‹ Histoire générale de l'Eglise depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'au pontificat de Pie IX (volume 2)Chapitre 153 sur 294 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

» dignes d'approcher du corps de Jésus-Christ. Il assure qu'on « satisfait plus à Dieu par cette humilité que par toutes sortes de » bonnes œuvres ; que c'est parler indignement du Roi du ciel de » dire qu'il soit honoré par nos communions. Quand même on » fermerait les yeux à toutes ces considérations, peut-on ne pas » apercevoir que les dispositions qu'exige ce jeune docteur, pour j> la réception des saints mystères, sont si hautes, si éloignées de » la faiblesse humaine, qu'il n'y a personne sur la terre qui puisse » s'en flatter? Si, comme il le soutient sans aucun adoucissep ment, il n'est permis de communier qu'à ceux qui sont entiè- » rement purifiés des images de la vie passée, par un amour di- » vin, pur et sans aucun mélange, qui sont parfaitement unis à *> Dieu seul, entièrement parfaits et entièrement irréprochables, »> peut-on se dispenser de dire avec lui, que ceux qui, selon la 0 pratique de l'Eglise, communient avec les dispositions ordinai- » res, sont des antechrists ? Non ! avec de tels principes, il n'apa partient plus de communier qu'à M. Arnauld, qui après avoir » mis ces dispositions à un si haut point, qu'un saint Paul en se- » rait effrayé, ne laisse pas de se vanter plusieurs fois, dans son » apologie, da dire la messe tous les jours. » Arnauld, pas plus que Pascal, ne se soumit aux différentes censures que son livre encourut. Il s'expatria et finit, à Bruxelles, des jours qu'il eût pu employer à la gloire de l'Eglise. « Arnauld, dit un auteur mo- » derne, était né avec une grande éloquence, mais il n'en réglait » pas assez les mouvements. Les négligences de la diction, le ton » pesant et dogmatique nuisirent quelquefois à la force de sa lo- » gique, et, dans les premières disputes qui le signalèrent, il eut » besoin que Pascal fît valoir ses raisons par les charmes de l'exï> pression et par le piquant de la plaisanterie. Il n'eut pas, comme > cet écrivain inimitable, l'art de se resserrer et d'être précis, » sans cesser d'être éloquent, * Parmi les cent cinquante volumes qu'on doit à sa plume féconde, le plus considérable et le seul irrépréhensible est le célèbre traité de la Perpétuité de la foi, où il établit la vérité du dogme de la présence réelle contre les calvinistes; il le composa en collaboration avec Nicole. Nicole, cet autre chef du jansénisme, eut d'abord la même fortune qu' Arnauld. Comme lui, il préféra l'exil à la soumission. Plus tard,

tU CLÉMENT IX (1667-1669).

Cependant, il revint des premier* égarements de sa jeunesse et obtint la permission de se fixer à Paris. Ce fat alors qu'il composa ses Essais de morale, ouvrage moins lu qu'estimé, où l'on retrouve, noyés dans des dissertations qui paraissent maintenant froides et pesantes, les principales idées de la secte. Telle était, à l'époque du pontificat de Clément IX, le jansénisme en France, Retranché à Port-Royal, comme dans sa forteresse, il étendait sa séduction sur les plus beaux esprits du grand siècle. Le tendr** Racine abandonnait son âme aimante à cette désolante doctrine ; le sévère Boileau écrivait à sa louange quelques-uns de ses beaux vers, et décernait au grand Arnauld un brève** d'immortalité. Etrange contradiction de l'esprit humain ! Au moment même où l'autorité temporelle était glorifiée dans sa plus haute personnification, et atteignait son apogée sous Louis XIV, on ne rougissait pas d'encourager des sectaires qui se mettaient en révolte ouvC/te contre la plus haute autorité spirituelle, et qui affichaient la prétention de faire de l'Eglise une sorte de république aristocratique dont le chef ne l'eût plus été que de nom.

30. Cependant l'attention publique avait été un instant détournée de ces luttes déplorables, par une série d'événements qui menaçaient la sécurité de l'Europe et l'avenir du monde chrétien. Pendant l'année 1662, l'empereur d'Autriche, Léopold Ier, avait pénétré à main armée dans la Transylvanie, province tributaire de la Porte, et s'était emparé de quelques places fortes, telles que Szeckihyel et Serinwar. Les Turcs étaient alors gouvernés par le sultan Mahomet IV, prince faible et voluptueux qui passait ses jours à la chasse, et eût été personnellement incapable ie venger l'honneur de ses armes ; mais il avait pour visirun homme d'un grand caractère, Achmet Képrilu, qui se mit à la tête de toutes les forces ottomanes et traversa en vainqueur toutes les régions hongroises. La prise de Neuhausel, "d'Ujiwar, de Serinwar par Achmet, ne fut que le prélude de la célèbre b? taille de Saint-Gothard, village situé près du Raab, qui verse ses eaux dans le Danube. Les Turcs rencontrèrent , dans ces plaines fameuses , les Autrichiens et les Hongrois , auxquels s'étaient réunis six mille Français, envoyés par Louis XIV et placés sous le commandement du comte de Coligny et du vicomte d'Aubusson

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