‹ Histoire générale de l'Eglise depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'au pontificat de Pie IX (volume 2)Chapitre 145 sur 294 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Selon ce dogmatiseur , Moïse a rapporté l'origine de la nation juive , et non celle de l'espèce humaine en général. Il y aurait eu en conséquence, deux créations d'hommes : la première, au commencement du monde, lorsque Dieu mit sur la terre une race qui se répandit dans tout l'univers et produisit les Gentils ; la seconde, longtemps après , lorsque Dieu créa Adam pour être le père du peuple juif. Comme ces folles spéculations intéressaient peu les passions humaines , elles n'eurent pas un grand retentissement, La Peyrère les ahjura lui-même, en 1657, aux pieds du pap% Alexandre VU et embrassa la religion catholique qu'il professa , tout le reste de sa vie, avec une édifiante ferveur.

14. Cependant une dissidence fâcheuse venait d'éclater entre la cour pontificale et le gouvernement du roi de France. L'archevêque de Paris , Jean-François-Paul de Gondi , si connu sous le nom de cardinal de Retz, avait été l'un des principaux chefs de la Fronde. Quand Mazarin, vainqueur, vit son pouvoir assez affermi, il fit arrêter l'archevêque comme coupable de trahison et le retint prisonnier à Vincennes. Parvenu à tromper la vigilance de ses gardiens, le cardinal de Retz se réfugia à Rome et prit part au conclave qui élut Alexandre VII. Ce Pontife lui accorda le pallium, malgré les réclamations des ambassadeurs français, et continua à le traiter comme archevêque de Paris. Gondi avait chargé de l'administration diocésaine , en son absence , des vicaires-généraux dont le choix déplut à la cour. Mazarin entama avec le Saint- Siège une négociation où il cherchait à faire prévaloir, en principe, que le crime de lèse-majesté dans un évêque suffisait à faire déchoir de toute juridiction dans le royaume. Il était impossible au Pape db sanctionner une pareille doctrine qui eut légitimé toutes les tyrannies. Alexandre VII voulait bien que l'archevêque révoquât ses vicaires-généraux, puisqu'ils étaient suspects, mais il devait avoir le droit d'en substituer d'autres à la satisfaction du roi. Cependant Mazarin, avec cette persistance opiniâtre et cauteleuse qui fut le trait distinctif de son caractère, refusait tout accommodement. La lutte antre «e ministre et l'archevêque de Paris avait été trop personnelle pour qoe le premier ne cherchât pas à en tirer vengeance. Le Pape prévit que la discussion ne ferait que s'envenimer en la prolongeant davantage ; il résolut de la terminer par un acte d'autorité,

et nomma lui-même un vicaire apostolique pour administrer ïe diocèse au nom du titulaire. Toutes 1rs animosités du Gallicanisme se déchaînèrent contre le décret pontifical. L'assemblée des évêques de France protesta que c'était une violation manifeste des libertés du royaume. L'affaire prenait des proportions qui effrayèrent Mazarin. Il recula devant la pensée d'un schisme et proposa au cardinal de Retz un moyen terme qui devait ramener la paix . Le roi dresserait une liste de six ecclésiastiques parmi lesquels l'archeyêque choisirait celui qu'il voudrait pour le constituer son vicairegénéral. Ce plan fut adopté et termina la querelle.

15. La paix entre la France et l'Espagne occupait alors toute F attention de Mazarin. Ce fut le chef-d'œuvre de sa politique, et el?e couronna glorieusement une administration si remplie de troubles et d'orages. Le 7 novembre 1659, à la suite de vingtcinq conférences tenues dans l'île des Faisans, formée par la Bi« dassoa , limite des deux royaumes , le traité de la Paix dite des Pyrénées, fut signé par Mazarin et don Louis de Haro, au nom de leurs couronnes respectives. La France acquérait, du côté des Pays-Bas, Arras et tout le comté d'Artois, à l'exception de Saint- Omer ; dans le comté de Flandre, Gravelines et plusieurs autres places importantes ; dans le comté de Hainaut , Landrecies et le Quesnoy ; dans le duché de Luxembourg, Thionville, Montmédy, Slarienbourg, Philippeville, Avesnes ; du côté des Pyrénées, Perpignan, le Roussillon et Conflans. Le prince de Condé, un instant égaré dans les troubles de la Fronde, avait eu le malheur de mettre aon épée victorieuse au service des Espagnols ; il obtint son pardon et revint expier, par une fidélité constante et de glorieux exploits, une erreur passagère. Mais l'article le plus important du traité des Pyrénées fut le mariage de Louis XJV avec l'infante d'Espagne , Marie-Thérèse , fille de Philippe IV. Cette princesse renonça formellement , pour elle et ses descendants , à toute succession aux Etats d'Espagne, clause qui n'était qu'une vaine formalité si la France était trop faible pour réclamer , ou qu'une barrière impuissante , dans le cas contraire. Mazarin prévit ce ipie vaudraient ces renonciations : et les événements, quarante ans après, justifièrent ses combinaisons. La France se plaça dès lora eu premier rang parmi les puissances de l'Europe.

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