollicitaient le Pontife de ne point prononcer et envoyaient à Rome quatre docteurs pour y plaider la cause de YAugustinus. Innocent X nomma une commission qui s'occupa, pendant deux ans, du livre de Jansénius et des cinq propositions qu'en avait extraites le docteur Cornet. Le 31 mai 1653 , la bulle Cum occasione condamnait enfin les cinq propositions. Cette bulle fut reçue en France et dans les Pays-Bas par les catholiques. Mais les partisans de Pévêque d'Ypres, pour échapper à ses conséquences, eurent recours à un subterfuge. Ils protestèrent que, quant à la doctrine, ils se soumettaient à la décision du souverain Pontife ; mais ils se plaignirent, en même temps, que l'on eût donné à entendre que les propositions condamnées fussent réellement contenues dans YAugustinus. Telle est l'origine de la question de fait, qui devint depuis la principale; G3T les fauteurs du jansénisme prétendirent que l'Eglise n'était point infaillible quand il. s'agissait de déterminer si telle proposition était réellement contenue dans un livre , et si le sens qu'elle présentait était cpfui de l'auteur. A ce nouveau point de vue , la bulle d'Innocent X ne devait être accueillie, disaient les sectaires « que par un silence respectueux. » Cet échappatoire n'était qu'un moyen ingénieux de déguiser une mauvaise foi impardonnable. Une assemblée d' évêques; tenue à Paris le 26 mars 1654 , déclara que la bulle Cum occasione avait condamné les cinq pro-