‹ Histoire générale de l'Eglise depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'au pontificat de Pie IX (volume 2)Chapitre 169 sur 294 · CHAPITRE lï · texte numérisé non relu

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de Meaux entreprit de défendre son œuvre. Il travailla vingt ans à cette fameuse Défense de la Déclaration du clergé de France , écrite dans un latin digne de la plus pure antiquité, mais dont la forme, quelque irréprochable qu'elle soit, ne saurait suffire à justifier le fonds. « Pour démontrer dans tout son jour, dit -il, la » saine doctrine, nous allons, suivant la méthode des géomètres, » établir, avec toute la clarté dont nous sommes capable, cinq » propositions enchaînées les unes avec les autres, et qui se com- » muniquent mutuellement de la lumière et de la force : 1° La » souveraineté temporelle est légitime, dès k commencement, » même parmi les infidèles. 2° Cette souveraineté, même parmi 9 les infidèles, vient de Dieu. 3° La souveraineté a été, dès le * commencement, même parmi les infidèles, constituée de Dieu, de telle sorte, qu'après lui elle est la première ; et Dieu n'en a établi aucune autre pour la déposer ou la ramener à l'ordre. 4° Par l'institution du sacerdoce légal, Dieu n'a rien changé à l'état de la souveraineté temporelle ; au contraire, il a déclaré plus expressément qu'après Dieu elle est la première dans son ordre. 5° L'institution du sacerdoce chrétien n'a rien changé non plus à Va, souveraineté : au contraire, le Nouveau-Testament et la tradition des Pères nous disent clairement que Jésus- Christ n'a attribué aucun pouvoir à ses ministres pour régler » les choses temporelles, ou pour donner et ôter les empires à qui » que ce soit. » Telles sont les maximes que Bossuet cherche à établir pour confirmer le premier article de la Déclaration de 1682. La légitimité et l'origine divine de la souveraineté parmi les infidèles sont admises par tout le monde et sont en dehors de la question. Mais il est faux, au point de vue historique, que, même parmi les im^dèles, la souveraineté temporelle n'ait pas été subordonnée à la puissance spirituelle dans les choses du culte qui intéressaient la conscience des peuples. Lycurgue invoquait pour ses lois la sanction de l'oracle de Delphes ; Numa se couvrait sous l'inspiration de la nymphe Egérie. Les annales du genre humain, que Bossuet connaissait mieux que personne, démentent donc formellement sa troisième proposition. Il est également faux de dire que, par l'institution du sacerdoce légal, Dieu n'a rien changé à Vétat de la souveraineté; qu'au contraire, il a déclaré

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qu'elle est la première dans son ordre. Toute l'histoire du peuple juif nous montre en effet les rois soumis à l'autorité des prophètes. Samuel élit Saùl, Samuel dépose Saùl, quand ce prince a forfait à ses devoirs, et le remplace par un pauvre berger, le plus jeune des fils d'ïsaïe. David, le nouvel oint du Seigneur, fonde une dynastie ; mais c'est un prophète qui confirme, dans îa personne de Salomon, le droit de succession au trône ; c'est par le ministère des prophètes que Dieu ôte dix tribus au fils de Salomon pour (Constituer un second royaume sous le gouvernement de Jéro- Soam. La quatrième proposition de Bossuet est donc encore en Contradiction avec l'histoire. La cinquième et dernière proposition, la seule véritablement importante, n'est pas plus admissible dans le sens rigoureux que Bossuet prétend lui donner. Que les Pontifes n'aient reçu de Jésus-Christ aucune puissance pour régler les choses temporelles, peu importe. La soumission que l'on doit aux souverains est une chose de conscience qui regarde l'ordre moral, qui intéresse le salut éternel. Nous croyons que personne ne songe à le contester. Or, le pontificat catholique est le seul pouvoir spirituel institué par Dieu pour régler les choses du salut, statuer sur les questions de l'ordre moral qui intéressent la conscience. Donc, c'est au chef de l'Eglise catholique, au Vicaire de Jésus-Christ, qu'il appartient de définir en dernier ressort les cas douteux qui peuvent surgir à propos de la soumission due au souverain. Que l'Eglise n'ait reçu aucune puissance directe de Jésus-Christ pour ôter ou donner à qui que ce soit les empires,, peu importe. D est certain qu'un catholique, dans un cas douteux, relatif à une souveraineté contestée, consulte l'autorité que Jésus -Christ a établie pour diriger sa conscience. Il interroge l'Eglise pour savoir a qui et jusqu'où il peut et doit obéir. Et pour que, dans ces cas, la conscience du fidèle soit exempte de tout scrupule, de toute anxiété, Jésus-Christ a donné à son Eglise ce qui n'avait point été donné à la synagogue, le pouvoif de nouer et de dissoudre tous les liens de F âme ; il a dit à son Vicaire : « Tout ce que tu lieras sur la terre sera lié dans les cieux, et tout » ce que tu délieras sur la terre sera délié dans les cieux. » Voilà donc l'Eglise qui rentre, nar la <W,e des choses, dans le domaine temporel, et qui y rentre en souveraine. Bossuet objecte, av<*

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