INNOCENT XII (1G
enfin une condamnation expresse, « avec menace de recourir » autrement à des mesures extrêmes. » Lorsque ces menaces de schisme arrivèrent à Rome, le Pape avait déjà porté la sentence. Dans un br?f du 12 mars 1699, Innocent XII disait : « Après » avoir pris les avis de plusieurs cardinaux et docteurs en théov logie, nous condamnons et réprouvons, de notre propre mouve- » ment, le livre des Maximes des saints, en quelque langue et » version qu'il puisse être. Par la lecture et l'usage de ce livre, » les fidèles pourraient être insensiblement conduits dans des er- » reurs déjà condamnées par l'Eglise. » Le ôre,î censure ensuite vingt-trois propositions extraites du livre des Maximes , comme respectivement téméraires, pernicieuses dans la pratique, erronées; mais aucune ne fut qualifiée comme hérétique (1).
10. Le 25 mars 1699, fête de l'Annonciation, Fénelon allait monter en chaire dans la cathédrale de Cambrai, pour prêcher sur la solennité du jour, lorsqu'il voit arriver son frère lui apportant la première nouvelle de la condamnation.
L'archevêque se recueillit un instant, et, sans paraître ému, il commença ui. discours sur la parfaite soumission due à l'autorité. La nouvelle & la condamnation avait déjà rapidement circulé dans la nombreuse assemblée , qui se pressait autour de Fénelon. Cette admirable présence d'esprit , ce mouvement sublime, ce calme religieux qui attestaient d'avance la soumission de l'illustre Prélat, et qui en étaient comme l'engagement solennel, firent couler de tous les yeux des larmes de tendresse , de douleur, de respect et d'admiration. Le 9 avril , dès le lendemain du jour où il en avait reçu la permission du roi , Féaelon , plus grand mille fois dans sa défaite que ses ennemis dans leur orgueilleux triomphe, publiait un mandement adressé au clergé régulier et séculier de son diocèse. « Enfin , disait-il , notre saint Père le » Pape a condamné le livre intitulé : Explication des Maximes x> des saints , avec les vingt-trois propositions qui en ont été ex- » traites, par un bref daté du 12 mars, qui est maintenant répan-
(1) Il est bon de remarquer que le bref condamne les propositions qui supposent, dès cette vie, un état habituel, mais non pas celles qui supposent simplement des actes ou un état transitoire de pur amour, sans aucun rapport à cotre béatitude surnaturelle.