‹ Histoire générale de l'Eglise depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'au pontificat de Pie IX (volume 2)Chapitre 149 sur 294 · CHAPITRE PREMIER. SOI · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER. SOI

pour Sa donner à l'Eglise universelle, dispersée ou réunie dans ses conciles généiàux; mettre par conséquent le concile au-dessus du Pape; refuser au Pontife romain le droit d'intervenir dans le gouvernement temporel de l'Europe; bouleverser, en un mot, tout le système religieux et politique du moyen âge, pour engager le monde dans les voies de l'indépendance, tel avait été le travail des légistes de ce siècle. Es ne s'apercevaient pas que c'était reprendre en sous-œuvre la pensée de Luther, tout en la dégui* sant sous des formes moins violentes, et en conservant, au moins en apparence, le lien extérieur de la communion ecclésiar tique. Marc Antoine de Domin%, archevêque de Spalatro et primaw de Dalmatie (1617), fut le premier à soutenir ces prétentions nouvelles. Son livre de Republicâ christianâ détruisait toute idée de monarchie dans l'Eglise : Dominis n'y voyait qu'un régime aristocratique où le Pape n'était que le ministre et, en quelque sorte, le délégué de la communauté. La Faculté de théologie de Paris condamna le livre, tandis que son auteur allait se justifier à Rome , où il expia ses erreurs dans une prison du château Saint- Ange. Mais sa doctrine ne fut pas enchaînée avec lui. Edmond Richer, docteur et syndic de la Faculté de Paris , la soutint avee plus de subtilité, et on pourrait dire aussi avec plus de maladresse. En présentant d'une manière générale ses principes sur la communauté, comme origine essentielle de la souveraineté, il attaquait la monarchie temporelle non moins que la juridiction spirituelle du souverain Pontife. Aussi le traité de Richer, De ecclesiasticâ et politicâ potestate , fut condamné dans les synodes de Paris et d'Aix (1612), ainsi qu'à Rome. L'auteur fut destitué du syndicat. Richer, pressé par Richelieu, signa, avant de mourir, une rétractation que ses partisans regardent comme extorquée, mais qui paraît avoir été au contraire libre et sincère. Jean Launoy , docteur en Sorbonne, janséniste déclaré, professait les mêmei principes dans un ouvrage intitulé : Puissance du roi sur le ma* *iage. D'après Iftunoy, le mariage chrétien devient une affaire purement civile* l'auteur enlève à l'Eglise le droit d'établir des empêchements dirimants, et l'attribue exclusivement aux princes, contrairement à la doctrine expresse du concile de Trente, qui frappe d'anathème la proposition même de Launov. « Indépeniv. 20

306 clément ix (1667-1669).

» damment de cette fin de non recevoir, ajoute un auteur mo- » derne , on peut dire que le sentiment du docteur de Sorbonnfc » conduit à la destruction totale des mœurs chrétiennes; car, si

* la validité des mariages dépend uniquement de l'autorité pro-

* fane, qui empêchera les chrétiens d'épouser leurs sœurs, comme » les illustres Ptolémées, et avec eux toute l'Egypte; d'établir la » communauté des femmes, comme le voulait l'incomparable » Platon, et comme le pratiquait le grave Caton; de devenir » polygame par l'avis du prophète arabe? » L'ouvrage de Laujoy, proscrit, par sa nature même et son but, au tribunal d( tout lecteur chrétien, fut condamisé à Rome par un décret pontifical. Launoy ne respectait pas plus les traditions vénérables sur lesquelles repose le culte des saints que l'autorité divine de l'Eglise. On l'avait surnommé le Dénicheur de Saints. H avait rayé de son calendrier sainte Catherine , martyre , pour laquelle tous les siècles précédents avaient eu une dévotion si marquée. Le jour de sa fête, il affectait de dire une messe de Requiem^ comme si le défaut d'authenticité dans les actes d'une sainte honorée par l'Eglise d'un culte public , pouvait conclure contre son existence ou sa sainteté. Ce malheureux système, sous prétexte de critique plus éclairée, s'attaqua à la vie des saints les plus illustres. Des écrivains catholiques, dont la science est incontestable et dont les intentions étaient pures, entreprirent de redresser, à ce point de rue, l'hagiographie. Çaillet se distingua par le rigorisme affecté avec lequel il composa ses Vies des Saints, écartant de son récit tous les faits merveilleux, comme des légendes apocryphes, et introduisant ainsi le rationalisme protestant dans l'appréciation de ces existences privilégiées, dont le miracle est en quelque sorte l'essence. Par une contradiction manifeste avec ce système de négation à priori, un janséniste déclaré, Arnauld d'Audilly, frère du fameux docteur Arnauld, donnait alors sa traduction des Vies des Pères du désert écrites par les Pères de l'Eglise, et des Œuvres de sainte Thérèse, où les faits de l'ordre surnaturel éclatent à chaque page , et prouvent surabondamment qu'à tous les siècles de son histoire, l'Eglise a conservé, comme un témoignage de sa divine origine , la puissance du miracle qui lui a été donnée par Jésus-Christ aux jours de sa fondation.

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