CHAPITRE III
» du partout et que vous avez déjà vu. Nous adhérons à ce bref, » mes très-chers Frères, tant pour le texte du livre que pour les » vingt-trois propositions, simplement, absolument , et sans omh bre de restriction. Nous défendons à tous le& fidèles de ce diod cèse de lire et de garder ce livre. Nous nous consolerons, mes » très-chers Frères , de ce qui nous humilie . pourvu que le mi- » ni stère de la parole, que nous avons reçu du Seigneur pour » votre sanctification , n'en soit pas affaibli , et que , nonobstant » l'humiliation du pasteur , le troupeau croisse en grâce devant » Dieu. — A Dieu ne plaise qu'il soit jamais parlé de nou£t si ce » n'est pour se souvenir qu'un pasteur a cru devoir >Ure pte do- » cile que la dernière brebis du troupeau, et qu'il nra mis aucune » borne à sa soumission ! » Afin de perpétuer, par un monument durable , la mémoire de cette humble rétractation , il fit faire, pour l'exposition du saint Sacrement, un ostensoir d'or, supporté par deux anges , dont l'un foulait aux pieds divers livres hérétiques, sur l'un desquels était le titre du sien, quoique cette qualification n'eût été donnée à aucune des propositions condamnées. Un exemple si parfait de soumission fit l'admiration du monde. Innocent XTT adressa à l'immortel prélat un bref, où il le félicitait de son courage, avec l'effusion d'un cœur tout paternel. La disgrâce de Fénelon ne finit point avec l'affaire du quiétisme si noblement terminée. La publication du Télémaque, cet admirable ouvrage toujours plus goûté à mesure qu'on le lit davantage, acheva de lui aliéner le cœur de Louis XTV. La mort du Dauphin, son élève, vint bientôt lui enlever sa dernière espérance; et Fénelon mourut de douleur, pleuré par ses diocésains , par la France et par l'Europe tout entière
1 1 . Innocent XII l'avait précédé dans la tombe. Ce Pontife mourut le 7 septembre 1700 après un règne de neuf années. Son élection avait fait la joie des Romains ; sa mort fut pour eux un deuil public.
12. Les dernières années du pontificat d'Innocent XII avaient été marquées par de nouveaux succès contre les Turcs. Le sultan Mustapha II avait juré de venger la honte du siège de Vienne. Il rassembla une armée de cent trente mille combattants , se mil à jeur tête, et prit la route de Belgrade (mai 1697). Léopoldl01 avait
376 innocent xii (1G91-1T00).
alors, à la tête de ses armées , un héros à opposer à une invasion aussi formidable. C'était le prince Eugène de Savoie, d'origine française, mais dont Louis XIV, ordinairement si habile à connaître les hommes , n'avait pas su deviner le génie , et qui avait porté à l'Autriche une épée qui mit plus tard la France à deux doigts de sa perte (1). Le prince Eugène avait fait ses premières armes sous les ordres de Sobieski, au combat de Vienne , et il était devenu l'un des plus grands capitaines de ce xvne siècle, si fécond en guerriers illustres. Il fut nommé, par Léopold Ier, généralissime des armées autrichiennes , et chargé de repousser Moustapha. Il vint camper près de Sigedin. Instruit, par un captif turc, que le sultan devait traverser la Theiss au pont du village de Zenta, pour aller ensuite investir Témeswar , le prince Eugène , sans perdre une minute, se dirige sur la rive gauche de la Theiss, et arrive, à deux heures après midi (11 septembre 1697), dans la plaine de Zenta. Plus de la moitié de l'armée ottomane avait déjà franchi la rivière. Le héros chrétien veut attaquer les ennemis avant qu'ils aient tous passé le pont. Avec le coup d'œil du génie et la promptitude du lion menacé , il divise son armée en douze colonnes, six de cavalerie et six d'infanterie, enveloppe de toutes parts le camp ottoman , et place des escadrons en face du pont de Zenta pour empêcher le reste des troupes turques de venir rejoindre Moustapha II- Ces dispositions prises, il ne restait plus que deux heures de jour. Ce fut assez au héros pour remporter la plus brillante victoire. Les Turcs étaient dans leur camp , entourés de fossés et de palissades, comme pour résister à un siège. Le prince
(1) Eugène de Savoie Carignan , était fils du comte de Soissons st d'Olympe Mancini, nièce du cardinal Mazarin, et arrière petit-fils de Charles-Emmanuel, duc de Savoie. On ne le désignait, à Versailles, que sous le nom du petit abbé de Savoie, parce qu'il s'était d'abord destiné à la carrière ecclésiastique. Il avait demandé une abbaye à Louis XIV qui la lui refusa. Il quitta bientôt la robe pour l'épée, pria le roi de lui donner un régiment à commander, et le roi le lui refusa comme il lui avait refusé l'abbaye. Le jeune homme, blessé au cœur, renonça à la France, offrit ses services à Léopold Ier, empereur d'Autriche, qui les accepta. Louis XIV, en apprenant cette nouvelle, dit à ses courtisans : « Ne trouvez-vous ». pas, Messieurs, que j'ai fait là une grande perte? » Il ne se doutait pas qu'il venait de perdre la fortune de la France, le futur héros d'Oudenarde et de Malplaquet.