‹ Histoire générale de l'Eglise depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'au pontificat de Pie IX (volume 2)Chapitre 146 sur 294 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

16. Ce succès combla de gloire la vieillesse de Mazarïn. Mais il n'en jouit pas longtemps. Le 9 mars 1661, il mourut âgé de cinquante-neuf ans. « Aussi doux que le cardinal de Richelieu » était violent, un des plus grands talents de Mazarin fut de bien » connaître les hommes. Le caractère de sa politique était plutôt » la finesse et la patience que la force. Il pensait que la force ne » doit jamais être employée qu'au défaut des autres moyens, et » son esprit lui fournissait le courage conforme aux circonstances ; » hardi à Casai, tranquille et agissant dans sa retraite à Cologne, » entreprenant lorsqu'il fallut arrêter les princes, mais insensible » aux plaisanteries de la Fronde, méprisant les bravades du coad- *> juteur , et écoutant les murmures de la populace comme on » écoute du rivage le bruit des flots de la mer. Il y avait , dans le » cardinal de Richelieu, quelque chose de plus grand, de plus » élevé et de moins concerté ; et dans le cardinal Mazarin plus » d'adresse, plus de mesure et moins d'écarts. On haïssait F un, » et l'on se moquait de l'autre : mais tous deux furent maîtres de » l'Etat (1). »

17. La mort de Mazarin allait changer la face du monde. Jusque-là le jeune roi de France avait paru, en quelque sorte, étranger à son propre gouvernement. Chacun des ministres survivants, espérait la première place. Nul ne pensait qu'un prince élevé dans l'éloignement des affaires , osât en prendre sur lui tout le poids. On ignorait que, depuis quelque temps, il consultait ses forces, et qu'il essayait en secret son génie pour régner. Aussi, lorsque Harlay de Chanvalon , archevêque de Rouen et président de l'assemblée du clergé , vint lui demander à qui désormais il devrait s'adresser pour les affaires : « A moi , » répondit Louis XIV. Le lendemain de la mort de Mazarin, il réunit ses ministres. « Mon- » sieur le chancelier, dit-il, je vous ai fait assembler, avec mes » ministres et secrétaires d'Etat, pour vous dire que jusqu'à pré- » sent j'ai bien voulu laisser gouverner mes affaires par le cardi- » nal ; il est temps que je les gouverne par moi-même. Vous » m'aiderez de vos conseils quand je vous le demanderai. Je vous • charge de me rendre compte chaque jour de toute chose à inui-

(1) Le président Hénautt.

» même. — La face du théâtre change, ajouta-t-il a.vec un accent » profond; j'aurai d'autres principes dans le gouvernement de » mon Etat , dans la régie de mes finances et dans les négocia— » tions au dehors que n'avait M. le cardinal. Vous savez mes vo- » lontés, c'est à vous maintenant, Messieurs, à les exécuter. » Le souverain qui parlait ainsi allait en effet changer la fortune de la France et la placer au sommet des nations. Son nom et sa gloire allaient illuminer le plus grand siècle des temps modernes. La France, calme et prospère au dedans, victorieuse au dehors, sembla dominer l'univers Louis XTV apparaît, aux yeux de l'historien, environné des génies immortels dont il sut deviner la destinée, encourager et récompenser les efforts. « Ce monarque, dit le » cardinal Maury, eut à la tête de ses armées ïurenne, Condé, » Luxembourg, Catinat, Créqui, Boufflers, Montesquiou, Ven- » dôme et Villars ; Château-Renault, Duquesne, Tourville, Du- » guay-Trouin, Jean Bart, commandaient ses escadres. Colbert, »> Louvois, Torcy, étaient appelés à ses conseils. Son premier » sénat avait Mole et Lamoignon pour chefs, Talon et d'Agues- » seau pour organes. Vauban fortifiait ses citadelles, Riquet de » Caraman creusait ses canaux, Perrault et Mansard construi- » saient ses palais ; Girardon, le Poussin, Mignard, Le Sueur, les » embellissaient ; Le Nôtre dessinait ses jardins. Corneille, Racine, » Molière, Quinault, La Fontaine, La Bruyère, Boileau, La Rochev foucauld, éclairaient sa raison et amusaient ses loisirs ; Montau- » sier, Bossuet, Beauvilliers, Fénelon, Huet, Fléchier, Fleury, éle- » vaient ses enfants. Bossuet, Fénelon, Bourdaloue, Fléchier, » Massillon , lui faisaient entendre , du haut de la chaire chré- » tienne , leurs accents inspirés. » Tant de gloire , de grandeur, de génie, fondèrent la prépondérance morale de ia France.

18. Louis XIV, il faut le dire, ne compta pas toujours assez sur cette supériorité incontestable pour assurer sa prééminence ; il usa parfois d'une hauteur excessive à l'égard des souverains de l'Europ». Sa conduite vis-à-vis d'Alexandre VII, dans une circonstance mémorable, nous en fournira la preuve. Il awiit pour imbassadeur à Rome le duc de Créqui, homme àfWA caractère violent et t mpoçté. Les domestiques du duc insultèrent les soldats Corses qui composaient la garde pontificale. Le régiment offense

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