CHAPITRE III. J8ê
finir par un coup d'éclat. Cherchez Fennemi et livrez-lui ba- » taille. — Mais, Sire, répondit le maréchal , c'est votre dernière » armée. — N'importe, reprit le monarque, je n'exige pas que » vous battiez l'ennemi , mais je veux que vous l'attaquiez. Si » vous êtes malheureux, vous me l'écrirez et à moi seul. Je mon- » terai à cheval , je passerai par Paris , votre lettre à la main. Je j> connais les Français ; je vous mènerai quatre cent mille homme») » nous vainèrons, ou je m'ensevelirai avec eux sous les débris de » la monarchie. » Villars le quitta. Trois mois après , la victoire àe Denain sur le prince Eugène , quarante bataillons autrichiens faits prisonniers , cinq places fortes emportées , la prise de cent pièces de canons et de quatre cent milliers de poudre répondaient à l'héroïque résolution de Louis XIV, sauvaient la France et terminaient cette campagne célèbre , Y ornement et la couronne de Villars (1712). Le 11 avril 1713 , l'Angleterre, la Hollande, la Savoie et la Prusse signaient, avec la France, le traité d'Utrecht, qui reconnaissait Philippe V sur le trône d'Espagne. Le duc de Savoie, Victor- Amédée Ier, obtenait l'investiture de.« états siciliens , qu'il fut bientôt forcé d'abandonner pour se contenter de faire ériger sa principauté héréditaire en royaume et d'échanger son titre de duc contre celui de roi. Louis XIV se désistait d'une partie de ses conquêtes ; mais son petit-fils régnait en Espagne et la France jouissait d'une paix glorieuse. Depuis 1700, deux empereurs s'étaient succédé en Allemagne. Après Léopold (1705)f Joseph Ier était monté sur le trône ; sa mort (1711) laissa la couronne à ce même archiduc Charles, dont les prétentions au royaume jjd 'Espagne avaient suscité cette longue guerre, et qui prit le nom ;de Charles VI. On aurait pu penser que l'élévation du compéti^ leur de Philippe V à l'empire trancherait toutes les difficultés , puisqu'en aucuh cas l'Europe n'aurait souffert la reconstitution 3'une puissance comme celle de Charles-Quint, qui aurait été une aaenace pour tous les autres Etats. Cependant Charles VI, se méprenant sur sa véritable situation , refusa d'acquiescer à la paix d'Utrecht. Villars se chargea de l'en faire repentir. Un an après, i'empereur était forcé de conclure le traité de Rastadt (1714), qui assurait à ïa France, Strasbourg, Landau, Huningue, New-Bri- &ach, F Alsace tout entière. Cette paix particulière n'empêcha point iv. 25
Charles VI de continuer, contre Philippe Y et l'Espagne, des hos* tilités qui durèrent jusqu'en 1725.
19. Nous n'avons donné ici cette analyse rapide des grands événements de la guerre dite de Succession , que pour indiquer les difficultés de la position de Clément XI. Ce Pape s'était tout d'abord montré favorable à la France ; chaque revers qui frappait notre patrie devait retentir douloureusement dans «on cœur. Philippe V, dont le Pontife avait spontanément reconnu l'accession au trône d'Espagne, faisait les plus vives instances près de la coui romaine pour qu'on lui accordât l'investiture du royaume des Deux-Siciles, toujours considéré comme fief du Saint-Siège. De son côté, l'empereur Léopold Ier adressait la même demande. Clément XI, après avoir soumis cette importante affaire à différentes congrégations de cardinaux, fit enfin connaître sa décision : il déclarait que, père commun des fidèles, son premier vœu était la paix du monde chrétien ; qu'en conséquence il était résolu à observer la plus stricte neutralité entre les deux parties belligérantes , tout en reconnaissant Philippe V légitime souverain de l'Espagne. Il conjurait en même temps les puissances de respecter le territoire italien. Ses prières furent inutiles ; la Lombardie deyint le premier théâtre des hostilités entre les deux prétendants , et les troupes impériales envahirent la ville de Feri are , appartenant aux Etats pontificaux. Singulière destinée de l'Italie, dont les nations ont tour à tour fait leur champ de bataille ! La veille de Saint-Pierre (1701), les ministres de l'Espagne et ceux de l'empire offrirent chacun au nom de leur maître, le tribut annuel des Deux-Siciles, avec la haquenée. Clément XI, immuable entre les deux ambassadeurs, refu a les offrandes rivales, et, le jour de la Saint-Pierre , il déclara que ce refus du tribut de Naples , à la suite de la guerre commencée par l'empereur d'Autriche , uni à l'Angleterre , à la Hollande , au Portugal et au duc de Savoie , contre l'Espagne et la France, ne préjudiciait en rien au domaine suprême de l'Eglise romaine sur les Deux-Siciles, c'estr-à-dirt •or l'île de Sicile et le royaume entier de Naples.
20. Joseph Ier, qui succéda à l'empereur Léopold , ne se montra pas moins disposé que son prédécesseur à user de contrainte envers le souverain Pontife. Par ses ordres, ies troupes impériales