CHAPITRE III
églises paroissiales ne devaient avoir qu'un nombre limité de clercs pour les desservir, et on fixait leur patrimoine à un taux que nul ne pourrait excéder. L'archevêque crut devoir protester do la nullité d'un pareil édit. Un autre fut publié, d'abord à Ivrée, ensuite llans le Piémont; il portait que tous les biens ecclésiastiques, personnes, communautés, collèges, qui d'abord étaient exempts, seraient dès lors soumis à une taxe annuelle, et que l'on procéderait au besoin contre eux par voie de séquestre. Tefte était la situation à Tavénement de Clément XL Une congrégation de cardinaux fut nommée pour examiner l'afiaire; et jlu décret apostolique enjoignit aux évêques de procéder contre les ministres de Savoie par tous les moyens que les canons mettaient entre leurs mains. Malgré cette décision solennelle, le différend se prolongea pendant toute la durée du pontificat de Clément XI. 11 ne fut terminé que sous le règne de son successeur, Innocent XIII. 22. En 1715, Clément XI fut encore obligé d'intervenir dans un débat qui ne manquait pas d'importance. Il abolit le droit de légation héréditaire en Sicile, ainsi que le tribunal dit de la Monarchie, Ce tribunal remontait au xie siècle. Urbain II, alors souverain Pontife, avait, dit-on, accordé à Roger, comte de Sicile, et à ses successeurs, le droit de légats du Pape dans cette île. De là l'érection du tribunal appelé de la Monarchie sicilienne, et qui s'attribuait le droit de juger, sn dernier ressort, les affaires ecclésiastiques de l'île. Le fait historique de la concession accordée au comte Roger, a plusieurs fois occupé les savants. Baronius la discute longuement et nie l'existence de la bulle prétendue. Quoi qu'il en soit, saint Pie V avait tenté quelques efforts pour supprimer le tribunal de la Monarchie. Il lui paraissait inadmissible qu'un souverain laïque exerçât les fonctions de légat, fulminât, relevât des censures, et fît enfin tous les actes de la juridiction ecclésiastique. Mais les rois de Sicile s'étaient maintenus en possession de leur privilège, quelque étrange qu'il fût, lorsqu'un incident peu important en lui-même vint renouveler la dispute. Tedeschi , évêque de Lipari , ayant été forcé , par les officiers du fisc, de payer des droits dont il était exempt, fit parvenir ses protestations au gouvernement sicilien ; on refusa de lui faire justice, et il excommunia les deux aaents qui avaient procédé à la per*
39* tLÉMENT XI (1700-1721).
ce£f;ion arbitraire aes taxes. Les agents s'adressèrent an tribunal de la Monarchie, qui leur donna l'absolution de la censure épiscopale , et envoya à Lipari un député pour y faire observer son décret. Ce député y exerça des violences condamnables. Le Pape Clément XI intervint et déclara nulle l'absolution prononcée par le tribunal. L'irritation fut alors à son comble ; deux diocèses se virent frappés d'interdit : le tribunal voulut annuler cet interdit ; Clément XI le maintint. Une persécution ouverte fut alors dirigée en Sicile contre ceux du clergé, et même contre les laïques qui se rangeaient du côté de Rome. Sur ces entrefaites, le traité d'Utrecht donna, comme nous l'avons dit, la Sicile au duc de Savoie. Alors, les officiers du roi d'Espagne, qui avaient jusque-là défendu avec le plus de chaleur les prétentions de leur maître, tinrent une conduite tout opposée. Le vice-roi, le président du tribunal et ses assesseurs ne voulurent point quitter l'île sans avoir explicitement rétracté tous les actes hostiles au Saint-Siège, commis sous leur administration, et sans avoir reçu du Pape l'absolution des censures qu'ils avaient encourues. Le nouveau roi de Sidle, au contraire, annonça hautement son intention de maintenir le privilège dont avaient joui ses prédécesseurs. Clé— nn'ut XI redoubla de fermeté ; il ordonna, sous les peines les plus sévères, la stricte observation de l'interdit, et cassa, par une nou- Telle bulle, la première ordonnance rendue à l'origine du conflit par les officiers espagnols. De son côté, Yictor-Amédée rendit un édit par lequel il défendait à tous ses sujets siciliens d'exécuter aucun rescrit étranger sans son autorisation. On négocia pour accommoder ce différend; mais les diverses prétentions n'ayant pu se concilier, Clément XI publia, le 11 janvier 1715, une bulle contre le dernier édit du roi, et abolit, le mois suivant, le droit de légation héréditaire et le tribunal de la Monarchie sicilienne. Cette bulle était signée de trente-trois cardinaux. On interjeta appel pour le roi de Sicile, et les contestations continuèrent. Quand Philippe V redevint maître de l'île, en 1718, il songea à y rétablir la paix. Un arrangement fut entamé, mais la situation lans laquelle se trouvait alors l'Europe en suspendit la solution. Clément XI ne devait, dans tout le cours de son pontificat, que combattre, sans voir jamais une victoire définitive couronner ses