CHAPITRE H. S,fy
tous les écrivains gallicans, que, pendant les premiers siècles, l'Eglise ne décidait point les cas de conscience entre les rois et les peuples. Le fait est vrai ; mais la raison de ce fait est bien simple. Il n'y avait pas encore de société constituée chrétiennement. Toute l'argumentation de Bossuet, pour prouver l'indépendance du pouvoir temporel, tombe ainsi à faux. Le premier article de la. Déclaration du clergé de France ne peut pas soutenir l'examen d'une saine critique (1). Quant aux trois autres, Fénelon, dans un traité latin : De auctoritate summi Pontifias, les désapprouve comme entièrement opposés à la tradition, et se déclare pour le sentiment le plus commun parmi les catholiques, en soutenant, avec Bellarmin, la proposition suivante : « Le souverain Pontife, quand » même il pourrait tomber dans l'erreur ou dans l'hérésie, comme » docteur privé, ne peut en aucune manière définir, comme de foi, » une doctrine hérétique dans un décret adressé à toute l'Eglise.» Nous nous rangeons à l'avis de Bellarmin et de Fénelon, au sentiment le plus commun parmi les catholiques et appuyé par des témoignages constamment répétés dans tout le cours de la tradition. Si l'on a droit d'être fier, quand on a l'honneur d'appartenir au clergé de France, on n'a pas celui de former une Eglise gallicane dont la doctrine soit différente de l'Eglise romaine, la mère et la maîtresse de toutes les autres.
24. Innocent XI n'avait pas faibli dans cette lutte si douloureuse pour son âme, où les évêques d'une nation qui se glorifiait du titre de Fille aînée de l'Eglise, donnaient ainsi l'exemple de l'insubordination et de la révolte envers le Saint-Siège. H lui restait encore d'autres armes pour se défendre et résister à l'envahissement de l'absolutisme français. Louis XIV voulut récompenser la plupart des ecclésiastiques du second ordre qui avaient fait partie de l'assemblée de 1 682, en les élevant à la dignité épiscopale. Innocent refusa de leur donner l'institution canonique et de délivrer leurs bulles. Ce refus était une suite naturelle et nécessaire des circonstances. Le roi, par son édit du 23 mars 1682,
(1) On sait qu'à la fin de sa vie, Bossuet, éclairé sans doute par les longues discussions que cette controverse avait soulevées, écrivait : « Que la Déclaration • devienne ce qu'elle pourra , nous n'entreprenons point ici de la détendre. » [Gallia orthodoxa.}
318 innocent xi (1676-1689].
faisait une obligation pour tous les évoques et docteurs de recon-* naître la Déclaration du clergé, et il ne présentait au Saint-Siège, poux être promus à l'épiscopat, que des ecclésiastiques qui Feu»sent souscrite. Le Pape disait au contraire à ces ecclésiastique* présentés : « Ecrivez que vous ne reconnaissez pas la Déclaration, » et je confirmerai votre élection. » Dans cet état de choses, Louis XTV fit défense, par un édit royal, de se pourvoir en cou* de Rome pour obtenir des bulles d'institution épiscopale. Il lit donner, par les chapitres respectifs, à ses évêques nommés, le titre d'administrateurs spirituels, au mépris des canons du quatorzième concile général, second de Lyon, qui le défendent expressément. Enfin, par le ministère de son procureur-général au parlement de Paris, il en appela au futur concile de tout ce que le Pape « avait entrepris, disait-il, et pourrait entreprendre, au » préjudice du roi de France, et de ses sujets, ainsi que des droits » de sa couronne. »
25. La situation était si tendue que rien ne paraissait plus pouvoir l'aggraver. Trente-cinq évêques nommés par le roi très chrétien à différents sièges épiscopaux restaient sans institution canonique ; cette position anormale se prolongea pendant tout le pontificat d'Innocent XI. Un nouvel incident, et des contestations non moins vives, pour un objet étranger à toutes les questions dogmatiques, vinrent encore ajouter un degré d'ammosité à ces luttes déplorables. Ce fut au sujet des Franchises que les ambassadeurs des diverses puissances près la cour de Rome s'étaient arrogées, non-seulement dans leurs hôtels, mais dans tout le quartier environnant. Les ambassadeurs ne voulurent permettre l'entrée de ces quartiers à a^icun officier des tribunaux ou des finances du Pape. En conséquence, ils étaient devenus l'asile de tous les gens de mauvaise vie, de tous les scélérats du pays. Non-seulement ils venaient s'y dérober aux recherches de la justice, ils en sortaient encore pour commettre des crimes dans le voisinage ; en même temps, ils en faisaient un dépôt de contrebande pour toutes les marchandises sujettes à quelque taxe. Les Papes Jules III, Pie IV, Grégoire XIII, Sixte-Quint, avaient rendu plusieurs décrets pour supprimer ces franchises ; les ambassadeurs n'avaient jamais voulu s'y soumettre, et les gens de leur suite avaient tou*