CHAPITRE II. °J/l
aîtant du côté de 3a Hongrie. C'était l'ennemi qui songeai i à opérer sa retraite. Le roi de Pologne ordonna à son armée de fondre sur l'enntvn à l'arme blanche. Les guerriers chrétiens! Sobieski à leur tête, se précipitent comme un torrent sur les troupes de Kara-Moustapha, et une effroyable mêlée s'engage entre les combattants. La lutte se prolongea jusqu'à cinq heures du soir. En ce moment la défaite des Turcs devint complète ; ilî se débandèrent et prirent la fuite. Le soir, il n'y avait plus que vingt mille cadavres ottomans ou tartares qui gardaient les murs de Yienne. Le roi de Pologne envoya au Pape des drapeaux enlevés à l'ennemi, avec ces mots de César, auxquels le1 Aéros donna xm caractère de modestie chrétienne : « Vent, mdi1 Deu& vicit. J* » suis venu, j'ai vu, Dieu a vaincu. » Le lendemain fc îa bataille, Sobieski fit son entrée dans Vienne, à cheval, à la tête des troupes confédérées. Le peuple se précipitait à genoux sur son passage, en versant des larmes de joie , et en l'appelant son sauveur. Les femmes tenaient leurs petits enfants dans leurs brai pour leur montrer le héros. Des pleurs mouillaient les yeux de Sobieski. « Dieu a tout fait, mes amis, disait-il aux flots de » peuple qui l'entouraient. Allons remercier IL Seigneur de la » victoire. * Il entra avec la foule dans l'église des Augustins, s* agenouilla dans la chapelle de Lorette et entonna lui-même le Te Deum. Et l'hymne du Dieu des batailles, chanté par tout un peuple, semblait ébranler les voûtes de la basilique. Un prêtre monta ensuite en chaire et prononça un discours sur la délivrance de Yienne. Il prit pour texte les paroles que Pie V, de glorieuse mémoire , avait appliquées à Don Juan d'Autriche , après la victoire de Lépante : Fuit homo missus à Deo, oui nomen erat Joannes. Et tous les regards se portèrent à la fois sur Jean Sobieski. La délivrante de Yienne est un des plus grands événements de l'histoire moderne : Innocent XI, par l'épée du héros polonais, venait de refouler l'islamisme, pour jamais, loin de l'Europe chrétienne. Sous l'inspiration du glorieux Pontifç , une triple alliance fut formée alors entre l'Autriche, la Pologne et Venise, contre les Turcs, qui furent obligés d'abandonner succès p//<//âe&t toutes leurs conquêtes (1).
(i) Voir, pour l'histoire du siège de Vienne et de la guerre contre la Turauie
Ub iïwocen'i xi (1676-1689),
31. Peinant qu'innocent XI luttait ainsi contre les e>/«aemis du dehors, s® TigiUnce infatigable poursuivait au iedîrn jes hérésies cpsk menaçaient la paix intérieure de l'Eglise. Il condamnait le Nouveau Testament de Mons et plusieurs autres ouvrages jansénistes qui se produisaient alors. Il frappait également d'anathème soixante-cinq propositions extraites des*H&suistes modernes, et confirmait, par une bulle du 10 novembi„ 1687, le décret rendu par l'Inquisit; in d'Espagne contre la personne et les écrits de Molinos, auteur d'un ouvrage intitulé : La Guide spirituelle... Molinos avait imaginé un système de quiétude et de contemplation aussi absurde que dangereux, qui lit donner £ ses partisans le nom de quie listes. Cette hérésie faisait consister la perfection chrétienne dans un état où l'homme ne raisonne plus ses actions, et se tient dans une inertie complète, une inaction entière. « L'homme parfait, dit Molinos, ne réfléchit ni sur Dieu ni sur » lui-même; il ne désire point le ciel, comme il ne craint pas » l'enfer ; il s'identifie tellement à la volonté de Dieu, que rien en s lui fait peine^ n: les mauvaises pensées, ni les blasphèmes ,ni » l'incrédulité; «n un mot, aucune des tentations auxquelles il » succombe; au contraire, ce sont, à ses yeux, des moyens dont » Dieu se sert pour purifier l'âme. Quand celle-ci est en effet pu- » rifiée, lorsqu'elle est intimement unie à Dieu par l'état parfait » de l'oraison de quiétude , elle n'est plus comptable à Dieu des » actions les plus criminelles , eiie ne participe plus à ce qui se » passe dans cette maison de chair : la fornication , l'adultère , le » désespoir même, péchés horribles pour ceux qui ne sont point p encore parvenus à la quiétude , deviennent des actions indiffé— » rerîtes pour les vrais contemplatifs qui n'en contractent aucune » souillure. » — Moliaos fit abjuration de ses erre, rs m habit de pénitent , en présence de toute la cour et du peuple ae Rome. Nous verrons sa doctrine séduire un des plus beaux génies des temps modernes» qui expia son illusion par us noule exemple de soumission ar, Saint-Siég*.
32. Ce fui Le demie* acte du laborieux pontificat d'Innocent XI. Ce grand Pape mourut, chargé d'ans et de gloire, le 1 2 août 1689,
THistoire de Constantinople, par M. Baptistin Poujoulat, à laquelle nous avons imp?UQté les détails de cet intéressant épisode.