‹ Histoire générale de l'Eglise depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'au pontificat de Pie IX (volume 2)Chapitre 192 sur 294 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

réunies dans le Ferrarais, envahirent la fortesse de CommaccYno, fief pontifical. Cette injuste aggression détermina Clément XI h une protestation énergique. Par le bref Hactenùs lenitatis (1 7 juillet 1705), le Pape demande au jeune monarque s'il prétend se constituer le juge de la cause de Jésus-Christ e* xe son vicaire sur la terre. Il l'exhorte à se désister de ses prétentions et à reprendre, dans sa conduite- la déférence qu'il doit au chef de l'Eglise. A ces conditions, le Pontife oubliera ses injures et l'embrassera comme son fils premier né [primo genito) ; mais si le prince continue à marcher dans les voies de la violence , le Pape énoncera à la clémence du père, et punira le fils rebelle par l'excommunication et par les armes mêmes, s'il est nécessaire. « Sachez, dit Clément XI, » que si vous n'avez pas honte de combattre l'Eglise et Dieu même, » si vous déviez de l'antique piété autrichienne pour le Saint-Siège, » sachez que le même Dieu qui donne les royaumes , peut aussi » les anéantir. » Les réclamations du courageux Pontife n'eurent alors aucun effet; il dut attendre, des événements eux-mêmes, une solution plus favorable. L'Europe en armes offrait , sur tous les points, de graves violations du droit des gens. Il est des époques tellement traversées par des courants orageux, que la justice n'y trouve plus un écho.

Clément XI devait épuiser, jusqu'à la fin de son pontificat, les difficultés que la guerre de la Succession suscitait au Saint-Siège. Les troupes de Charles YI, victorieuses de la France, se réunirent aux armées prussiennes et se répandirent comme un torrent en Italie. Elles n'étaient pas disposées à ménager un Pape qui avait, à plusieurs reprises, manifesté d'une manière non équivoque ses sympathies pour la cause de Louis XIV et de Philippe V; les anciennes prétentions de l'empire à la souveraineté de l'Italie se réveillaient au milieu de ces bouleversements militaires et de ce fracas d'armes triomphantes. Les Impériaux fixèrent au Pape un délai pour accepter des propositions de paix , dont la première base était la reconnaissance du prétendant Charles d'Autriche, en qualité de roi d'Espagne, et vinrent, en attendant la réponse, investir la ville de Rome. La situation était une des plus critiques dont l'histoire de la Papauté nous ait transmis le souvenir. Depuis dix-huit ans, Clément XI avait cherché, par tous les efforts, à

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faire prévaloir la politique contraire. Dans cette extrémité, J« Pape résolut de prolonger sa décision, autant qu'il lui serait possible , dans l'espoir que de nouveaux incidents lui apporteraient un secours imprévu. Ses désirs furent trompés. Enfin, à la dernière heure du dernier jour fixé par les Impériaux comme le terme après lequel ils occuperaient la ville et l'Etal pontifical en ennemis, le Pape consentit à donner sa signature à un acte contre lequel la violence 5, qui lui imposait cette démarche, protestait assez. Des écrivains malveillants ont présenté cette signature comme un trait de versatilité qui « déshonore, disent-ils, le ca- » ractère du Pontife. » Remarquons d'abord qu'il ne s'agit au^ cunement ici d'une question dogmatique. Clément XI se laissait arracher, par la contrainte , un consentement qui sauvait Rome et le Saint-Siège. Quels affreux malheurs sa signature n'épargnait-elle pas au monde catholique? Si le Pape dut céder, s'il dut renoncer au parti que l'expérience lui avait jusque-là offert comme le meilleur, ce n'est point â l'instabilité de ses opinions politiques qu'il faut s'en prendre, mais aux vicissitudes des événements dont Dieu aim<*à se servir pour arriver à ses fins par des voici secrètes et merveilleuses. D'ailleurs, la signature du Pape n'influa en rien sur le résultat général ; les armes autrichiennes ne surent pas les faire ratifier, et la maison de Bourbon continua de régner sur l'Espagne et sur une grande partie de l'Italie.

21. En dehors de ces complications politiques qui troublaient son pontificat, des objets non moins graves attiraient son attention. La cour de Turin venait de consacrer un usage qui, s'il avait prévalu, eût constitué un véritable empiétement du pouvoir "temporel contre F autorité ecclésiastique. Un édit de 1697 avait stipulé que les gouverneurs ne concéderaient à personne le placet pour obtenir l'habit clérical, ou pour être promu aux ordres, si, préalablement, une information n'était prise parle ministre, dit patrimonial général ', sur le nombre des prêtres existant dans la montrée dont il s'agissait, sur la qualité du candidat, sa capacité, ses mœurs, le lieu de sa naissance, etc. Innocent XII, qui régnait alors, s'adressa à l'archevêque de Turin et l'engagea à user de toute son influence pour faire retirer cet édit ; mais il fut renouvelé en 1699 avec une clause aggravante. On y stipulait que lea

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