CHAPITRE PREMIER
de la Feuillade , que les Osmanlis avaient surnommé Y homme d 'acier. L'illustre Montécuculli , feld-maréchal autrichien , avait le commandement supérieur des confédérés. Toute l'artillerie chrétienne foudroie en même temps le camp des Turcs, placé sur la rive opposée du Raab. Les Autrichiens, les Hongrois, les Français franchissent la rivière à la nage. Plus de ouinze mille Musulmans sont tués ou noyés. Leur cavalerie prend la fuite, malgré le visir qui veut continuer le combat (1er août 1664 ). Le lendemain de la victoire de Saint-Gothard, Montécuculli, à cheval, Tépée au poing, environné de ses bataillons, entonna le chant religieux du Te Deum, et la grande voix de Tannée se mêla à celle de sod chef . « Rendons aussi grâces à Marie ! » s'écria ensuite le feld-maréchal; et les soldats répétèrent avec enthousiasme le nom de l'auguste Mère de Dieu. Ces images de la religion au milieu du terrible appareil des combats rappellent les grandes luttes des anciens croisés, et reportent l'imagination à ces siècles de vaillance où chaque soldat était un héros et chaque héros un martyr. 31. La défaite de Saint-Gothard ulcéra l'âme d'Achmet, mais ne l'abattit point. « J'arracherai Candie aux Vénitiens , dit-il en * rentrant à Andrinople, ou je mourrai les armes à la main dans » cette île que les chrétiens ont trop longtemps possédée. » Il poursuivit en effet cette conquête avec une persévérance et un courage dont l'histoire offre peu d'exemples. Au commencement de Tannée 1667, il entreprit le siège de Candie sous le feu de la canonnade vénitienne. Les Turcs attaquaient avec un bouillan4 courage , et les chrétiens , bien inférieurs en nombre , se défen* daient en héros. Cette lutte gigantesque, devenue si inégale, dura deux ans. Les Vénitiens étaient réduits à six mille combattants. ils offrirent à Achmet une grande somme d'argent s'il voulait se retirer et laisser seulement la ville de Candie aux assiégés. «Nous » ne sommes pas des marchands, répondit le grand vizir, l'argent d ne nous manque pas ; il nous faut Candie et nous l'aurons. » Cependant Clément IX envoyait des secours aux héroïques Vénitiens. Louis XIV arma une flotte de six mille guerrjers, l'élite de sa noblesse (1) , dont il confia le commandement au duc de Na-
(1) Dans cette armée auxiliaire figuraient un comte de Saint-Paul, un Créfjui»
116 clément ix (1667-1669).
railles et à François de Vendôme, duc de Beaufort, dans les veine» duquel coulait le sang de Henri IV, et qui devait trouver un« mort digne de sa naissance sous les murs de Candie. Par une fatalité inexplicable, ces renforts, qui pouvaient assurer la victoire au nom chrétien , quittèrent bientôt la ville qu'ils étaient venus défendre. Au mois d'août 1669, le duc de Navaines rentra en France avec son escadre. Ces galères pontificales abandonnaient en même temps la Crète. La garnison vénitienne n'était plus que de trois mille hommes, tandis que les forces des assiégeants, venant de l'Anatolie, de la Roumélie, de l'Egypte et des côtes barbaresques, s'augmentaient chaque jour. La lutte n'était plus possible. Les Vénitiens demandèrent grâce et le grand vizir la leui accorda. Il reçut, le 27 septembre 1669, les clefs de la ville dans un bassin d'argent et donna mille ducats à ceux qui les lui apportèrent. Il exigea la complète évacuation de Candie par les Vénitiens et fournit lui-même des navires pour transporter les vaincus dans l'Adriatique. Ils quittèrent tous, en versant des larmes, cette île de Crète que leur république avait possédée pendant quatre cent soixante-cinq ans. Le pape Clément IX mourut de douleur à la nouvelle du désastre qui frappait l'Europe chrétienne (9 décembre 1669).
m Beauvau , un Fénelon , parent de l'illustre archevêque de Cambray, un Dampierre, un Castellane, le jeune de Sévigné et une foule d'autres noms célèbres.